N° 245
du 28/02/2002

Côte d'Ivoire


Remaniement "technique" du gouvernement
sur fond de lutte pour contrôler le secteur du cacao

Le président Gbagbo a procédé le 25/02/2002 à un remaniement ministériel "technique", en changeant de poste le ministre Sébastien Dano Djédjé qui passe des Relations avec les institutions au ministère de l'Agriculture et des ressources animales.
De son côté, l'ancien ministre de l'Agriculture, Alphonse Douati, remplace M. Dano Djédjé, et prend le ministère des Relations avec les institutions, dont l'Assemblée nationale. Selon la télévision nationale citant le décret, ce changement vise à "renforcer la cohésion du gouvernement" dirigé par le Premier ministre Pascal Affi N'Guessan.
En fait, la presse ivoirienne n'a pas manqué de souligner que M. Douati avait été en première ligne dans le cadre de la réforme des filières café-cacao et coton. Les quotidiens ivoiriens ont vu le remplacement du ministre Alphonse Douati comme un volet de la lutte pour le contrôle de la manne cacaoyère entre des barons du pouvoir.
"Douati, le mouton du sacrifice", "Douati menace de démissionner", "Café-cacao, ce qui a fait tomber Douati", ou encore "les partisans de Douati accusent Affi N'Guessan", ont titré les journaux.
En Côte d'Ivoire, le ministère de l'Agriculture est un portefeuille stratégique puisqu'il concerne la principale source de revenu du pays: le cacao, dont 40% de la production mondiale sont récoltés dans ce pays.
En première ligne de la réforme de la filière cacao, mais aussi de la filière coton, M. Douati s'était fait des ennemis, comme le rappelle le quotidien indépendant L'Inter: "Conscient de la très grande influence de Sansan Kouao (riche planteur proche du Front populaire ivoirien, FPI, au pouvoir) dans le monde paysan, en l'occurrence dans le secteur café-cacao, Laurent Gbagbo a pris au sérieux sa menace de lâcher le FPI s'il ne calme pas les ardeurs de son ministre", a écrit le journal.
Au c¦ur de la discorde, la mise en place d'un Fonds de régulation et de contrôle du café et du cacao (FRCC), "structure technique à vocation financière dont le rôle est d'aider les petits exploitants et les petits exportateurs", et de contrôler l'argent du cacao.
Le journal Le Front (indépendant) a évoqué ainsi de possibles captations de l'argent du cacao par des responsables du FPI à des fins politiques.
Pour Le Libéral, proche de l'opposition, "la cabale" qui a conduit au remplacement de M. Douati "est relative à une affaire de gros sous".
Le quotidien gouvernemental Fraternité-Matin a noté l'opposition entre le ministre de l'Agriculture et l'Association nationale des producteurs de café-cacao (ANAPROCI) qui critiquent également la mise en place du FRCC.


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