N° 240
du 30/11/2001

Côte d'Ivoire


Le général Gueï pugnace
pour se justifier devant le Forum de réconciliation

Le général Robert Gueï a justifié ses actions à la tête de la junte au pouvoir en Côte d'Ivoire de décembre 1999 à octobre 2000, tout en attaquant l'actuel président Laurent Gbagbo et le régime de l'ex-parti unique qu'il avait renversé.
Souvent accusé d'avoir plongé la Côte d'Ivoire dans le chaos en menant le premier coup d'Etat depuis l'indépendance de la Côte d'Ivoire, jusqu'alors considérée comme un pôle de stabilité régional, le général Gueï s'est vigoureusement défendu le 26 novembre à Abidjan lors de son intervention très attendue devant le Forum pour la réconciliation nationale.
Le patron du Forum n'est autre que Seydou Diarra, qui fut le Premier ministre de la transition et a donné du "Monsieur le Président" à Robert Gueï à chaque question qu'il lui a posée.
Vêtu d'un costume de ville sombre, il s'est exprimé devant une salle remplie de ses partisans, qui l'ont applaudi à de nombreuses reprises, pour sa première intervention publique depuis sa chute du pouvoir.
Evoquant la période la plus noire de son bref passage au pouvoir, il a nié avoir donné l'ordre à sa garde rapprochée de tirer sur des milliers de manifestants qui réclamaient son départ du pouvoir en octobre 2000, faisant des dizaines de morts.
Le général Gueï, qui vit depuis sa chute du pouvoir retiré dans son village de l'ouest du pays, ne fait l'objet d'aucune poursuite judiciaire connue, mais ne bénéficie selon le pouvoir d'aucune immunité.
Justifiant a posteriori son refus d'admettre sa défaite à l'élection présidentielle du 22 octobre, il a accusé les partisans de M. Gbagbo d'avoir organisé de nombreuses fraudes, avec la complicité de la commission électorale, qu'il avait dissoute avant de se faire proclamer vainqueur.
Le général Gueï s'est d'ailleurs montré particulièrement virulent contre l'actuel président, faisant des remarques transparentes sur sa vie privée et demandant s'il avait "oublié les visites nocturnes qu'il (lui) rendait" sous la transition militaire, accréditant les nombreuses rumeurs sur un "pacte secret" entre les deux hommes qui n'aurait pas été respecté par la suite par M. Gbagbo.
Il a également défendu son arrivée au pouvoir après une mutinerie de soldats, réaffirmant qu'il n'avait aucunement planifié un coup d'Etat. Il a au contraire accusé le Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI), au pouvoir de l'indépendance en 1960 au putsch, et notamment l'ancien président Henri Konan Bédié, d'avoir conduit le pays dans l'impasse, en laissant se développer la corruption et "une situation politique particulièrement tendue". Il faisait ainsi référence au point le plus conflictuel de la vie politique ivoirienne depuis près d'une dizaine d'années, l'exclusion de l'ancien Premier ministre Alassane Ouattara de la course à la magistrature suprême pour cause de nationalité "douteuse".
Paradoxalement, le général Gueï, qui a affirmé que pour lui M. Ouattara était Ivoirien, avait mené dans les derniers mois de son pouvoir un combat de tous les instants contre l'ancien Premier ministre. "Evitons donc de déchirer d'avantage notre beau pays pour de simples querelles de personne", a-t-il lancé.
Après le président Gbagbo et M. Bédié le 13 novembre, le général Gueï était ainsi le troisième des "frères ennemis" de la politique ivoirienne à intervenir devant le Forum.


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