N° 238
du 31/10/2001

Côte d'Ivoire


L'ex-président Bédié de retour au pays

Vingt-deux mois après avoir été renversé lors du premier putsch de l'histoire de la Côte d'Ivoire, l'ancien président Henri Konan Bédié a regagné le 15 octobre son pays. Son régime s'était effondré en quelques heures le 24 décembre 1999 face à une mutinerie transformée en putsch après 40 ans de pouvoir du Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI).
Dans ses première déclarations, il s'est empressé de faire acte "de contrition sincère" pour sa part dans les "tragiques incidents" qu'a connus la Côte d'Ivoire.
Son retour coïncide avec la tenue du Forum pour la réconciliation nationale, ouvert le 9 octobre et censé mettre un terme aux tensions socio-politiques, qui ont fait 303 morts selon un bilan officiel.
"Je suis là, le forum se tient pendant deux mois et si nous estimons à tout moment que notre contribution peut être utile (...) eh bien, si cette occasion se présente, je n'hésiterai pas à apporter ma contribution", a déclaré M. Bédié.
Il est le premier des grands "poids-lourds" exilés de la scène politique ivoirienne à faire son retour. Le général Robert Gueï, chef de la junte au pouvoir de décembre 1999 à octobre 2000, est toujours retiré dans son village de l'ouest ivoirien.
L'ancien Premier ministre Alassane Ouattara vit de son côté en France.
Au-delà de la réconciliation, le retour de M. Bédié s'explique également par la crise du PDCI. Resté "président statutaire" du parti, sa gestion passée a été critiquée et il devait affronter du 25 au 28 octobre un congrès au cours duquel les divisions de l'ex-parti unique auraient pu refaire surface.
A sa demande, ce congrès du PDCI a été reporté sine die.
Depuis le putsch, le "vieux parti" est en effet déchiré. Certains barons ont tenté en vain de le mettre au service des ambitions présidentielles du général Gueï, avant de faire scission.
Et pour la première fois, le principe de la candidature unique du président du parti n'avait pas été retenue pour la présidentielle d'octobre 2000. Lors des primaires, M. Bédié avait même été battu par son ancien ministre de l'Intérieur, Emile Constant Bombet.
En définitive, tous les candidats avaient maintenu leurs candidatures... toutes invalidées par une Cour suprême à la main du régime militaire. Un an après une présidentielle controversée dont il a été écarté mais a reconnu les résultats, le PDCI est dans un positionnement politique difficile. Cinq de ses membres participent, "à titre individuel", au gouvernement et son président par intérim et secrétaire général, Laurent Dona Fologo, prône une "opposition constructive".
Mais son groupe parlementaire, qui dispose d'une majorité relative, s'est récemment rebiffé, refusant de voter plusieurs lois importantes.
M. Bédié, qui se trouve selon le quotidien Le Jour "face à son nouveau destin d'opposant", devra gérer toutes ces divergences et rancoeurs, qui devraient resurgir au congrès. Plusieurs barons pourraient ainsi se présenter contre M. Bédié pour la présidence du parti.


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