N° 256
du 02/10/2002

Côte d'Ivoire


Coup d’Etat: Réactions et déclarations

Les officiels ivoiriens

Gbagbo évoque une implication étrangère
Le président de Côte d’Ivoire Laurent Gbagbo, rentré le 20 septembre à Abidjan, a évoqué la possibilité d’une implication étrangère dans cette tentative de coup d’Etat, soulignant dans une allocution télévisée que son régime “n’est pas en face d’une simple manifestation de colère de quelques soldats, c’est une tentative de coup d’Etat”.
Pour M. Gbagbo, les insurgés utilisent des “armes lourdes, nouvelles pour la plupart, des armes dont ne dispose pas notre armée - donc on ne peut pas dire que c’est l’armée de Côte d’Ivoire qui se rebelle - des armes utilisées dans les armées étrangères ou achetées à des gouvernements”.
“Ces armes-là et leurs cibles montrent bien que c’est la nature du régime de Côte d’Ivoire qu’on a voulu changer et transformer. C’est la Côte d’Ivoire qui est attaquée. (...) L’heure de la bataille a sonné”, a-t-il souligné. “On nous impose une bataille eh bien! menons-la, menons-la avec courage, avec honneur et avec détermination ! La Côte d’Ivoire est attaquée, mon pays est attaqué, mon devoir est de faire front. Je suis donc rentré pour continuer la bataille”, a-t-il ajouté.

Une plainte auprès de l’ONU ?
Le président de l’Assemblée nationale Mamadou Koulibaly a affirmé que la Côte d’Ivoire était “agressée par des bandes terroristes” et allait déposer une plainte auprès de l’ONU. “Il s’agit d’un pays agressé par des bandes terroristes composées certes de soldats ivoiriens, menacés de démobilisation disent-ils, mais qui se fournissent en armes lourdes, en armes de guerre non disponible dans l’armée ivoirienne, il s’agit de militants proches de certains partis politiques de Côte d’Ivoire, il s’agit de soldats bérets rouges mercenaires issus de deux pays délinquants de l’Afrique de l’Ouest et voisins de la Côte d’Ivoire”, a-t-il poursuivi. Mamadou Koulibaly n’a pas souhaité citer ces pays, mais a affirmé : “quand notre plainte auprès des Nations unies sera prête, ces pays seront nommément cités et accusés”.

Le Premier ministre Pascal Affi N’Guessan à la télévision nationale, a déclaré que “c’est pour éviter (des) conséquences graves, que nous invitons les jeunes (mutins) à déposer les armes, sinon à les retourner contre les agresseurs”. Cette déclaration semble moins tranchée que celle du ministre de la Défense, Moïse Lida Kouassi, qui avait indiqué que d’éventuelles discussions avec les rebelles ne porteraient que sur leur reddition.
M. N’Guessan, qui a appelé les Ivoiriens “à se mobiliser” pour mettre fin à “une agression indigne de la Côte d’Ivoire”, a néanmoins affirmé qu’il ne s’agissait pas d’une guerre menée “contre les étrangers”.
L’inquiétude a commencé à s’emparer des fortes communautés immigrées originaires de pays d’Afrique de l’ouest, suite aux incendies de maisons dans certains bas quartiers d’Abidjan qui ont été désertés par leurs occupants.

Le porte-parole du gouvernement ivoirien Patrick Achy, qui accompagnait en Italie le président Gbagbo, a affirmé que les militaires mutinés ont été recrutés par le général Robert Gueï. “On sait que lorsque le général Gueï est arrivé au pouvoir en 1999, il n’avait pas dans les forces armées suffisamment d’éléments loyaux et il a recruté d’anciens militaires démobilisés”, a-t-il expliqué au cours d’un point de presse. “Lorsque le président Laurent Gbagbo est arrivé au pouvoir, il a été question à plusieurs reprises de la démobilisation de ces troupes. Il semblerait que les éléments à la base de la mutinerie soient les éléments introduits par le général Gueï”, a-t-il ajouté.

La classe politique ivoirienne

Le président du Conseil économique et social, Laurent Dona- Fologo, a estimé que ce coup de force est un “coup de poignard contre le Président Gbagbo et contre la Côte d’Ivoire” qui commençait à sortir de l’ornière, suite notamment au Forum pour la réconciliation nationale et à la formation du gouvernement de large ouverture le 5 août dernier, “même si certains n’étaient pas totalement satisfaits”. Il a “décidé de lancer un appel à un second sursaut national, à la paix, à la vraie réconciliation, au pardon.”

Alassane Ouattara a accusé des gendarmes ivoiriens d’avoir voulu l’assassiner le 19 septembre, premier jour du soulèvement militaire. Dans une interview accordée au journal La Croix, Alassane Ouattara s’en est pris avec violence aux autorités ivoiriennes. “On a tenté de m’assassiner à mon domicile. Le même char qui est venu chez moi jeudi à 14h30, défonçant le portail, était passé avant chez le général Robert Gueï qui a été assassiné ainsi que son épouse, ses enfants et des proches”, a affirmé l’ancien Premier ministre, réfugié maintenant à l’ambassade de France à Abidjan.
“J’accuse la gendarmerie. En fait, un groupe de trente hommes, une véritable brigade de la mort”, a poursuivi M. Ouattara, selon lequel trois femmes témoins de l’assassinat du général Gueï ont affirmé que les tueurs “parlaient la langue bété" (la langue de l’ethnie du président Laurent Gbagbo).

Le 26/09, dans un entretien au journal français Libération, il a affirmé qu’une “véritable chasse à l’homme” se déroule dans Abidjan. “Pourquoi les gendarmes s’attaquent-ils à ma personne et à mon parti? C’est une véritable chasse à l’homme qui se déroule actuellement, avec le risque que cela vire rapidement à l’affrontement ethnique. Car, si la chasse aux Nordistes continue, ils seront bien obligés de se protéger (...). Il faut stopper d’urgence cette chasse à l’homme organisée par certains éléments des forces de l’ordre”, a affirmé M. Ouattara.
“Tous les soirs, les gendarmes font des descentes. Mon domicile a été incendié dans la nuit de samedi à dimanche. Mon aide de camp a été exécuté. Le siège de mon parti, le Rassemblement des républicains (RDR), a été saccagé mercredi. Plusieurs responsables ont été enlevés : le trésorier, le porte-parole adjoint, des responsables de quartier. Ils traquent tous les responsables du RDR”, s’est-il inquiété.
Sur Radio France Internationale (RFI), le président du RDR, a par ailleurs déclaré que son parti “n’est mêlé ni de près ni de loin à cette tentative de coup de force qui n’honore pas notre pays, qui ternit son image, et qui met gravement en cause la réconciliation nationale et le processus démocratique.”
“Nous sommes au gouvernement d’ouverture depuis le 5 août, nous croyons donc à la réconciliation de notre pays. Nous sommes contre la violence, les attaques armées, les tentatives de putsch et toutes les tentatives de force pour parvenir au pouvoir. Et je suis personnellement attristé, choqué de voir à nouveau mon pays dans cette tourmente. Je voudrais dire tout mon soutien au gouvernement; dire que le RDR est contre toute tentative de coup de force; et souhaite que la paix revienne dans le pays et que nous puissions travailler dans la stabilité”, a-t-il ajouté.

L’ancien président ivoirien, Henri Konan Bédié, a demandé publiquement au gouvernement ivoirien d’ouvrir des “négociations avec les “insurgés”. Parlant à son domicile au nom de son parti, le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), M. Bédié a demandé “au gouvernement, nonobstant la position de légitime défense dans laquelle il se trouve, d’engager des négociations sans retard avec les insurgés”.
Le PDCI attire aussi “l’attention du gouvernement sur sa mission de protection de la population tant nationale qu’étrangère”, a affirmé M. Bédié, lui-même chassé du pouvoir en décembre 1999 par une mutinerie qui s’était vite transformée en putsch militaire.
“Devant la gravité de la situation et le caractère cosmopolitique” du pays, le parti a affirmé son soutien aux “vrais combats démocratiques dans le respect des différences” et “soutient le gouvernement dans cette difficile et douloureuse épreuve”, a poursuivi l’ex-chef de l’Etat.
S’adressant aux insurgés - qui tenaient en otages à Bouaké le ministre des Sports, Albert François Amichia, “et ses collaborateurs” -, Henri Konan Bédié leur a lancé “un appel au discernement et à l’esprit humanitaire afin de préserver leur intégrité physique (des otages) et de les libérer”.

Le Front Populaire Ivoirien (FPI, parti de Gbagbo), a condamné “avec la dernière énergie ce coup d’Etat avorté”.
Dans un communiqué, le FPI a lancé “un appel solennel à ses partenaires et à la communauté internationale pour : premièrement, le soutien de l’effort de démocratisation en cours ; deuxièmement, le raffermissement de l’Etat de droit dont ils sont témoins au quotidien”.
Enfin, le parti présidentiel a exhorté “les patriotes ivoiriens, sans distinction d’appartenance politique, jeunes, vieux, femmes, résidant dans les villes, les villages, les campements, les hameaux, à rester vigilants, mobilisés pour se dresser comme un seul homme, en vue de défendre la République et la terre de nos aïeuls. “

Francis Wodié, leader du Parti ivoirien du travail (PIT), allié du FPI depuis l’arrivée de Gbagbo au pouvoir, a exprimé “toute son inquiétude et sa très vive préoccupation face à l’extrême gravité de la situation”, et exprimé “toute sa solidarité avec le gouvernement et les Ivoiriens dans cette épreuve douloureuse”.
“Le Parti Ivoirien des Travailleurs, fidèle à sa doctrine de la concertation, soucieux de la sauvegarde et du renforcement des institutions républicaines, condamne, avec la dernière énergie, de telles méthodes et de tels actes, d’un autre âge, qui piétinent la démocratie et la dignité humaine en semant la terreur et la mort parmi les populations”, a encore écrit dans son communiqué, Francis Wodié.

Les réactions à l’étranger

“Nous souhaitons que ce pays, qui avait traversé des épreuves déjà assez graves, puisse retrouver la stabilité et le calme le plus vite possible. Car c’est dans l’intérêt de tous les Ivoiriens qu’ils puissent vivre, travailler, progresser dans le cadre et le respect des libertés publiques et des institutions. Bien sûr, nous sommes très préoccupés par la situation de nos compatriotes qui sont nombreux en Côte d’Ivoire”, a déclaré le ministre français de la Coopération, Pierre André Witzer.

L’Union africaine a exprimé sa “grave préoccupation” et “se félicite des initiatives en cours” pour un règlement pacifique de cette crise. Le président intérimaire de la Commission de l’Union africaine, Amara Essy, ancien ministre ivoirien des Affaires étrangères, a condamné lui aussi le 20 septembre cette tentative de coup d’Etat en mettant l’accent sur la position “sans équivoque” de l’UA contre tout changement anticonstitutionnel.

L’Union européenne a “condamné les actes de violences contre un gouvernement légitime”, en “déplorant les pertes en vies humaines qu’ils ont entraînés”. Elle a “réaffirmé son attachement à une solution politique incluant l’ensemble des parties impliquées, dans un esprit de réconciliation nationale initié en octobre 2001, et qu’elle a soutenu”.
L’UE a rappelé qu’elle “accordait la plus haute importance au respect de la légalité et des droits de l’homme lors des poursuites qui seront engagées” contre les auteurs de la tentative de coup d’Etat du 19 septembre.

Le secrétaire général de l’ONU Kofi Annan a dénoncé les “attaques armées” menées en Côte d’Ivoire, exprimé sa “profonde préoccupation” et s’est déclaré “particulièrement attristé par la perte de vies humaines”.

Selon le secrétaire exécutif de la CEDEAO, Mohammed Ibn Chambas,son organisation “condamne dans sa totalité les actes violents de soldats qui refusent leur démobilisation en Côte d’Ivoire.”

L’Algérie a “condamné énergiquement” la tentative de coup d’Etat, en exprimant “sa profonde préoccupation”, dans un communiqué du ministère algérien des Affaires étrangères.

Le président centrafricain, Ange-Félix Patassé, a condamné au nom de la Communauté économique et monétaire des Etats d’Afrique centrale (CEMAC) la tentative de coup d’Etat. “En ma qualité de président en exercice de la CEMAC, je condamne avec vigueur cet acte ignoble visant à prendre le pouvoir par la force et exprime à cette occasion toute ma sympathie ainsi que mon soutien total à votre excellence, au gouvernement et au peuple ivoirien tout entier”, indique ce message au président ivoirien Laurent Gbagbo. (Ndlr : c'est un expert qui parle …)


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