N° 258
du 04/11/2002

Côte d'Ivoire


Chaque camp renforce ses troupes, chacun à sa manière

Du côté des rebelles du MPCI, on a pu noter fin octobre, l’arrivée à Bouaké de centaines de “dozos”, ces chasseurs traditionnels du Nord.
Parés de gris-gris, amulettes censées protéger ceux qui les portent, ou portant au cou un miroir au bout d’un fil en cuir, les dozos ont effectué une “démonstration de force” non loin du quartier général des mutins, exécutant des pas de danse sous le regard curieux et amusé de certains habitants de Bouaké.
Selon “l’état-major des mutins” de la ville, quelque 700 chasseurs traditionnels sont venus “d’autres localités” de la Côte d’Ivoire pour aider les militaires insurgés.
Les dozos, qu’on trouve au Burkina Faso, dans le nord de la Côte d’Ivoire et dans le sud-est du Mali, étaient autrefois confinés dans les villages. Mais ils ont parfois été employés ces dernières années dans les villes ivoiriennes au maintien de l’ordre, à l’initiative généralement de personnes ou structures privées, non sans certains dérapages.
Plusieurs centaines d’entre eux ont rejoint les rangs des militaires rebelles depuis le soulèvement du 19 septembre.
Du côté du gouvernement, un hélicoptère de combat Mi-24 de fabrication soviétique est arrivé à Abidjan, selon des témoins, qui l’ont vu survoler l’aéroport militaire d’Abidjan.
L’armée régulière ivoirienne ne disposait pas de ce type d’appareil avant le 19 septembre, et ne compte pas dans ses rangs de pilote capable de manœuvrer un Mi-24. Selon un des témoins contactés par l’AFP, les pilotes à bord de l’hélicoptère durant le vol d’essai lundi étaient des blancs. Le Mi-24 aperçu au-dessus de l’aéroport militaire est notamment équipé de deux canons et de tubes lance-roquettes.
Les militaires français présents dans le pays ne sont pas non plus équipés de Mi-24.
L’hélicoptère Mi-24 Hind est un appareil spécialement conçu pour l’attaque et peut être équipé de divers armements lourds (mitrailleuses lourdes, canons, lance-roquettes, bombes, etc...) en fonction de l’utilisation souhaitée. Il peut également transporter huit passagers, en plus de ses deux pilotes.
Le Mi-24 s’est notamment illustré durant la guerre menée par l’Armée rouge en Afghanistan. L’hélicoptère, dont le rayon d’action n’excède pas quelques centaines de kilomètres, a vraisemblablement été acheminé en pièces détachées à Abidjan avant d’être assemblé sur place. Un second Mi-24 est d’ailleurs en cours d’assemblage.

Des mercenaires sud-africains?

Selon John Tuma, analyste d’un Institut d’études de sécurité de Pretoria, 40 d’entre mercenaires sud-africains sont déjà à Abidjan et devraient être rejoints par 160 autres, pour le compte du gouvernement. Le nombre de ces mercenaires fait penser qu’ils ne sont pas venus uniquement pour assurer la sécurité personnelle du président.
Une porte-parole du ministère sud-africain des Affaires étrangères a dit avoir reçu des informations sur la présence de mercenaires sud-africains en Côte d’Ivoire, sans pouvoir les confirmer. Les Services du Conseil Légal du gouvernement sud-africain pnt toutefois été saisis de cette affaire.
L’Afrique du sud, particulièrement dans les années 1990 avec la société de Executive Outcomes, a été une source privilégiée de mercenaires. Des ex-militaires pour la plupart, ont servi pendant cette période dans des conflits africains tels que ceux d’Angola ou de Sierra Leone, pour le compte de gouvernements, rébellions, ou des intérêts économiques privé (pétrole, diamants). Mais Executive Outcomes a officiellement annoncé sa dissolution en 1999, peu avant que l’Afrique du Sud adopte une loi punissant sévèrement toute activité para-mercenaire (entraînement, recrutement, affrètements, etc...) sur son sol.
Ces groupes auraient en fait fermé pour mieux réapparaître à l’étranger, dans un environnement juridique plus laxiste.

Quel rôle joue l’Angola?

L’ambassadeur d’Angola en Côte d’Ivoire, Bernardo M’Bala Dombélé, a affirmé le 21/10 qu’aucun accord de défense ne liait les deux pays, qui entretiennent toutefois de très “bonnes relations”. “Nous n’avons pas d’accord militaire entre les deux Etats. Mais nous disposons d’accords de formations de cadres”, a-t-il déclaré. Il a reconnu que son pays avait reçu en 2001 une dizaine de gendarmes et de policiers ivoiriens en formation.
L’Angola a toujours démenti la présence de troupes angolaises aux côtés de l’armée régulière ivoirienne dans les combats contre les rebelles. Il a également démenti toute vente d’armes à la Côte d’Ivoire ainsi que la présence d’instructeurs angolais.
L'ambassadeur n'est apparamment pas sur la même longueur d'ondes que le président de l’Assemblée nationale ivoirienne, Mamadou Koulibaly, qui, dans un entretien au quotidien français La Croix, le 18/10, a déclaré : “Oui, nous accueillons à bras ouverts les Angolais”, qunad on lui a demandé s’il “reconnaissait donc que les Angolais aident les forces loyalistes”.
M. Koulibaly, un proche du président Gbagbo, a ajouté que son régime était disposé à accueillir “tous ceux qui veulent nous aider”. “Nous n’en avons ni honte, ni peur”, a-t-il affirmé en précisant qu’il “y va de la libération du territoire ivoirien”.
Le gouvernement ivoirien et la télévision d’Etat ont continué à nier formellement toute aide angolaise à la Côte d’Ivoire après les déclarations de Mamadou Koulibaly.

L’ambassadeur d’Angola a aussi formellement démenti la livraison par son pays de mines anti-personnel à la Côte d’Ivoire. Le secrétaire général du MPCI, Guillaume Kigbafori Soro, avait dénoncé la pose, dans trois localités ivoiriennes, “de mines anti-personnel” en provenance d’Angola. “Nous informons la communauté internationale que des cargos Iliouchine en provenance d’Angola ont apporté des mines antipersonnel sur les fronts du côté de Bondoukou (nord-est), M’Bahiakro (centre), Daloa (centre-ouest)”, avait-il affirmé.
Par contre, si le président Gbagbo a lui aussi démenti, dans une interview au quotidien français, Le Figaro, que des soldats angolais soient venus le soutenir, il a admis avoir reçu des armes d’Angola. Il a reconnu avoir “acheté des armes et des munitions (en Angola) au début de cette crise”. “Nous avons payé et c’est maintenant que ces armes arrivent. C’est tout à fait privé, et c’est tout. Je ne vois pas le problème. Là, où il faut acheter pour renforcer nos capacités, on le fait”, a-t-il ajouté.

Quand des militaires ivoiriens réfugiés au Mali
refusent d’”aller au front”

Tout le monde ne semble pas prêt à “mourir pour la patrie”. Des militaires ivoiriens qui, avec leurs familles, ont trouvé refuge dans la ville malienne de Sikasso ont déclaré qu’ils refusaient d’”aller au front”, comme le souhaite le gouvernement ivoirien.
Ils craignent d’être acheminés, une fois rentrés au pays, directement sur le front de Daloa. “Il n’est pas question de mourir pour Gbagbo”, a même déclaré sans façon à l’AFP, un des gendarmes réfugiés au Mali
Selon les autorités de Sikasso, parmi les Ivoiriens figurent des centaines de militaires, douaniers et officiels civils, avec leurs familles.


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