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Le groupe de contact de la CEDEAO court-circuité par une initiative sénégalaise
Le groupe de contact mis en place par la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) à Accra, fin septembre, n'a pas réussi à obtenir la signature du moindre accord entre les rebelles du Mouvement patriotique de Côte d'Ivoire (MPCI) et le gouvernement ivoirien du président Laurent Gbagbo.
Le 14 octobre, les militaires en rébellion depuis le 19 septembre ont annoncé à Bouaké la suspension de toutes les négociations sur un éventuel cessez-le-feu et demandé la "démission pure et simple" du président Laurent Gbagbo. Au cours d'une conférence de presse organisée à Bouaké, le sergent Chériff Ousmane, l'un des chefs des mutins, a affirmé avoir des informations sur l'arrivée à Abidjan de 500 soldats angolais.
Jugeant la présence de mercenaires étrangers inadmissible, Chériff Ousmane a annoncé la suspension de toutes les négociations pour parvenir à un accord de cessez-le-feu entre les rebelles et le gouvernement.
Deux transports de troupes blindés angolais, de type BMP1, étaient en effet arrivés le dimanche 13 à l'aéroport militaire d'Abidjan à bord d'un appareil de type Iliouchine.
Le ministre sénégalais des Affaires étrangères, Cheikh Tidiane Gadio, avait pris le relais de la médiation ouest-africaine, et avait rencontré à deux reprises des représentants des mutins à Bouaké pour leur présenter des "propositions" de son président, Abdoulaye Wade, également président en exercice de la CEDEAO.
Laurent Gbagbo a confirmé "son désir de négocier", mais se refuse toujours à entamer le dialogue tant que les rebelles, qui contrôlent la moitié nord du pays, n'auront pas déposé les armes. Le 6 octobre déjà, c'est ainsi que Laurent Gbagbo avait justifié son refus de signer un accord de cessez-le-feu, déjà accepté en principe par les rebelles, infligeant ainsi une déconvenue majeure aux ministres de la CEDEAO.
La négociation est devenue d'autant plus difficile pour les médiateurs que les mutins ont attaqué Daloa (ouest), troisième ville du pays et capitale du cacao, dont la Côte d'Ivoire est le premier producteur mondial.
Cheikh Tidiane Gadio a révélé trois des principaux points du plan de paix proposé par Abdoulaye Wade, qu'il tente de faire accepter par les deux parties : la cessation des hostilités, l'engagement du dialogue entre les mutins et le gouvernement, et la mise en place d'une stratégie pour pouvoir discuter de tous les problèmes que les mutins voudraient soulever et liés à la situation de leur pays.
Une force de paix ouest-africaine, pas pour soutenir Abidjan
Les autorités ivoiriennes n'ont pas obtenu que les pays de la région les soutiennent dans une éventuelle contre-offensive contre les rebelles. Au sommet d'Accra, les critiques ont même été vives selon de bonnes sources, à l'égard de Laurent Gbagbo.
John Kufuor, le président du Ghana, se serait interrogé en ces termes : "on nous demande de défendre les institutions d'un régime constitutionnel, mais encore faut-il savoir de quelle constitution il s'agit ?", mettant le doigt là où ça fait mal.
Les dirigeants réunis au sommet de la CEDEAO ont seulement décidé d'envoyer une force de paix pour s'interposer entre les deux parties. M. Wade et John Kufuor ont bien souligné que cette force ne soutiendrait en aucun cas les troupes nationales ivoiriennes dans leurs éventuelles offensives contre les rebelles.
Sur le front militaire, la rébellion a conforté ses positions à Bouaké (deuxième ville ivoirienne) et Korhogo (capitale du grand nord) et a mené une attaque pour l'heure victorieuse sur la ville de Daloa (ouest). La partition du pays semble donc s'accentuer.
Les relations avec les voisins de la Côte d'Ivoire se sont également très tendues. Ainsi, le Niger et le Ghana ont décidé de monter un plan d'évacuation de leurs ressortissants. Le gouvernement nigérien a dénoncé vigoureusement des "exactions" et des "pillages" contre ses ressortissants et leurs biens en Côte d'Ivoire. Quant au Burkina, son président Blaise Compaoré en tête, accusé d'être le commanditaire, voire le complice et le financier de la rébellion, il a de plus en plus de mal à contenir sa colère contre son voisin, où vivent près de 2,5 millions de Burkinabés.
Le Nigeria pour sa part a retiré les trois avions de combat qu'il avait envoyés en Côte d'Ivoire. Ce retrait est intervenu au lendemain du refus du président Gbagbo de signer un cessez-le-feu avec les rebelles, qui a marqué l'échec des tractations de la CEDEAO.
Manifestations contre manifestations
Chaque camp, pour montrer à la communauté internationale qu'il jouit d'un fort soutien populaire et pour "motiver" les populations sous son contrôle, a organisé durant cette quinzaine ses propres manifestations.
Le samedi 5 octobre, des centaines de milliers de manifestants ont défilé dans les rues de Bouaké et Korhogo pour manifester contre le président Gbagbo et la présence des soldats français dans le pays. Au cri de "On veut pas Gbagbo ! Gbagbo retourne à Mama! (son village natal, ndlr) Gbagbo assassin !", les manifestants brandissaient des pancartes représentant des caricatures du président ivoirien et portant des slogans hostiles à la présence des militaires français en Côte d'Ivoire. "Gbagbo on a faim, pardon, il faut partir ! Les mutins arrivent", "Chirac, n'arme pas Gbagbo !", "Français dehors !", pouvait-on encore lire sur les pancartes.
Les manifestants ont aussi vivement dénoncé la politique de "l'ivoirité", qui frappe particulièrement les ressortissants du Nord du pays. A Korhogo, les organisateurs de la marche, se présentant comme "la jeunesse de Korhogo", ont remis à la presse un communiqué dans lequel ils ont déclaré "soutenir totalement" le MPCI, " fer de lance du combat des mutins ".
Le même jour, plusieurs milliers de personnes ont manifesté aussi dans le centre d'Abidjan pour clamer leur soutien au président Gbagbo. Les manifestants, en majorité jeunes, ont défilé aux cris de "Gbagbo, libère la Côte d'Ivoire" ou encore On va à Korhogo, on va à Bouaké". A Yamoussoukro, la police a dû intervenir le 8 octobre pour empêcher des affrontements entre de "jeunes patriotes" et d'autres jeunes originaires de la ville. La veille, le lundi 7, des milliers de jeunes s'étaient rassemblés à Yamoussoukro à l'appel de plusieurs organisations, dont le Cojep (Coordination des jeunes patriotes) de Charles Blé Goudé, principalement en provenance du sud du pays. Ces organisations avaient appelé ces volontaires à marcher sur la ville de Bouaké et à "offrir leur poitrine au pays" pour libérer la ville.
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