N° 250
du 24/05/2002

Côte d'Ivoire


Des propos virulents du Premier ministre
contre l’opposition déclenchent un tollé

Des déclarations très polémiques du Premier ministre, Pascal Affi N’Guessan, à l’endroit des trois principaux leaders de l’opposition, à deux mois d’importantes élections régionales et dans un contexte de réconciliation nationale fragile, ont déclenché des protestations virulentes.
Lors d’un déplacement en province, le chef du gouvernement, qui est également chef du parti au pouvoir, le Front Populaire Ivoirien (FPI) , s’en est pris directement à l’ancien Premier ministre Alassane Ouattara , à l’ancien président Henri Konan Bédié et au chef de la junte mi litaire au pouvoir de décembre 1999 à octobre 2000, le général Robert Gueï .
A l’adresse de M. Ouattara, président du Rassemblement des Républicains (RDR), qui avait été évincé de la présidentielle d’octobre 2000 pour cause de “nationalité douteuse”, Pascal Affi N’Guessan a ironisé: “On évoque des questions de certificat de nationalité. Si vraiment ce sont des problèmes de papiers qui préoccupent certains partis politiques, qu’ils laissent tomber la politique pour créer une ONG de défense des sans papiers, un Rassemblement des sans papiers” (un jeu de mot sur le nom du parti RDR).
M. Bédié et son Parti Démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI, ex parti unique) n’ont pas été mieux lotis: “Ils cherchent à se donner un nouveau souffle avec des poumons réchappés”. Poursuivant la métaphore, Affi N’Guessan a été encore plus incisif: “le pneu est usé, il faut l’amener au garage et mettre de nouveaux pneus pour que la Côte d’Ivoire aille vite, ils ne vont plus revenir au pouvoir”.
Quant au général Gueï, parti intégrante du processus de réconciliation en cours depuis décembre dernier, Affi N’Guessan lui a rappelé crûment, sans toutefois le citer nommément, son passé putschiste et a mis en garde contre toute tentation de force.
Avec le président Laurent Gbagbo, MM. Ouattara, Bédié et Gueï sont pourtant les trois acteurs essentiels du processus de réconciliation en cours qui vise à mettre fin à deux ans de violences et d’instabilité politique dans le pays. Ils avaient ainsi tenu un “mini-sommet” à quatre, fin janvier dernier à Yamoussoukro (300 km au nord d’Abidjan), au cours duquel ils s’étaient mis d’accord sur les 14 “recommandations” formulées en décembre par le “Forum de la réconciliation nationale”. L’affaire de la nationalité de M. Ouattara semblait du coup réglée politiquement.
Sitôt connues ces déclarations, le PDCI, le RDR et l’UDPCI ont réagi très vivement en qualifiant “les propos de M. Affi N’Guessan d’injurieux, d’irrespectueux et d’inappropriés”.
Depuis le putsch du général Gueï, le 24 décembre 1999, des troubles politi-co- ethniques, notamment lors des élections présidentielle et législatives de la fin 2000, ont fait 303 morts, 65 disparus et 1.546 blessés, selon un bilan officiel. On attend avec impatience les traits d’humour du Premier ministre sur ces événements sanglants dont son parti est en partie responsable.


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