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Tous les chefs rebelles, quils soient du MPCI (Mouvement patriotique de Côte dIvoire), du MPIGO (Mouvement populaire ivoirien du grand ouest) ou du MJP (Mouvement pour la Justice et la Paix), ont effectué une tournée dexplication des accords de Marcoussis, du 4 au 7 février, tournée qui les a conduits successivement à Korhogo (extrême-nord), Bouaké (centre), Man et Danané (Ouest), puis Seguela.
Ce fut loccasion pour les Ivoiriens qui vivent depuis le 19 septembre en zone sous contrôle de la rébellion, de découvrir parfois la tête de ces chefs de guerre qui tiennent tête à larmée gouvernementale.
Ils étaient tous là : Guillaume Soro, le secrétaire général du MPCI, le colonel Michel Gueu (commandant en chef des opérations du MPCI), ladjudant Tuo Fozié (chef des opérations de Bouaké), son adjoint le sergent-chef Chérif Ousmane, mais aussi le sergent Félix Doh, le chef du MPIGO, le commandant Gaspard Déli le chef du MJP, et son porte-parole, dénommé Ben Souck. Mais aussi dautres comme Issiaka Ouattara, dit Watao, qui dirige la compagnie Anaconda, le chef Konaté, qui dirige à Bouaké, lunité chargée de la fluidité- rien dautre que la sécurité - ou encore Mouhamed Diakite, le porte parole MPCI France, Massemba Koné, commandant de la zone de Korhogo.
Guillaume Soro, le secrétaire général du MPCI na eu de cesse à chaque meeting de marteler que son mouvement voulait lapplication pure et simple des dits accords signés quelques jours plus tôt à Paris, réaffirmant à maintes reprises quil nétait pas question de renoncer aux ministères de la Défense et de lIntérieur, postes qui ont été attribués au MPCI, lors dune rencontre au sommet à Paris, à laquelle assistait le président Gbagbo, Jacques Chirac, mais aussi Koffi Anan, le Secrétaire général de lONU, et la plupart des leaders politiques ivoiriens.
Malgré cette fermeté affichée, il semble bien que les rebelles naient pas complètement rompu le dialogue. Une délégation rebelle conduite par le commandant en chef des opérations du MPCI, le colonel Michel Gueu, sest en effet discrètement rendu le 7 février à Accra au Ghana pour y rencontrer le chef de lEtat ghanéen, John Kufuor, président en exercice de la Communauté économique des Etats dAfrique de lOuest.
Par petites touches, discours après discours, Guilaume Soro a fini par déclaré que Louis Dacoury Tabley et le colonel Gueu avaient été choisis par le MPCI pour occuper ces deux postes. Même sil a passé la plus grande partie de sa vie dans la politique, Dacoury Tabley, actuellement coordonnateur des relations extérieures du MPCI, a été dans sa jeunesse inspecteur de police.
A Man, ville sous contrôle du MPIGO, il apparaît dévidence que les relations entre les supplétifs libériens et la population locale ne se passent pas sans difficulté. Avant larrivée de limpressionnant cortège des chefs de la rébellion, une savante opération de nettoyage a sans doute eu lieu, afin déviter aux journalistes de rencontrer ces Libériens, pour la plupart dethnie Yacouba, une ethnie répartie des deux côtés de la frontière. Le nettoyage ne fut pas complet puisque lon a pu voir en ville quelques poignée de Libériens, armés, et,visiblement difficilement contrôlables. Interrogé sur ce point, Ben Souck, le porte-parole du MJP a reconnu quils avaient fait appel à ces supplétifs libériens, comme un entraîneur de football recrute les meilleurs joueurs dont il a besoin, quil soient étrangers ou non.
A Man toujours, les trois groupes -MPCI, MJP, MPIGO - ont très certainement mimé un désaccord quant à la conduite à tenir - descendre ou non sur Abidjan, en faisant fi du déploiement de la force dinterposition française. Une manière comme une autre de mettre aussi la pression sur la France, en laissant planer la menace dune reprise des combats. Mais sur le terrain, que ce soit à Bouaké, à Man ou Korhogo, aucun signe de préparation dune offensive nétait visible.
Cette tournée a aussi été rythmée par lattente puis lappréciation du discours à la Nation de Laurent Gbagbo. Lors dun point de presse clôturant cette tournée, le 10 février, à Bouaké, Guillaume Soro a estimé que dans son allocution, Laurent Gbagbo avait rejeté laccord de Marcoussis. Etre contre la délégation des pouvoirs au Premier ministre et être contre son irrévocabilité, cest être contre Marcoussis, a déclaré le chef du MPCI, estimant encore que le chef de lEtat a aussi rejeté la mouture et la composition du gouvernement de réconciliation nationale. Les portefeuilles de la Défense et de lIntérieur, ce sont des postes non négociables pour nous, a insisté Guillaume Soro, en réponse aux propos de M. Gbagbo pour qui il nest pas question de dire que tel ministère appartient à untel.
Pour bien marquer son refus de renégocier les accords de Marcoussis, le MPCI, a refusé de se rendre ce 10 février à un sommet du groupe de contact des chefs dEtat de la CEDEAO (Ghana, Guinée Bissau, Mali, Niger, Nigeria, Togo et Sénégal), qui sest réuni à Yamoussoukro.
Enfin, pour bien signifier à la communauté internationale la fermeté de son mouvement, Guillaume Soro a laissé poindre la menace dun enracinement de la partition du pays. Quand M. Gbagbo affirme que 90% de loutil de production économique et 82% de la population se trouvent sous son contrôle, il dit clairement à la Nation quil na pas besoin de nous. Quil ne nous pousse pas à commencer à organiser lautonomie de nos zones, a-t-il lancé.
Face au blocage et à la lenteur de lapplication des accords, le MPCI semble davantage vouloir sen remettre au comité de suivi de Marcoussis, mis sur pied à Paris, que de faire parler les armes. Lors de différentes interventions, Guillaume Soro a appelé ce comité de suivi de lancer des sanctions contre les autorités dAbidjan, comme par exemple le gel des comptes du président et ses sbires à létranger, la coupure des crédits à son gouvernement corrompu, linterdiction de déplacements à létranger pour le chef de lEtat et ses proches, et le lancement des procédures judiciaires pour traduire Gbagbo et ses escadrons de la mort devant le Tribunal pénal international.
Interpellé sur le sort de 90 gendarmes qui avaient été aperçus en vie au lendemain dune contre offensive ratée de larmée gouvernementale sur Bouaké au mois doctobre, le chef du MPCI na guère sorti dexplications convaincantes, réaffirmant seulement que son mouvement était disposé à accueillir toute commission denquête internationale, qui enquêterait sur lensemble du territoire, et pas seulement sur Bouaké.
Côté popularité, cette tournée a pour le moins permis aux chefs rebelles de tester non sans succès leur popularité auprès des populations sous leur contrôle.
Il est important que les populations et nos populations puissent montrer leur adhésion aux accords de Marcoussis. Il faut montrer à la communauté internationale que limmense majorité des Ivoiriens soutient ces accords, avait déclaré Soro, en entamant cette tournée. Mission réussie. Les habitants des zones sous contrôle des rebelles se sont mobilisés et ont largement applaudi aux accords tels quexpliqués par Soro qui na eu de cesse de leur répéter que les rebelles avaient eu gain de cause sur tous (leurs) points de revendication.
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