N° 242
du 02/01/2002

Côte d'Ivoire


Lente réconciliation
Le président Gbagbo gagne du temps
et embarrasse ses adversaires

Le Forum pour la réconciliation nationale en Côte d'Ivoire s'est achevé le 18 décembre sur un discours apaisant du président Laurent Gbagbo, qui s'est donné du temps sans apporter de réponse concrète aux clivages politiques qui minent le pays. "Asseyons nous et discutons", a lancé le président ivoirien à l'adresse de ses "frères ennemis" de la scène politique, reléguant ainsi plus de deux mois de débats du "Forum" à une préparation du terrain pour un dialogue au sommet.
Laurent Gbagbo, l'ancien président Henri Konan Bédié, l'ancien Premier ministre Alassane Ouattara et le général Robert Gueï, ex-chef d'une junte militaire au pouvoir de décembre 1999 à octobre 2000, devraient donc se retrouver dès le mois de janvier, à l'invitation du premier, pour tenter de "régler les problèmes".
Une offre que chacun des protagonistes pourra difficilement refuser, malgré l'absence remarquée de M. Bédié à la cérémonie de clôture du Forum.
"L'intervention (du président Gbagbo) était une bonne intervention, le ton était apaisant", a déclaré M. Ouattara.
Le général Gueï, ex-chef de la junte au pouvoir de décembre 1999 à octobre 2000, a pour sa part reconnu que le président "a su s'exprimer à la clôture du Forum".
 
Pour ce qui est de la nationalité de Ouattara, Laurent Gbagbo s'en est remis à la justice pour régler ce contentieux, tout en réaffirmant son refus d'une modification de la Constitution.
Le directoire du Forum pour la réconciliation avait demandé dans ses "recommandations" aux autorités compétentes de délivrer à Ouattara un certificat de nationalité ivoirienne. "Le Forum a indiqué la voie à suivre et je n'ai rien à y ajouter", a déclaré M. Gbagbo dans son discours. "Ce débat n'a que trop duré. Nous avons tous compris que cette question ne relève pas du président de la République mais bien du pouvoir judiciaire. Eh bien, laissons-la entre les mains du pouvoir judiciaire", a-t-il ajouté.
M. Gbagbo a par ailleurs réaffirmé qu'une "modification de la Constitution n'est pas à l'ordre du jour". Le directoire du Forum avait suggéré la création d'une commission chargée "d'éclairer le sens" de certaines disposition de la Constitution, notamment sur les critère d'éligibilité.
Estimant que cette suggestion traduisait "l'embarras" du Forum, M. Gbagbo a annoncé l'organisation en 2002 d'un "colloque international" sur la loi fondamentale ivoirienne.
Alors que M. Ouattara réclame une révision constitutionnelle, ainsi que l'organisation de nouvelles élections, le président Gbagbo a clairement rejeté cette dernière idée, estimant que les "ivoiriens sont en droit d'attendre" qu'une résolution du Forum demandant la reconnaissance de la légitimité des pouvoirs publics ivoiriens "sera entendue de tous".
A se demander si le Forum n'a pas servi uniquement à "légitimer" Laurent Gbagbo à la présidence, alors qu'il a été élu dans des conditions on ne peut plus contestables.


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