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Dans un magasin transformé en salle de rédaction à Bouaké, ville du centre de la Côte dIvoire aux mains de mutins depuis le 19 septembre, les journalistes de Liberté, journal de combat de la rébellion, célèbrent la parution du premier numéro de leur publication. Nous avons réussi, la victoire est à nos portes, lancent-ils, satisfaits.
La différence avec les autres journaux, cest que nous sommes clairement engagés à supporter les mutins, déclare demblée Ladji Abou Sanogo, le directeur de publication du bi-hedomadaire, dont le premier numéro ne consacre aucun espace au sport ou à culture.
Seul de léquipe a avoir une expérience en presse écrite. M. Sanogo est lancien patron du Régional, un journal qui nexiste plus. Jétais rentré en apnée parce que la presse ivoirienne dans sa quasi-totalité est pourrie, affirme-t-il.
Le titre (Liberté) correspond mieux au sens que nous voulons donner à notre lutte, précise M. Sanogo, très dur également avec la classe politique ivoirienne. Ils ont tous raté le coche. Aujourdhui les mutins sont venus pour redresser, poursuit-il.
Dans Liberté, seul journal publié en zone rebelle, au prix de 150 francs CFA (0,23 euros), les articles sont tous à la gloire des mutins. Liberté est sans aucun doute la voix de son maître.
Pourtant, M. Sanogo nest pas totalement de cet avis. Nous donnons de linformation dans les huit pages du journal, même si mon édito, comme tous les éditos, est engagé (...) le philosophe français Jean-Paul Sartre disait que le non engagement est un engagement, alors, il vaut mieux sengager. Mais regardez à la page 3 du journal, poursuit-il.
A cette page, le journal publie un avis affiché à un commissariat de Bouaké, avant la prise de la ville par les mutins, et qui annonce: les demandeurs de cartes nationale didentité portant des noms à consonance « Malinké » (ethnie dominante du nord de la Côte dIvoire) doivent produire un certificat de nationalité de lun des parents. Signé ladjudant Brou Y. Ernest. M. Sanogo sort de ses gonds: Voilà une preuve de xénophobie. Aucun journaliste navait jamais publié ça. Notre credo est, et sera, linformation. Nous ne diffamerons jamais...
Le premier numéro, tiré à 5.000 exemplaires et financé par un mécène non identifié, sest vendu comme de petits pains. Le journal a même dû procéder à un nouveau tirage.
Linformation est plus importante que les denrées alimentaires, affirme M. Sanogo, qui vient au passage de débaucher le correspondant local dun journal ivoirien.
Le responsable du journal déclare être déjà sur une liste noire. DAbidjan, où son journal circule sous le manteau selon lui, il aurait déjà reçu des menaces de mort et son imprimeur serait activement recherché. M. Sanogo affirme que le distributeur agréé des journaux en Côte dIvoire, EDI-presse, a refusé dassurer sa diffusion. Contacté par téléphone par lAFP, un responsable dEdi-presse a démenti catégoriquement.
Loin de cette polémique, Liberté, dont le dépôt légal est en cours compte étendre sa diffusion vers le Mali, le Ghana, la Guinée, et le Burkina Faso, pour faire éclater la vérité.
En attendant, la maquette du deuxième numéro est en cours: à la Une, le directeur promet un dossier explosif sur lhomme qui ne tient pas parole, le président ivoirien Laurent Gbagbo. (afp)
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