- "Je suis venu pour
rester. Ma place est ici. Je suis de retour en Côte
d'Ivoire". Après un an d'exil, l'ancien Premier
ministre ivoirien Alassane Ouattara
entend clairement se battre pour un objectif: la
présidence.
- "Bien sûr que je reviens pour être
président de la République! Comme
Bédié, comme Gueï", a
déclaré M. Ouattara dans un entretien avec
l'AFP, le 5 décembre.
- Malgré son retour le 31 novembre et sa
participation le lendemain au Forum, M. Ouattara ne renie
ni ne cède rien.
- Le pouvoir actuel? "Illégitime",
martèle-t-il. "Les dernières
élections (présidentielle et
législatives) ne sont pas légitimes. M.
Gbagbo a été élu avec environ
400.000 voix sur 5,5 millions d'électeurs",
rappelle-t-il. Ce qui est on ne peut plus vrai.
- "Les Ivoiriens sont très
élégants de le laisser encore au pouvoir.
Il n'a aucune légitimité", poursuit-il. "On
peut trouver des formules pour que ce régime dure
quelques années. Mais s'il veut servir la
totalité des cinq ans (de mandat), je crois que
ça ne sera pas facile", a estimé encore
Ouattara, dans cet entretien avec l'Agence France-Presse.
- Pour lui, il est hors de question, comme l'a
proposé le président Gbagbo, que son parti,
le Rassemblement des Républicains
(RDR), participe au gouvernement "sans (sa)
réhabilitation et sans législatives" au
préalable.
- Estimant que l'Assemblée actuelle "n'est pas
nationale, mais plutôt partielle", le leader du RDR
réclame de nouvelles législatives qui
"peuvent avoir lieu dans les six mois". A charge pour la
future assemblée de "toiletter" la constitution,
dont M. Ouattara dénonce l'inadaptation et le
caractère discriminatoire. La
présidentielle, à laquelle il serait
candidat, suivrait tout naturellement, dans un
délai d'un à deux ans.
- "Si nous avions participé aux dernières
législatives (boycottées par le RDR), nous
aurions eu 100 sièges (sur un total de 225), selon
nos estimations et celles du ministre de
l'intérieur", rappelle le dirigeant, dont le parti
a remporté les municipales de mars dernier.
-
- Un rien menaçant
-
- Et si le pouvoir refuse toute discussion, il
n'hésite pas à avertir: "Tôt ou tard,
nous, ou d'autres partis, aurons des gens dans la rue
pour réclamer de nouvelles élections. C'est
le rôle de tout parti d'opposition de
réclamer par toutes les voies
démocratiques, y compris des manifestations".
- Interrogé sur les nécessaires
discussions que devront avoir les quatre principaux
leaders politique du pays (Gbagbo, Bédié,
Gueï et lui-même), il est clair: "Ce qui est
à négocier, c'est la
légitimité du pouvoir. Ils savent bien
qu'il y a un problème de
légitimité".
- La normalisation progressive des relations entre la
Côte d'Ivoire, l'Union Européenne et les
bailleurs de fonds, lui inspire un commentaire quelque
peu amer: "Que la communauté internationale estime
que le déficit démocratique en Afrique ne
pose pas problème, et qu'on peut se contenter de
quart de mesures, c'est tant mieux pour le pouvoir en
place".
- En matière économique, l'ancien
directeur général adjoint du FMI n'est pas
tendre pour l'équipe Gbagbo: "Ce gouvernement n'a
ni l'expérience ni la capacité de
gérer une économie de crise. Equilibrer un
budget ne veut pas dire qu'on gère un Etat".
"Encore faut-il faire venir les investisseurs, qui
représentent 4/5ème de l'économie.
Vous en voyez des investisseurs? Pour attirer les
investisseurs privés, il faut un degré de
confiance beaucoup plus fort que celui que nous avons
actuellement", note-t-il, prévoyant des
"difficultés dans six mois (...) Le gouvernement
prend des engagements à tour de bras (enseignants,
policiers, gendarmes, couverture maladie universelle). Il
ne pourra pas faire face à tous ces engagements".
- Quant à la reprise prochaine des
décaissements des bailleurs internationaux
(FMI/Banque mondiale), il estime que "tout ce que nous
recevrons sera utilisé pour rembourser nos dettes
au club de Londres et au club de Paris. Cet argent ne
sera donc pas injecté dans l'économie".
Devant le Forum : "Faisons tout pour que
- la Côte d'Ivoire ne sombre pas dans le
chaos"
-
- S'exprimant devant le Forum de réconciliation,
le 1er décembre, Alassane Ouattara a
réitéré l'essentiel de ses propos,
réclamant "l'élaboration d'une nouvelle
Constitution" et de nouvelles élections
présidentielle et législatives.
- Il a également souhaité une rencontre
avec ses principaux adversaires politiques "pour trouver
de vraies solutions à la crise que traverse notre
pays".
- "Notre crise est la conséquence d'une crise de
légitimité. Il ne faut pas se voiler la
face, pour sortir de cette crise il faut
sérieusement nous atteler à
l'élaboration d'une nouvelle constitution qui
réaffirmera clairement l'égalité des
droits et des devoirs de tous les citoyens", a-t-il
déclaré.
- "La crédibilité des institutions
étant mise en doute, et parce qu'elles ne sont pas
représentatives de l'ensemble du peuple ivoirien,
de nouvelles élections générales
doivent être organisées", a-t-il
affirmé.
-
- Dénonçant une "véritable
campagne de dénigrement" il a remis au
"directoire" du Forum un certain nombre de pièces
administratives, dont un passeport de son
grand-père. "Ils savent bien (ses
détracteurs) que je suis Ivoirien, que je suis
Ivoirien à titre exclusif et que juridiquement je
ne me suis jamais prévalu d'une autre
nationalité", clause constitutionnelle qui selon
ses adversaires le rend inéligible à la
magistrature suprême, a-t-il lancé.
- Evoquant les déclarations du président
Gbagbo, qui a reconnu devant le Forum que certaines
conditions d'éligibilité de la Constitution
avaient pour but "d'éliminer" M. Ouattara,
l'ancien Premier ministre a dénoncé "une
loi fondamentale dirigée contre un citoyen et tous
ceux qui le soutiennent". Il a fustigé "une
manipulation de la part d'un certaine classe politique
qui rechigne à la compétition".
- "J'ai pardonné à tous mes
frères, à tous mes adversaires politiques
et je les invite à en faire autant et à
tenir compte de la nécessité de notre
cohésion nationale", a-t-il poursuivi. "Faisons
tout pour que la Côte d'Ivoire ne sombre pas dans
le chaos", a-t-il conclu.
- Avant son retour et ses déclarations, M.
Ouattara avait indiqué avoir finalement
décidé de participer à Forum sur les
conseils des chefs d'Etats Omar Bongo, Gnassingbé
Eyadéma, Matthieu Kérékou et
Abdoulaye Wade.
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