N°249
du 06/05/2002

Côte d'Ivoire


Grosse polémique en vue
Le gouvernement entreprend une délicate opération
d'identification de tous les habitants du pays

Tous les habitants de Côte d'Ivoire, nationaux comme étrangers, seront "identifiés" par l'Office national d'identification (ONI) d'ici à la fin 2003. l'homme qui dirigera cette gigantesque opération est le colonel Almustapha Kone.
En présentant cette vaste entreprise de recensement et d'informatisation des registres d'état civil et d'enregistrement des étrangers vivant en Côte d'Ivoire, M. Kone a précisé que le montant global de l'opération est de 46 milliards de CFA (plus de 70 millions d'Euros).
"Nous avons la volonté, soulignée par le gouvernement, d'assainir l'état-civil et de permettre à chacun d'avoir son identité", a-t-il également affirmé, avant de préciser que "cette opération a pour but de mettre de l'ordre, mais n'est dirigée ni pour ni contre quelqu'un".
Selon l'ONI, il s'agit également de "cerner les flux migratoires, sécuriser l'Ivoirien et mettre en confiance l'étranger".
Le processus d'enregistrement des quelque 15,4 millions d'habitants de Côte d'Ivoire aboutira à l'obtention d'une carte d'identité (orange) pour les nationaux d'un coût de 1.000 FCFA, d'une carte de séjour (verte) pour les ressortissants des pays de la CEDEAO d'un coût de 35.000 FCFA pour cinq ans, et d'une carte de séjour (bleue) pour les autres résidents étrangers d'un coût de 300.000 FCFA pour cinq ans également.
"5.000 personnes de nationalité ivoirienne, conformément à la loi, ont été recrutées pour effectuer les enregistrements et par la suite gérer les fichiers centraux d'identité", selon l'ONI.
Pour mieux contrôler les flux migratoire, les responsables de cette structure ont également identifié 25 postes d'entrée/sortie du pays qui seront prochainement équipés en matériel informatique et en personnel supplémentaire.
L'ONI est en partenariat avec deux sociétés françaises spécialisées dans l'identification (SAGEM) et les logiciels d'état civil (Digitech) et deux organismes nationaux: l'institut national de la statistique (INS) qui a réalisé le dernier recensement et le comité national de télédétection et d'informations géographiques (CNTIG).
Touchant à la sécurité, ce projet n'a pas fait l'objet d'un appel d'offre et a été confié à la société ivoirienne SITELCOM.
Jusqu'à présent, selon les estimations de l'ONI, seulement 6,2 millions d'habitants sont détenteurs d'une carte d'identité en règle, sur les 15,4 millions recensés en 1998.
 
Quand on connaît les problèmes et les violences qu'a engendrés la délicate question de la nationalité dans ce pays, on image aisément que cette opération de recensement - louable s'il s'agit par exemple d'obtenir un fichier électoral transparent, - pourrait vite se transformer en opération d'épurement de la société ivoirienne, tant sera difficile l'identification de certains citoyens, notamment les personnes originaires du Nord de la Côte d'Ivoire, qui ont pour certains quitté leur région d'origine depuis plusieurs générations
L'ancien Premier ministre ivoirien Alassane Ouattara, leader du Rassemblement des républicains (RDR, principal parti d'opposition) a déclaré, lors de la cérémonie d'investiture des candidats de son parti pour les élections des conseillers généraux et de districts prévues en juillet, qu'"Il est à craindre que cette identification ne se fasse dans une perspective d'exclusion de pans entiers de la communauté nationale, elle pourrait favoriser la mise en place d'un apartheid à l'ivoirienne".
L'opération "fait peser de sérieuses menaces sur la paix sociale en ce sens qu'elle ouvre la voie à l'arbitraire dans l'établissement des cartes nationales d'identité", a-t-il estimé.
M. Ouattara a préconisé "la mise en place d'une commission nationale (qui) aura pour mission de superviser la délivrance des nouvelles cartes d'identité nationale et veiller à ce qu'elle se déroule dans le strict respect du code de nationalité et de l'égalité des citoyens".
L'ancien Premier ministre -écarté des élections présidentielle et législatives de l'an 2000 pour cause de nationalité "douteuse"- a souligné "attendre que (lui) soit délivré" son certificat de nationalité, dont s'occupe l'ancien président du Forum de réconciliation nationale tenu d'octobre à décembre 2001. "Nous voulons donner du temps au temps, mais il y a des limites au temps, notre attitude ne signifie ni capitulation, ni reniement" a-t-il averti.


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