N° 253
du 30/07/2002

Côte d'Ivoire


Le pouvoir est toujours
hanté par les tentatives de coups d’Etat

L’arrestation d’un général de la police, Alain Mouandou, dans le cadre d’une enquête sur une tentative de coup d’Etat, a relancé en Côte d’Ivoire le débat récurrent sur les tentatives d’attentat à la sûreté de l’Etat. Le général Mouandou, dont on a appris le 15 juillet seulement l’arrestation, est incarcéré à la Direction de la surveillance du territoire (DST) depuis le 28 juin pour “des soupçons” sur sa participation supposée à une opération de déstabilisation du régime du président Laurent Gbagbo.
Officiellement, le ministère de la Sécurité et le gouvernement n’ont pas fait de déclaration, mais la famille de l’officier a dénoncé une “arrestation arbitraire”.
Le souvenir du coup d’Etat du 24 décembre 1999 du général Robert Gueï et l’avènement de la deuxième République en octobre 2000, ont laissé des séquelles dans le pays, qui est quotidiennement hanté par des tentatives de coup, supposées ou réelles.
Dans sa dernière intervention télévisée le 5 juillet, M. Gbagbo avait affirmé : “Il n’y aura pas de coup d’Etat en Côte d’Ivoire”, mais n’avait pas hésité à soutenir qu’”on voit le dos des +nageurs+ qui entretiennent de petits gars à nos frontières”.

En janvier 2001, la presse ivoirienne avait ironisé sur une tentative de coup d’Etat, surnommée “le complot de la Mercedes noire” : des assaillants avaient attaqué les sièges de la télévision, de la radio nationale et un camp de la gendarmerie.
Les autorités ivoiriennes avaient affirmé que les auteurs avaient reçu des appuis à l’étranger, évoquant le Mali et le Burkina Faso. L’attaque repoussée au petit matin avait fait 15 morts et neuf blessés, selon un bilan officiel, mais les procès qui avaient suivi n’ont pas permis d’identifier les commanditaires et huit personnes, sur 72 arrêtées au départ, ont été condamnées.
Dans la même période, Jean-Jacques Béchio, un cadre du Rassemblement des républicains (RDR, principal parti d’opposition) de l’ancien Premier ministre Alassane Ouattara, a été arrêté, également soupçonné d’avoir voulu fomenter un coup d’Etat.
Après son arrestation, le ministre de l’Intérieur, Emile Boga Doudou, avait affirmé qu’il avait été dénoncé par un gérant de cabine téléphonique cellulaire, qui l’aurait entendu déclarer “Ca va chauffer ce samedi”, durant une conversation, en anglais, avec un mystérieux correspondant. Cette affaire avait été baptisée par une partie de la presse ivoirienne de “complot de la cabine téléphonique”.
Le procureur général a requis douze mois d’emprisonnement avec sursis contre Béchio, finalement poursuivi pour “détention illégale d’armes et munitions de 1ère et 4ème catégorie”. L’affaire a été mise en délibéré au 30 juillet. Les débats lors du procès ont essentiellement porté sur sept armes et munitions présentées par le procureur général et saisies, selon lui, au domicile du prévenu.

Des journaux ivoiriens, proches du régime, surfent régulièrement sur des découvertes de tentatives de coup d’Etat, tantôt sur des auteurs ou des commanditaires supposés.
“Revoici le général Mouandou dans le rôle qu’il affectionne le mieux: la déstabilisation des institutions républicaines, manque de pot, il est au frais à la DST”, a donc cru bon d’écrire le journal “Le National” (nationaliste, proche du pouvoir), à propos de cette dernière “ affaire “. Quant à “Notre Voie“, comme à son habitude, le journal du Front populaire ivoirien, le parti présidentiel, a écrit tout en nuances : “le RDR envisage toujours un coup d’Etat”.
Le général Mouandou était le chef des Renseignements généraux et de la DST lorsque M. Ouattara était Premier ministre (1990-1993). Il occupait les fonctions d’inspecteur des services de police.


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