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Même si fin août, le secrétaire général de lONU, Kofi Annan, en visite à Abidjan, avait crû bon de se dire très content de voir le déroulement politique ici, louverture et la réconciliation qui marchent, aucun des problèmes de fond que connaît la Côte dIvoire depuis la mort du président Félix Houphouët Boigny na en fait véritablement été réglé.
Depuis lentrée dans larène politique dAlassane Ouattara, tous les régimes successifs - que ce soit celui du successeur dHouphouët, Henri Konan Bédié, celui de la junte dirigée par Gueï ou celui de Gbagbo - ont voulu écarter ce redoutable adversaire en utilisant les pires armes qui soient, celles du tribalisme et de la xénophobie, en sappuyant sur une idée initiée par Bédié, le fameux concept dIvoirité.
En voulant exclure Ouattara de toute compétition électorale au motif quil ne serait pas 100 % Ivoirien, les hommes politiques au pouvoir à Abidjan ont aussi mis à lindex une grande partie de la population ivoirienne, soupçonnée dêtre favorable à Ouattara. Ainsi, tout Ivoirien, dont le nom a une consonance étrangère (malienne ou burkinabé), a toutes les peines du monde à faire reconnaître ses droits, quand il ne lui est pas tout simplement impossible de se faire reconnaître comme simple citoyen.
La dernière opération lancée par ladministration pour attribuer des cartes didentité à tous les Ivoiriens dans le cadre dune politique dite didentification, a ainsi permis au régime de laisser sur le bas côté de la citoyenneté un grand nombre de ressortissants du Nord du pays, au motif quils nétaient pas capables de prouver leur filiation made in Côte dIvoire.
Laurent Gbagbo, le socialiste dantan, a semble-t-il complètement évacué de sa mémoire lépoque où, allié avec le RDR dans un Front républicain en lutte contre le régime de Bédié, il déclarait à qui voulait lentendre que cette question de nationalité était absurde, se demandant même lors de quelque conférence de presse : qui était Ivoirien avant 1960, puisque la Côte dIvoire était une colonie française ?
Le problème de la Côte dIvoire est simple, il est arithmétique
Et si tous, de Bédié à Gueï en finissant par Gbagbo, ont voulu écarter Ouattara de la politique cest parce quils savent très bien que lui ou son parti seront majoritaires à nimporte quel scrutin, quil soit présidentiel ou législatif. Le problème de la Côte dIvoire est simple, il est arithmétique : si les Ivoiriens votaient en fonction des idées et pas pour des hommes politiques porte-fanion dune région ou dune ethnie, ça se saurait, et ce nest malheureusement pas le cas.
Alors en Côte dIvoire comme à peu près partout ailleurs en Afrique, on vote dabord pour le représentant de sa région ou de son ethnie. Si regrettable que cela soit, cest un fait incontournable. Et il suffit de prendre une calculette pour savoir que Ouattara est pour lheure et de manière tout à fait logique, le porte-fanion de la majorité des Ivoiriens - nordistes et musulmans (environ 40 % de la population), que Bédié qui passe pour être le leader des Akans (Baoulés du centre-est, environ 23%), peut tout au plus le talonner, et que Laurent Gbagbo, en tant que Bété ne captera jamais guère plus que 18% que représente en terme de population cette ethnie de lOuest du pays.
Certes on nous rétorquera quil y a bien des nordistes et des musulmans dans le Front patriotique ivoirien (FPI), le parti du président, mais il nen demeure pas moins que ces gens sont minoritaires et que ces cas particuliers ne représentent pas les grandes tendances de lélectorat.
Gueï avait cru résoudre ce problème arithmétique en invalidant les candidatures de Bédié et de Ouattara lors de la présidentielle doctobre 2000 qui a porté Gbagbo au pouvoir. En battant le médiocre général lors de cette élection, Laurent Gbagbo savait pertinemment quil remportait une victoire à la Pyrrhus.
Peut-on vraiment se croire président légitime lorsque lon sait quaucun des autres véritables représentants des grands groupes de population du pays nest en compétition contre vous dans une élection en Afrique ?
Je suis sûr quà partir du moment où la situation politique est calme, on va pouvoir se concentrer sur les problèmes économiques et sociaux et je suis sûr que les investisseurs vont venir aussi, avait encore déclaré Koffi Anan, lors de sa dernière visite à Abidjan, fin août. Des propos qui montrent à lenvi le décalage entre la Côte dIvoire profonde et les milieux daffaires internationaux. Oublié le massacre de Yopougon doctobre 2000 pour lequel la justice ivoirienne na trouvé aucun coupable ! Oubliés les cas de tortures et la répression de lan 2000 pour faire taire les contestataires qui réclamaient la reprise de la présidentielle, avec Ouattara en lice ! Passées en pertes et profits, les humiliations, les tracasseries administratives vis à vis des ressortissants du Nord, vis à vis des étrangers ! Classées dans les Home Pages dune Afrique quon ne veut pas voir en face, les conflits fonciers qui ont poussé sur les routes les milliers de Maliens et de Burkinabé, avec pour tout bagage, la chance de ne pas avoir été lynchés par des autochtones en quête de terres !
Pas de justice, des enquêtes qui naboutissent jamais, des arrestations puis des libérations sans autres formes de procès, est-ce tout cela le calme perçu par Koffi Anan ? Quand une population ne se révolte pas, ne descend pas dans la rue, cela veut-il dire que tout va bien ?
Même si aujourdhui, le pouvoir, Laurent Gbagbo en tête, accuse les rebelles davoir bénéficié dappuis à létranger, en loccurrence du Burkina Faso, le mal de la Côte dIvoire et bel et bien ivoirien à 100 %.
Quand le conseiller en communication du président Gbagbo, Alain Toussaint , évoque un Etat voyou dans la sous-région en parlant des soutiens extérieurs apportés aux rebelles, on peut se demander quel est lEtat le plus voyou des deux ?
Que penser dun chef dEtat qui promet enquête et justice sur le charnier de Yopougon, mais dont la justice justement ne trouve aucun coupable ? Que penser d'une justice, encore, qui dans laffaire de la tentative de coup dEtat de janvier 2001 ne trouve que comme seul coupable et instigateur, un médiocre homme daffaires, à lissue dun procès rocambolesque ?(cf. Afrique Express 252).
Une justice complètement indépendante qui pendant des années ne reconnaît pas la nationalité ivoirienne à Alassane Ouattara, mais lui délivre, le 29 juin dernier, sur injonction du pouvoir politique, un certificat de nationalité ivoirienne.
Que penser encore dun Etat qui réforme le code foncier de manière à interdire laccès à la propriété au étrangers, sachant pertinemment que seront touchés en premier par cette réforme des dizaines de milliers détrangers qui ont mis en valeur le pays pendant des décennies ?
On a entendu beaucoup de critiques sur la réforme agraire initiée au Zimbabwe par Robert Mugabe mais peu de commentaires sur cette réforme en Côté dIvoire.
Faut-il donc être surpris aujourdhui que des Ivoiriens prennent les armes pour se faire entendre et imposer au régime en place une nouvelle ligne de conduite ?
Dans ce pays il faut quon sache une fois pour toute qui est qui et qui veut quoi!, a lancé Laurent Gbagbo dans un message à la nation au deuxième jour de cette rébellion. Effectivement.
R-J Lique
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