N° 258
du 04/11/2002

Côte d'Ivoire


Les Imams entrent dans la danse

L’imam Idriss Koudouss Koné, président du Conseil national islamique de Côte d’Ivoire, a dénoncé le 30/10 “l’ostracisme” et les arrestations dont sont victimes les musulmans dans le pays et a appelé les différents acteurs de la crise à la modération et au dialogue. “Nous regrettons qu’à un moment aussi douloureux de la vie de notre nation, la communauté musulmane continue d’être frappée d’ostracisme et de suspicion ethno-religieuse par les forces de l’ordre”, a déclaré l’imam lors d’une conférence de presse.
“On continue de perquisitionner nos mosquées, on continue d’arrêter nos cadres, on continue d’enlever dans les bas quartiers des musulmans pour des destinations parfois inconnues, on continue de diaboliser les musulmans et leurs dignitaires (...), on profère des accusations faciles dans les organes de presse instrumentalisés, qui tendent à faire croire que les événements actuels sont le fait de la communauté musulmane”, a dénoncé l’imam.
M. Koné s’est interrogé notamment sur le “rôle qui est désormais dévolu aux médias d’Etat qui, depuis le déclenchement des malheureux événements, versent de l’huile sur le feu et entretiennent un climat de haine et d’appel aux meurtres”.
Il a alerté en outre sur la situation de la communauté musulmane à Daloa, de nouveau sous le contrôle des troupes gouvernementales après avoir été brièvement prise par les militaires rebelles.
“Des témoignages d’imams et de fidèles musulmans, dont nous n’avons aucune raison de douter, indiquent que certains éléments des forces de l’ordre, aidés par des milices composées de civils, se livrent à des chasses aux musulmans qu’ils torturent et même exécutent”, a-t-il rapporté.
S’adressant au président Laurent Gbagbo et à son gouvernement, le dignitaire religieux a souligné qu’”un gouvernement ne s’inscrit pas dans la logique jusqu’au-boutiste, et le chef de l’Etat l’a compris, qui a accepté le cessez-le-feu et entamé des négociations”.
“Nous sommes attristés et mortifiés par le spectacle d’une Côte d’Ivoire dont les enfants se font une guerre meurtrière. N’y avait-il pas d’autres moyens de poser vos problèmes?”, lance l’imam Koudouss aux militaires rebelles, qu’il a exhortés à “persévérer dans la voie de la négociation”.
Il a appelé également les responsables politiques à se mettre “au-dessus des considérations ethniques, religieuses ou régionalistes pour ne prendre en compte que la sauvegarde de l’unité de la nation”. “Vous avez une lourde responsabilité, devant Dieu et devant les hommes, dans le malheur qui frappe aujourd’hui notre pays. C’est pourquoi nous vous demandons (...) de vous asseoir sur votre orgueil, un manteau trop large pour des humains”, a déclaré le président du CNI.

L’imam responsable pour tout le nord de la Côte d’Ivoire, El Hadj Mamadou Sy, a lancé lui un appel à l’apaisement. “La guerre civile n’est pas une bonne chose, il faut toujours favoriser le dialogue et l’entente”, a déclaré l’imam Sy, chef de la communauté dioula (ethnie du nord de la Côte d’Ivoire, majoritairement musulmane) de Bouaké. “Celui qui est actuellement au pouvoir devrait tout faire pour apaiser la situation et prendre en compte les souffrances des populations”, a-t-il ajouté.


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