N° 272
du 17/06/2003

Côte d'Ivoire


Le président de l’Assemblée Nationale fait de la résistance

Mamadou Koulibaly, le président de l’Assemblée nationale ivoirienne, a deux bêtes noires : les rebelles et la France qu’il accuse encore et toujours de soutenir ces derniers.
En appelant ses concitoyens à la «désobéissance civile» contre les neuf ministres issus de la rébellion qui participent au gouvernement de réconciliation nationale, il s’est opposé à toute amnistie avant un désarmement des mouvements rebelles.
Deuxième personnage de l’Etat, M. Koulibaly est considéré comme un dur du Front populaire ivoirien (FPI), parti fondé par le président Laurent Gbagbo dont il est très proche. Il avait claqué la porte des négociations inter-ivoiriennes de Marcoussis (France) en janvier dernier, dénonçant une «tentative de coup d’Etat constitutionnel de la France».
Dans un entretien avec l’Agence France-Presse, il a même précisé son point de vue, estimant que «la France continue sa guerre contre la Côte d’Ivoire».
Avec de tels propos, on est encore bien loin de la réconciliation nationale. Le dimanche 8 juin à Abidjan, le colonel Michel Gueu, ministre des Sports issu des rangs Mouvement patriotique de Côte d’Ivoire (MPCI), a été hué par le public lors du match Côte d’Ivoire-Burundi pour les qualifications de la Coupe d’Afrique des nations de football.

Voici l’interview réalisée par l’AFP :

«Question : La Côte d’Ivoire vit depuis la mi-avril une cohabitation avec la mise en place d’un gouvernement de réconciliation nationale. Votre impression ?
Mamadou Koulibaly : On vit un début de coup d’Etat qui a conduit les autorités françaises à imposer aux Ivoiriens des rebelles comme membres du gouvernement, c’est une grande première dans notre pays. C’est une imposition, un non Etat de droit.
Quand Guillaume Soro (chef du MPCI, et actuel ministre d’Etat à la communication), déclare à Paris qu’il ne désarmera pas tant que les élections ne se seront pas tenues, je n’entends pas le ministère français des affaires étrangères condamner cette attitude, même pas le comité de suivi des accords de Marcoussis. Pareil pour le Premier ministre (ivoirien Seydou Diarra) qui ne l’a pas déplorée.
Cela m’amène à croire que la déstabilisation n’a pas encore atteint ses objectifs. Et donc la France continue sa guerre contre la Côte d’Ivoire.

Q : Bientôt un projet de loi d’amnistie des rebelles sera soumis aux députés, qu’en pensez-vous?
M. K. : Les députés sont conscients que tout cadeau qu’ils feraient aux rebelles signifierait capitulation. Est-ce leur mission de capituler devant l’envahisseur ? Leur mission, c’est de bloquer l’envahisseur et d’aller en croisade contre lui. Chacun en conscience appréciera la situation.
Sans désarmement, toute amnistie signifie une victoire éclatante (...) des rebelles sur l’Etat de Côte d’Ivoire. On aurait résisté neuf mois pour finir par amnistier ceux qui ont attaqué le pays ?
C’est pourquoi je n’arrive pas à penser que le gouvernement ait la force de présenter cette loi devant le Parlement, contre toute morale et toute éthique.
On ne peut pas tuer des gens, les assassiner et se faire pardonner alors que ceux qui l’ont fait tiennent les armes et disent clairement qu’ils ne désarmeront que lorsqu’ils auront pris le pouvoir. Beaucoup de députés ne pourront l’admettre.

Q : Concernant le désarmement ?
M. K. : Le Premier ministre Diarra affirme que le désarmement est un processus. Partout où on l’a vu il n’y a pas eu de désarmement. En Sierra Léone, il y avait plus de 100.000 rebelles, le désarmement a abouti à désarmer 25.000 personnes. Les autres ont disparu.
Aujourd’hui on nous fait croire que c’est la théorie du désarmement qui doit prévaloir en Côte d’Ivoire.
La France n’a qu’à déposer des caisses d’argents à Korhogo ou Bouaké et dire à chaque rebelle qu’il recevra 200.000 FCFA ou 500.000 FCFA pour chaque kalachnikov rendue. Je parie qu’une telle opération connaîtra un succès sans précédent. »


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