N° 259
du 29/11/2002

Côte d'Ivoire


“Liberté”, journal de “combat” de la rébellion

Dans un magasin transformé en salle de rédaction à Bouaké, ville du centre de la Côte d’Ivoire aux mains de mutins depuis le 19 septembre, les “journalistes” de Liberté, journal de “combat” de la rébellion, célèbrent la parution du premier numéro de leur publication. “Nous avons réussi, la victoire est à nos portes”, lancent-ils, satisfaits.
“La différence avec les autres journaux, c’est que nous sommes clairement engagés à supporter les mutins”, déclare d’emblée Ladji Abou Sanogo, le directeur de publication du bi-hedomadaire, dont le premier numéro ne consacre aucun espace au sport ou à culture.
Seul de l’équipe a avoir une expérience en presse écrite. M. Sanogo est l’ancien patron du “Régional”, un journal qui n’existe plus. “J’étais rentré en apnée parce que la presse ivoirienne dans sa quasi-totalité est pourrie”, affirme-t-il.
“Le titre (Liberté) correspond mieux au sens que nous voulons donner à notre lutte”, précise M. Sanogo, très dur également avec la classe politique ivoirienne. “Ils ont tous raté le coche. Aujourd’hui les mutins sont venus pour redresser”, poursuit-il.
Dans Liberté, seul journal publié en zone rebelle, au prix de 150 francs CFA (0,23 euros), les articles sont tous à la gloire des mutins. Liberté est sans aucun doute la voix de son maître.
Pourtant, M. Sanogo n’est pas “totalement” de cet avis. “Nous donnons de l’information dans les huit pages” du journal, même si “mon édito, comme tous les éditos, est engagé (...) le philosophe français Jean-Paul Sartre disait que le non engagement est un engagement, alors, il vaut mieux s’engager”. “Mais regardez à la page 3 du journal”, poursuit-il.
A cette page, le journal publie un avis “affiché à un commissariat de Bouaké”, avant la prise de la ville par les mutins, et qui annonce: “les demandeurs de cartes nationale d’identité portant des noms à consonance « Malinké » (ethnie dominante du nord de la Côte d’Ivoire) doivent produire un certificat de nationalité de l’un des parents. Signé l’adjudant Brou Y. Ernest.” M. Sanogo sort de ses gonds: “Voilà une preuve de xénophobie. Aucun journaliste n’avait jamais publié ça. Notre credo est, et sera, l’information. Nous ne diffamerons jamais...”
Le premier numéro, “tiré à 5.000 exemplaires” et financé par un mécène non identifié, s’est vendu comme de petits pains. Le journal a même dû procéder à un nouveau tirage.
“L’information est plus importante que les denrées alimentaires”, affirme M. Sanogo, qui vient au passage de débaucher le correspondant local d’un journal ivoirien.
Le responsable du journal déclare “être déjà sur une liste noire”. D’Abidjan, où son journal “circule sous le manteau” selon lui, il aurait déjà reçu des menaces de mort et son imprimeur serait “activement recherché”. M. Sanogo affirme que le distributeur agréé des journaux en Côte d’Ivoire, EDI-presse, a refusé d’assurer sa diffusion. Contacté par téléphone par l’AFP, un responsable d’Edi-presse a démenti “catégoriquement”.
Loin de cette polémique, Liberté, dont le dépôt “légal” est “en cours” compte étendre sa diffusion vers le Mali, le Ghana, la Guinée, et le Burkina Faso, pour “faire éclater la vérité”.
En attendant, la maquette du deuxième numéro est en cours: à la Une, le directeur promet “un dossier explosif” sur “l’homme qui ne tient pas parole”, le président ivoirien Laurent Gbagbo. (afp)


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