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La première semaine
de débats du Forum pour la réconciliation
nationale en Côte d'Ivoire a remis sur le devant de la
scène la question de la nationalité et de
l'éligibilité de l'ancien Premier ministre
Alassane Dramane Ouattara.
Depuis l'ouverture des auditions le 10 octobre, la
plupart des intervenants ont abordé, à un
moment ou l'autre des 15 minutes qui leur sont
accordées, cette question qui domine la vie politique
ivoirienne depuis plusieurs années.
Chacun y va de son analyse, de ses propositions, parfois
véhémentes: le "cas ADO" (surnom de M.
Ouattara) est-il le symbole d'une vraie fracture entre le
sud chrétien du pays et le nord musulman, ou se
réduit-il à un affrontement politique?
Jusqu'où chacun est-il prêt à faire des
compromis?
Exclu des élections présidentielle et
législatives de l'an 2000 par la Cour suprême -
installée par le régime militaire - qui a
jugé sa "nationalité douteuse", M. Ouattara
demande sa "réhabilitation dans ses droits civiques
et politiques" pour venir au Forum.
La question de sa nationalité devrait trouver
"rapidement" une solution juridique, expliquent de
nombreuses sources proches des négociations en cours.
Car paradoxalement, c'est justement en coulisses, hors
Forum, que se joue cette partie du dossier.
Reste l'éligibilité, problème plus
épineux: la Constitution adoptée par
référendum en août 2000 souligne que les
candidats à la magistrature suprême ne doivent
"s'être jamais prévalu d'une autre
nationalité". Or M. Ouattara a
représenté le Burkina Faso dans plusieurs
organismes internationaux, notamment à la Banque
centrale des Etats d'Afrique de l'Ouest. Et si les partisans
de l'ancien Premier ministre dénoncent cette clause
et réclament aujourd'hui une révision de la
Constitution, ils avaient néanmoins appelé
à voter "oui" au référendum.
Le Rassemblement des Républicains (RDR),
parti de M. Ouattara, a de son côté
demandé à reporter son intervention devant le
Forum. Le Front populaire ivoirien (FPI), du
président Laurent Gbagbo, a proposé devant
le Forum la création d'une "commission
d'enquête internationale" chargée
"d'élucider" cette question.
Il a également dénoncé "la
récupération politique de la conscience
islamique". "Ainsi, au nom de l'Islam, il y a eu tendance
à diviser la nation ivoirienne et à nier
l'Etat-Nation", a déclaré son
représentant.
Les partisans de l'ex-chef de la junte, le
général Robert Gueï, réunis
au sein de l'Union pour la démocratie et la paix
(UDPCI), ont prudemment proposé "pour mettre un
terme définitif à la lancinante question de la
nationalité ivoirienne de (...) M. Ouattara, que la
nationalité ivoirienne lui soit officiellement
reconnue et qu'il puisse en jouir dans les limites
prescrites par la Constitution". Une manière bien
hypocrite de lui interdire toute candidature.
Le Parti démocratique de Côte d'Ivoire
(PDCI), quatrième poids-lourd du paysage
politique, ne s'est pas prononcé directement sur le
"cas ADO", mais son représentant, Koffi
Niamkey, est revenu sur "l'ivoirité".
Le PDCI "assume l'ivoirité sans honte et sans
mauvaise conscience, la Côte d'Ivoire appartient
d'abord aux Ivoiriens", a-t-il déclaré,
"l'ivoirité n'est, en aucune manière, un
instrument d'exclusion ou de hiérarchisation des
Ivoiriens mais au contraire une affirmation de
l'identité nationale".
Développé sous l'ex-président
Henri Konan Bédié (PDCI), ce concept a
contribué à aviver les tensions
socio-politiques autour des élections
présidentielle et législatives d'octobre et
décembre 2000, qui ont fait 303 morts, selon un bilan
officiel. Il est évident que si Henri Konan
Bédié a lancé le premier ce concept de
l'ivoirité, c'était à l'époque,
lui aussi pour écarter Ouattara de toute
compétition électorale, alors qu'il le
craignait comme son principal adversaire.
Commentaire
L'hypocrisie des hommes politiques
Personne ne veut vraiment voir cette
réalité en face mais tout un chacun sait
très bien que le parti de Ouattara, le RDR, est quasi
automatiquement majoritaire en Côte d'Ivoire du simple
fait que le vote, dans ce pays comme dans la plupart des
autres pays africains, est forgé avant tout sur une
préférence ethnique. On vote pour tel ou tel
leader politique parce qu'il est le représentant de
telle ou telle ethnie.
Hélas pour Laurent Gbagbo, Henri Konan
Bédié ou le général Gueï,
le groupe des gens originaires du Nord du pays (qui sont
répartis depuis des générations sur
l'ensemble du territoire ivoirien), et qui sont pour la
plupart de confession musulmane, est majoritaire dans le
pays. A ce groupe, s'ajoute la très forte
communauté étrangère, principalement
burkinabé.
Les seules élections auxquelles a pu participer
le RDR de Ouattara, les municipales, ont
démontré que ce parti était bel et bien
le plus important en terme d'électeurs. Et il le
serait encore davantage si la Côte d'Ivoire initiait
un jour une procédure de régularisation des
étrangers qui vivent sur son sol. Certains,
même au sein du PDCI, ont réfléchi sur
cette question, en souhaitant que l'on propose aux
étrangers qui résident depuis des
générations en Côte d'Ivoire, qui y
vivent, qui y travaillent et qui y payent des impôts,
de pouvoir acquérir la nationalité ivoirienne
afin de clarifier une fois pour toute leur situation. Mais
c'était sans compter sur les "politiques", qui se
servent aussi de cette situation ambiguë des
étrangers. Si d'aventure le parti de Ouattara
remporte une élection, on l'accusera
immédiatement d'avoir fraudé en ayant fait
s'inscrire sur les listes électorales des
Étrangers qui lui sont proches ethniquement et
religieusement parlant.
On aurait aimé qu'un "socialiste" comme M. Gbagbo
prenne une telle initiative - la régularisation de la
nationalité des Etrangers qui le souhaitent - au nom
du socialisme, ou, si c'était trop lui demander, au
nom de l'intégration africaine, concept dont on se
gargarise dans la sous-région d'Afrique de l'Ouest.
Mais il faut croire que M. Gbagbo a oublié depuis
longtemps ce qu'est le "socialisme", et qu'il n'est pas non
plus un farouche partisan de l'intégration
ouest-africaine. Il reste donc pour l'heure un homme
politique soucieux de préserver un pouvoir qu'il a
acquis dans une lutte totalement inégale, sans
adversaire politique pour lui disputer la présidence.
Tout le reste n'est que poudre aux yeux et hypocrisie, et
même les braves gens de la Communauté de
Sant'Egidio (présente à ce Forum) qui pensent
qu"il est important qu'après avoir frôlé
la catastrophe les leaders s'en rendent compte et qu'on en
revienne à faire de la politique" font erreur. C'est
justement parce qu'ils font de la pure politique que les
leaders ivoiriens ont fait couler le sang dans leur pays.
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