N° 272
du 17/06/2003

Côte d'Ivoire


La réaction du MPCI aux propos du président de l’Assemblée

Le MPCI a écrit une lettre de protestation à Albert Tévoedjré, représentant spécial du secrétaire général de l’ONU et président du Comite de suivi de l’application de l’accord de Marcoussis. En voici la teneur :

«Monsieur le Président,
Depuis la signature des accords de paix de Linas-Marcoussis et d’Accra, en votre qualité de Président du Comité de suivi créé pour observer l’application stricte des accords par toutes les parties signataires, vous avez déjà, à plusieurs reprises, été saisi de nombreux cas de violation et d’obstruction qui, si l’on n’y prend garde, vont anéantir tous les efforts de médiation entrepris par la communauté internationale dans le seul but de ramener une paix durable et définitive en Côte d’Ivoire.
A ce jour, malgré la prise de fonction des ministres des Forces Nouvelles et leur installation à Abidjan, des pratiques anti-réconciliation sont multipliées par le clan présidentiel pour des raisons dont vous êtes bien informé : pousser les Forces Nouvelles à bout et quitter le Gouvernement.
Ainsi, il y a quelques jours, M. Mamadou Koulibaly, l’un des participants à la table-ronde de Linas-Marcoussis a appelé les militants de son parti, le Front Populaire Ivoirien, parti signataire de l’accord sus-indiqué à la désobéissance civile. Si cet appel à la chienlit ne connaît aucune réprobation au sein du corps diplomatique représenté en Côte d’Ivoire en général et du Comité de suivi en particulier, il faut craindre que le processus de réconciliation en cours ne connaisse un ensablement certain de par la faute de ceux qui ont choisi de s’opposer aux accords de paix.
La dernière escalade en date est survenue le dimanche 8 juin 2003, lors du match de football ayant opposé les équipes nationales de football du Burundi et de Côte d’Ivoire. Le Ministre des Sports et des Loisirs, le Colonel Michel Gueu a été pris à partie par une cohorte d’extrémistes aux ordres du clan présidentiel. Son véhicule cabossé, les éléments des forces Licorne et MICECI, qui assuraient sa sécurité ont été désarmés sous la poussée des militaires de la sécurité présidentielle. Vous conviendrez avec nous que ces faits graves sont intolérables.
Il reste d’une part évident que le désarmement de personnes mandatées par la communauté internationale pour assurer la sécurité des Ministres des Forces Nouvelles constitue non seulement une humiliation, mais elle est surtout une entrave inadmissible qui viole l’accord de Linas-Marcoussis en son point 5 qui stipule : « La Table Ronde invite le gouvernement français, la CEDEAO et la communauté internationale à veiller à la sécurité des personnalités ayant participé à ses travaux et si nécessaire à celle des membres du gouvernement de réconciliation nationale tant que ce dernier ne sera pas à même d’assurer pleinement cette mission. «
* Que ce serait-il passé si un écervelé avait attenté à la vie du Ministre Gueu Michel dont les gardes de corps ont été désarmés ou si le Ministre du Sport avait décidé de rebrousser chemin après les attaques et injures dont il a été victime ce dimanche ?
* Qui du Comité de suivi, de la Communauté internationale et du Gouvernement de Réconciliation Nationale doit endosser la responsabilité de ce qui est arrivé hier ?
Dans tous les cas, cet incident nous pousse à émettre de vives protestations et à réclamer du Comité de Suivi une réaction appropriée afin que pareille offense ne se répète plus jamais.

D’autre part, cette situation relance la question de la confiance que nous avions posée, lorsque nous exigions que la sécurité de nos Ministres soit assurée par nos propres éléments.
Le Gouvernement de Réconciliation Nationale étant toujours incapable d’assurer la sécurité de ses membres et celle des personnalités ayant participé à la table ronde de Linas-Marcoussis, nous invitons le Comité de Suivi à exiger la désignation et la nomination pressantes des Ministres de la Défense et de la Sécurité conformément aux différents accords. La confiance tant opposée aux Forces Nouvelles et la fin des comportements d’un autre âge sont à ce seul prix. »


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