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Le futur Forum sur la
réconciliation nationale en Côte d'Ivoire,
dont le directoire a été investi le 7
septembre par le président Laurent Gbagbo,
vise à amener l'apaisement après un an et demi
de tensions, mais de gros doutes subsistent quant à
ses objectifs réels et quant à la
participation de deux poids lourds de la politique
ivoirienne, en l'occurrence, l'ancien président
Henri Konan Bédié et l'ancien Premier
ministre Alassane Ouattara, qui vivent tous deux
quasiment en exil en France.
Présenté comme un grand
événement politique et reporté à
deux reprises, le Forum doit théoriquement
démarrer le 9 octobre et durer jusqu'en
décembre.
Il a été conçu par l'équipe du
président Gbagbo comme un moyen de permettre à
la Côte d'Ivoire de tourner définitivement la
page sur 18 mois de violences politiques, de
dérapages ethnico-religieux, de coups d'Etat
réussis ou avortés, qui ont fait
officiellement 303 morts.
Le concept d'ivoirité, initié au départ
par le président Bédié pour
écarter de la scène politique Alassane
Ouattara a écarté allègrement repris,
si ce n'est amplifié par Laurent Gbagbo qui savait
pertinemment que son parti et lui-même n'aurait
guère de chance de battre Ouattara dans une
compétition électorale à la loyale.
Tout le reste n'est qu'hypocrisie. Malheureusement, ce
concept qui visait au départ une seule personne a
fait des dégâts incommensurables,
dépassant la personnalité de Ouattara. La
Côte d'Ivoire qui fut dans le passé une terre
d'hospitalité pour des millions d'étrangers
venus des pays avoisinants a basculé dans le racisme
et la xénophobie.
Au moindre problèmes fonciers ou économiques,
c'est l'étranger qui est montré du doigt et
aussitôt soumis à la vindicte populaire.
Dernier exemple en date, 1 500 pêcheurs Bozos
d'origine malienne viennent d'être chassés de
leur campement ces deux dernières semaines par de
jeunes Ivoiriens d'ethnie baoulé. L'enjeu du conflit
? Le contrôle de la pêche sur le Lac Kossou,
situé à quelque 350 km au nord-ouest
d'Abidjan. Bilan des affrontements : 26 des 27 campements
Bozos de cette zone ont été incendiés
par de jeunes Baoulés et il y a eu un Bozo
tué.
Pourquoi se gêner puisque le pouvoir politique a
lui-même donné le feu vert aux tueries en
laissant réprimer dans le sang et en toute
impunité les manifestations des militants du
Rassemblement des Républicains (RDR, le
parti de M. Ouattara)
Aussi, les observateurs s'interrogent sur les objectifs
réels de la réconciliation recherchée :
le Forum a-t-il été conçu pour
rassembler les Ivoiriens, toutes ethnies et religions
confondues ou seulement quatre hommes politiques qui se sont
succédé au pouvoir et ont accumulé les
rancoeurs personnelles. Ne vise-t-il pas non plus à
déboucher sur un consensus pour une amnistie
générale, qui permettrait au régime
actuel et passé d'effacer à bons comptes
toutes les violations des droits de l'homme qu'ils ont
cautionnées si ce n'est organisées ?
Le président du Forum, Seydou Diarra, est-il
naïf quant il déclare que le Forum "sera
"l'occasion de faire une belle toilette" à la
Côte d'Ivoire, alors que dans le même temps, et
sans aucune restriction, la presse aux ordres des partis
politiques déverse quotidiennement des tombereaux
d'accusations, voire d'insultes, sur tel ou tel dirigeant
politique.
Le patron du Forum a eu beau "implorer" une trêve
médiatique, le ton ne change pas.
Pour le président du Conseil National
Islamique, l'imam Koné Idriss Koudouss,
"on n'a pas besoin de faire cette réconciliation
pendant de longs mois. Le peuple ivoirien peut
résoudre son problème en un seul jour".
Koné Idriss Koudouss a toujours déclaré
que sans la reconnaissance de ses droits et de sa
nationalité à Alassane Ouattara, aucune
réconciliation ne sera possible.
Alassane Ouattara a aussi rappelé cette requête
et de manière très ferme : "Nous sommes pour
le Forum de la réconciliation nationale, mais avant
celui-ci il faut que le président du RDR
(lui-même) soit réhabilité dans ses
droits civiques" a-t-il déclaré de sa
résidence de Mougins, en France.
C'est dire que ce Forum a toutes les chances de capoter
puisque jusqu'à présent le régime de
Laurent Gbagbo n'a pas fait un seul pas en ce sens.
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