N° 256
du 02/10/2002

Côte d'Ivoire


Au Burkina Faso
Le gouvernement rejette les accusations ivoiriennes
L’Assemblée nationale invite Abidjan à la “retenue”

Le gouvernement burkinabé a décidé la fermeture des frontières terrestres entre le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire. Moumouni Fabré, le ministre de l’administration territoriale et de la décentralisation, a démenti toute implication de son pays dans la crise. Les autorités burkinabé ont également envoyé une lettre de protestation aux autorités ivoiriennes, via leur ambassadeur à Ouagadougou, pour dénoncer les mauvais traitements dont ont été victimes de nombreux ressortissants burkinabè.
De son côté, l’Assemblée nationale du Burkina Faso a invité les autorités ivoiriennes à “la retenue”, par la voix de son président, Roch Marc Christian Kaboré. M. Kaboré, qui s’exprimait à l’ouverture d’une session de l’assemblée, a aussi “condamné” le soulèvement en cours. “Nous condamnons tout recours à la force, pour accéder au pouvoir où pour renverser un régime démocratiquement élu”, a par ailleurs affirmé le président de l’Assemblée burkinabè souhaitant un “retour rapide de la paix et de la stabilité”.

Rappel : les relations, déjà tendues entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso se sont détériorées depuis l’assassinat à Ouagadougou de l’ancien ministre ivoirien Balla Keita dans la nuit du 1er au 2 août.
Le président du Burkina Faso, Blaise Compaoré, a été nommément accusé d’être “le seul et unique déstabilisateur de la Côte d’Ivoire” par le quotidien “Notre Voie”, journal du Front populaire ivoirien (FPI), au pouvoir.
Les autorités ivoiriennes ont décidé de couper les liaisons téléphoniques avec le Burkina Faso.
Le 25 septembre, des manifestants ont défoncé à Abidjan le portail du consulat du Burkina Faso, sans pouvoir pénétrer à l’intérieur du consulat. L’ambassadeur du Burkina Faso, Emile Ilboudo, a indiqué que les dégâts sont “très minimes”, ajoutant que des manifestants criaient des slogans hostiles au Burkina.
2,2 millions de Burkinabè, pour beaucoup des ouvriers agricoles, vivent en Côte d’Ivoire, qui compte 15 millions d’habitants, selon le dernier recensement officiel de 1998.

Les relations tendues entre le Burkina et la Côte d’Ivoire


—1999—

En novembre, un litige foncier entre autochtones Kroumens et Burkinabè dans la région de Tabou (sud-ouest) fait cinq morts. En quelques semaines, quelque 20.000 Burkinabè sont chassés des plantations par les autochtones.


—2000—

- 21 jan: Le président burkinabè Blaise Compaoré émet “le souhait de voir la Côte d’Ivoire réussir le processus de transition” engagé par la junte au pouvoir depuis le renversement fin 1999 du président Henri Konan Bédié, après une rencontre avec le général Robert Gueï.
- août-septembre: Au moins 13 morts dans des affrontements entre des autochtones Kroumens et Burkinabè dans le sud-ouest de la Côte d’Ivoire. En octobre, de nouvelles violences font cinq morts.
- octobre-décembre : des immigrés sont battus ou tués en Côte d’Ivoire lors d’affrontements entre partisans d’Alassane Ouattara d’une part et forces de l’ordre et militants soutenant le pouvoir de l’autre, en marge des élections présidentielle et législatives.
- 6 nov : Le ministre ivoirien de l’Intérieur, Emile Boga Doudou, déclare, après une rencontre avec le président Compaoré, que sa visite est destinée à “rassurer les Burkinabè”. Première visite d’un membre du gouvernement du nouveau président ivoirien Laurent Gbagbo.


—2001—

- 18 jan: Le parti au pouvoir au Burkina Faso condamne le coup d’Etat avorté des 7-8 janvier en Côte d’Ivoire. Des dizaines d’étrangers, notamment Burkinabè, ont fui, se disant l’objet de menaces et de violences après que le gouvernement eut affirmé que des étrangers étaient impliqués dans la tentative. En mai, le président Compaoré reçoit deux émissaires du président ivoirien.
- 29 juin: Le président Compaoré qualifie de “frileuses” les relations, exacerbées selon lui par le débat sur la nationalité de l’opposant Alassane Ouattara, affirmant que “le régime en Côte d’Ivoire a des soupçons sur la volonté supposée du Burkina Faso de le déstabiliser”. M. Ouattara, accusé de “s’être prévalu” de la nationalité burkinabè, avait été exclu des élections présidentielle et législatives de 2000 en Côte d’Ivoire pour nationalité “douteuse”.
- 4 juil: Rencontre en Libye entre les présidents Compaoré et Gbagbo, qui conviennent, selon Tripoli, de mettre fin à la période de froid entre leurs pays.
- 11 juil: Le président du Mouvement ivoirien des droits de l’Homme déclare avoir été interdit par le Burkina de toute participation à un débat public sur l’”ivoirité”.
- 4 déc: Les présidents Compaoré et Gbagbo décident d’”intensifier les consultations à tous les niveaux en vue de rechercher les solutions à leurs problèmes communs”, après une visite du président ivoirien à Ouagadougou.


—2002—

- 21 mars: Le président de l’Assemblée nationale du Burkina Faso qualifie les relations de “positives”.
1er août: L’ex-ministre ivoirien Balla Kéïta, passé dans l’opposition et exilé depuis 2001 au Burkina Faso, est assassiné à son domicile de Ouagadougou. Le procureur général affirme que la justice burkinabè privilégie la piste politique ivoirienne dans l’enquête.
- 24 sept: Le président Compaoré est nommément accusé d’être “le seul et unique déstabilisateur de la Côte d’Ivoire” par Notre Voie, le journal du Front populaire ivoirien (FPI) au pouvoir. Ces accusations font suite aux troubles militaires déclenchés le 19 septembre en Côte d’Ivoire.
- 25 sept:
Le Burkina dément toute implication et décide la fermeture des frontières terrestres avec la Côte d’Ivoire. Abidjan décide de couper les liaisons téléphoniques.
Le portail du consulat du Burkina Faso à Abidjan est enfoncé par des manifestants. Abidjan condamne ces “agissements”.


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