N° 263
du 29/01/2003

Côte d'Ivoire


Mission lourde et risquée
pour le président Laurent Gbagbo

Le président Laurent Gbagbo est rentré de France avec une mission lourde et risquée : faire accepter puis appliquer un accord politique qui l’affaiblit, fait rentrer les rebelles au gouvernement et est jugé humiliant par ses partisans et l’armée.
Comment faire accepter à une frange de l’opinion partisane, avec laquelle il a joué pendant toute la crise, que des ex-chefs de guerre rebelles seront ministres et, à une armée, défaite sur le terrain et qui devra être désarmée et cantonnée comme une simple faction, et qui aura pour ministre un ancien chef rebelle du Mouvement Patriotique de Côte d’Ivoire ?
“Certains points des accords de Marcoussis sont de nature à humilier les forces de sécurité et de défense, l’Etat et le peuple ivoirien”, a estimé le porte-parole de l’état-major des FANCI (Forces Armées Nationales de Côte d’Ivoire).
Lundi 27, alors que des milliers de manifestants en colère tenaient la rue dans le quartier administratif et des affaires et à Cocody, le quartier chic, Laurent Gbagbo est apparu à la télévision pour demander aux manifestants de retourner “à la maison” et “au travail”, soulignant qu’il était “à la barre” et que tous les “bruits qui circulent sont faux”.
“Je suis là”, a-t-il répété, démentant la rumeur la plus extrême concernant une éventuelle démission et, alors que des centaines de “jeunes patriotes” en colère, le visage peint en noir, tournaient dans les rues autour de l’ambassade de France en scandant: “Si c’est gâté, on tue les Français”.
Laurent Gbagbo, opposant historique qui avouait être arrivé au pouvoir en octobre 2000 dans des circonstances calamiteuses semble maintenant bel et bien au pied du mur.
Il ne semble même plus question de parler de sa survie politique. Au mieux (pour lui), il pourra échapper à un tribunal pour répondre de toutes les exactions qui ont été commises par ses partisans et son armée pendant ces mois de troubles. Au pire, il risque d’être destitué par ses propres partisans, qui eux aussi ont maintenant tout à perdre. L’histoire ivoirienne a de plus en plus un goût de Rwanda. Un président contraint à des accords, à la merci d’un clan de fanatique, le tout sur fond de haine tribale. S’il veut rester dans l’histoire, Gbagbo devra faire preuve d’un doigté et d’une sagesse qu’on ne lui connaît pas encore.


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