N° 252
du 02/07/2002

Côte d'Ivoire


L’étrange affaire du putsch manqué de 2001
L’homme d’affaires, Ahmed Bassam, condamné à 2O ans
de prison, malgré des éléments à charge inconsistants

La condamnation, lundi 25 juin, à vingt ans de réclusion de l’homme d’affaire Ahmed Traoré Bassam, présenté comme le “cerveau” d’un putsch manqué en janvier 2001 en Côte d’Ivoire, a surpris plus d’un observateur, tant les faits sont restés mystérieux tout au long des audiences.
Dans la nuit du 7 au 8 janvier 2001, des assaillants avaient attaqué l’un des principaux camps de gendarmerie d’Abidjan et les sièges de la télévision et de la radio nationales. Repoussée au petit matin, l’attaque avait fait officiellement 15 morts et neuf blessés.
Cette tentative, après laquelle le gouvernement avait évoqué un soutien au Mali et au Burkina, provoquant des tensions avec ses voisins du Nord, fut le dernier soubresaut violent d’une période de troubles ouverte par le coup d’Etat militaire de décembre 1999, qui avait fait basculer dans l’instabilité l’ancien “pôle de stabilité” ouest-africain.
La lecture du verdict a provoqué des exclamations de surprise et de désolation dans la salle du tribunal où les amis et parents de M. Bassam étaient nombreux.
Deux des trois co-accusés, tous militaires, Gnépa Noma et Koné Williams ont été acquittés, tandis que le troisième, Kambiré Sié, dont le cas a à peine été évoqué au cours de ce procès, a été également condamné à 20 ans de prison.
Le président du collectif des avocats de la défense, Me Bakary Sangaré, a annoncé qu’il se pourvoirait en cassation pour les deux condamnés, estimant que “les éléments de preuve qui ont été débattus ne sont pas sérieux, suffisants, constants, concordants, et consistants” pour justifier une telle condamnation.
Considéré comme le “cerveau” de ce coup d’Etat manqué, M. Bassam risquait au maximum la prison à perpétuité, mais le président de la cour d’assises, Dély Sepleu, a évoqué sans plus de précisions “des circonstances atténuantes” pour justifier la sentence.
L’accusation, basée sur le témoignage de deux militaires - un agent des renseignements généraux et un caporal qui a nié en bloc devant la cour tout ce qu’il avait déclaré à l’instruction - a été battue en brèche par leurs incohérences et contradictions.
Les dix audiences n’ont pas davantage éclairé les Ivoiriens sur les circonstances ni les commanditaires de cette tentative de coup d’Etat, que certains détracteurs de l’actuel régime qualifient plus volontiers de “coup monté”.
Seuls faits avérés: M. Bassam recevait des militaires, il n’a pas distribué d’armes et n’a donné en tout et pour tout que 500.000 FCFA (761 euros) pour, selon le procureur Augustin Séry Neha, financer ce putsch.
“Je ne sais pas exactement la place d’Ahmed Bassam dans ce coup d’Etat, je ne sais pas qui a organisé ce coup”, a bafouillé le principal témoin à charge, le maréchal des logis chef Kouadio Kouadio, dit “Gino”.
Propriétaire et ancien directeur de la société de nettoyage urbain ASH International, Ahmed Bassam a pendant tout le procès clamé son innocence et affirmé être “la victime d’un complot” visant à le déposséder de cette entreprise. Il a maintenu que les contacts qu’il entretenait au moment de la junte (décembre 1999 à octobre 2000) du général Robert Gueï et après l’accession au pouvoir de l’actuel président Laurent Gbagbo ne visaient qu’à faire aboutir auprès des autorités des revendications concernant sa société.
Le procès de M. Bassam et ses co-accusés était le troisième et dernier d’une série concernant cette même affaire. Au final, cette série n’a abouti qu’à six condamnations à 20 ans de prison, deux à trois ans, et à 16 acquittements pour 72 personnes au total mises en cause au début de l’enquête.
Les procès, tenus les uns à la suite des autres depuis la mi-mai, avaient été séparés pour une “meilleure administration de la justice” selon le ministère de la Justice, pour “saucissonner” le dossier et empêcher la manifestation de la vérité, selon la défense.


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