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Est-ce parce que la justice belge a mis un terme aux poursuites engagées à Bruxelles contre le président Laurent Gbagbo, à la suite de labandon par le principal plaignant dun ultime recours devant la plus haute instance judiciaire belge, que la culture dimpunité semble avoir toujours cours en Côte dIvoire ? *
Les associations de défense des droits de lHomme sont de plus en plus inquiètes des agissements descadrons de la mort qui ont fait plusieurs dizaines de victimes à Abidjan depuis le 19 septembre.
Linsécurité grandissante est due aux escadrons de la mort, des gens dont on na pas lidentité et qui sèment la terreur, on est tous comme en sursis, et cest inquiétant, a estimé Martin Bléou, président de la Ligue ivoirienne des Droits de lHomme (LIDHO).
Il y a des escadrons de la mort, nous laffirmons, leur mission est de tuer des personnes, pas de faire des enquêtes. Ces escadrons de la mort échappent à la hiérarchie militaire classique, a déclaré de son côté Me Ibrahima Doumbia, vice-président du Mouvement ivoirien des droits de lhomme (MIDH). Nous avons dénombré cinquante tués par balles rien quà Abidjan dont nous avons pu voir les cadavres nous-mêmes. Il y en a certainement plus mais nous recensons uniquement les cas que nous avons pu confirmer de visu ou par un témoignage direct, a-t-il ajouté.
Les autorités ivoiriennes ont jusquà présent affirmé que ces hommes en treillis étaient des individus mal intentionnés, étrangers aux forces armées, voire des rebelles infiltrés.
Les cas darrestations, denlèvements et dassassinats, souvent politiques, se poursuivent à Abidjan en dépit dun couvre-feu durci.
Dès les premières heures de linsurrection, le 19 septembre, des personnalités politiques de premier plan ont été tuées dans des circonstances non élucidées: le ministre de lIntérieur Emile Boga Doudou, lancien chef de la junte le général Robert Gueï.
Plus récemment, le corps dEmile Téhé, président du Mouvement populaire ivoirien (MPI, parti dopposition), a été retrouvé criblé de balles dans la forêt du Banco à Abidjan. Selon un responsable de son parti, Emile Téhé avait été arrêté par des gendarmes.
Le Dr Benoît Dacoury-Tabley a été retrouvé mort à Abidjan, deux jours après que son frère, Louis, eut annoncé son ralliement à la rébellion.
Des dizaines dautres personnes, militants politiques ou simples citoyens, ont connu le même sort.
Les témoignages concordent sur le modus operandi: des hommes en uniforme viennent chercher les victimes, souvent pendant les heures de couvre-feu pour les arrêter et les emmener vers des destinations inconnues.
Le MIDH a répertorié plus de 150 cas darrestations depuis le 19 septembre, visant essentiellement des personnes de confession musulmane ou portant un nom originaire du nord du pays, mais aussi des militants de partis dopposition comme lUnion pour la démocratie et la paix en Côte dIvoire (UDPCI) du général Gueï ou le Rassemblement des républicains (RDR) dAlassane Ouattara. Certains ont été libérés, mais dautres sont détenus depuis plus de six semaines.
Pour les disparus, on a dénombré 11 cas de personnes arrêtées par les forces de lordre et non localisées. Certains sont détenus dans des lieux inconnus et dautres sont morts, mais leur corps na pas été retrouvé, a indiqué Me Doumbia.
Plusieurs témoignages font état de listes noires qui circulent au sein de certains éléments des forces loyalistes, concernant surtout des habitants des zones contrôlées par les militaires rebelles jugés trop favorables aux mutins.
Le 11 novembre, le Collectif de la société civile pour la paix (CSCP), qui rassemble confessions religieuses et organisations de défense des Droits de lHomme, sest lui aussi inquiété de linsécurité grandissante en Côte dIvoire. Le collectif a interpellé les pouvoirs publics et dabord le Chef de lEtat, afin que lEtat (...) fasse toute la lumière sur les exécutions sommaires.
Dans un point de situation récent, le porte-parole de lEtat major ivoirien, le lieutenant-colonel Jules Yao Yao, sest contenté dindiquer que des enquêtes ont été ouvertes et déboucheront sur les procédures judiciaires qui seront conduites jusquau terme.
En attendant les crimes continuent. Dans la nuit du 18 novembre, quatre hommes en treillis et un en civil se sont présentés au portail du domicile de Tiégbé Zoumana Ouattara, propriétaire dune société de transport. Le vieil homme a bien tenté de fuir, mais il a été abattu dune rafale darme automatique. Un journaliste de lAFP a pu voir le corps de M. Ouattara, criblé de balles, gisant dans les hautes herbes à proximité de sa demeure.
Le quotidien Loeil du peuple, proche du FPI du président Gbagbo, a publié une liste dune trentaine de personnes censées être des transporteurs soutenant le défunt général Robert Gueï ou Alassane Ouattara. Tous ces chauffeurs sont pour lessentiel dans le secret des caches darmes qui auraient servi aux rebelles pour lancer leurs attaques à Abidjan le 19 septembre, a écrit LOeil du peuple.
Le HCR dénonce les conditions inhumaines des destructions de bidonvilles
Pour sa part, le Haut Commissariat de lONU pour les réfugiés (HCR) a dénoncé la poursuite à Abidjan dans des conditions inhumaines de la démolition des bidonvilles, dont treize ont été rasés et trente autres doivent lêtre. Quelque 40.000 de leurs habitants ont déjà été déplacés, a déploré le porte-parole de lagence de lONU, Kris Janowski.
Depuis léclatement du conflit fin septembre, quelque 200.000 personnes ont été déplacées en Côte dIvoire.
Le HCR sest aussi insurgé "des conditions de plus en plus insalubres et inhumaines" dans lesquelles ces populations défavorisées dAbidjan Ivoiriens, immigrés et réfugiés doivent sinstaller ailleurs. La destruction des bidonvilles est effectuée sans avertissement préalable ou après un avis donné très peu de temps à lavance, selon le HCR. Parfois, alors quaucune annonce dune destruction imminente na été faite, des bulldozers sont parqués à proximité, en guise davertissement, pour que les habitants sen aillent.
La loi du silence ?
Il faut être bien courageux pour oser dénoncer en ce moment toutes ces exactions. Cest pourtant ce qua osé faire, lancien ministre ivoirien de la Santé, Moriféré Bamba, allié politique de Ouattara, qui a exigé la mise sur pied dune commission internationale denquête sur les crimes odieux en Côte dIvoire. Le Parti pour le progrès socialiste (PPS), dont M. Bamba est le dirigeant, a exigé la mise en place immédiate dune commission denquête internationale chargée de faire toute la lumière sur les crime odieux en Côte dIvoire. M. Bamba a invité lopinion internationale notamment la France à condamner la dictature et cesser tout soutien au régime dun autre âge qui sest discrédité et disqualifié.
* La Cour de cassation belge a constaté le désistement du plaignant, M. Brahima Touré, alors quen juin dernier, la chambre des mises en accusation de la cour dappel de Bruxelles avait jugé irrecevable une plainte pour crimes contre lhumanité déposée un an plus tôt contre M. Gbagbo, son prédécesseur Robert Gueï, ainsi que deux ministres ivoiriens.
Brahima Touré avait affirmé avoir été emmené dans un camp militaire pour y être torturé en raison de son appartenance à lethnie Diouala. Il disait être le seul survivant dun groupe dont les autres membres avaient été tués et enterrés dans un charnier de Yopougon, où 57 cadavres ont été retrouvés en octobre 2001.
La décision dabandonner les poursuites contre M. Gbagbo avait été prise en même temps que celle concernant le Premier ministre israélien Ariel Sharon, poursuivi en Belgique pour sa responsabilité présumée dans les massacres des camps palestiniens de Sabra et Chatila, au Liban en 1982.
Dans les deux cas, les plaintes avaient été jugées irrecevables parce que les personnes visées ne se trouvaient pas sur le territoire du royaume de Belgique, avait précisé la cour dappel.
Les plaintes contre les dirigeants ivoiriens et celle contre M. Sharon avaient été déposées en vertu de la loi belge dite de compétence universelle, qui permet en principe aux tribunaux belges de juger les auteurs de crimes de guerre, crimes contre lhumanité et génocide, quel que soit le lieu de ces crimes, les nationalités et lieux de résidence des victimes et des accusés.
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