N° 278
du 03/10/2003

Côte d'Ivoire


Interview
Ouattara Issiaka, dit Wattao,
qui commande la compagnie Anaconda à Bouaké

«On peut relancer le processus d’application des Accords de Marcoussis, si le Comité de suivi, et la France aussi, redeviennent fermes comme ils l’étaient au début»

Afrique Express : La branche politique et la branche militaire des Forces nouvelles viennent de décider la suspension de leur participation au gouvernement. Pensez-vous que cela sera suffisant pour relancer le processus d’application de l’Accord de Marcoussis ?
Ouattara Issiaka : Bien sûr. Je pense que cela sera suffisant pour relancer le processus de Marcoussis, pour la paix et la réconciliation en Côte d’Ivoire. Il fallait qu’on tape sur la table pour dire que nous aussi on en a «ras le bol» du jeu de Gbagbo qui ne s’inscrit pas dans l’accord de Marcoussis. Et il l’a dit haut et fort, sur les écrans de télévision et sur les antennes de radio. Tout le monde a entendu ça. Si on continue à le suivre, on ne voit pas comment on va arriver à faire une vraie réconciliation en Côte d’Ivoire.

Est-ce que vous croyez encore à la possibilité d’appliquer ces Accords de Marcoussis ?
O.I. : On y croit beaucoup. On croît vraiment que l’on peut les appliquer.

Ca veut dire que vous pensez que l’on peut relancer le processus de réconciliation ?
O.I. : On peut relancer le processus d’application des Accords de Marcoussis, si le Comité de suivi, et la France, aussi, redeviennent fermes comme ils l’étaient au début, on peut y arriver.

Que pensez-vous de l’attitude de la Communauté Internationale, de la France, de l’ONU dans ce dossier ?
O.I. : Aujourd’hui, on voit que Gbagbo a réussi à berner la communauté internationale et le Comité de suivi et même l’ambassadeur de France qui ne jouent pas franc-jeu dans cette réconciliation. On est déçu parce qu’on n’a pas envie de reprendre les armes pour nous tuer entre nous. Nous n’avons pas envie de reprendre les armes aujourd’hui, mais si cela arrive demain, la communauté internationale serait responsable de tous les maux qui vont arriver en Côte d’Ivoire.

Vous pensez qu’ils ont été « bernés « ou que c’est de la complicité ?
O.I. : Soit ils sont «bernés», soit c’est de la complicité totale. Tévoédjéré (le président du Comité international de suivi des Accords de Marcoussis), on l’appelle «le renard» dans son pays. Qunat à l’ambassadeur de France ... c’est pas ça.

Ca fait maintenant un an que vous avez à gérer des centaines voire des milliers de combattants. Cela ne commence pas à vous poser des problèmes ?
O.I. : Dans toute société, il y a toujours des difficultés mais on arrive à les surmonter. Ca va aller ...

Les gens sont toujours motivés ? Il n’y a pas de protestation ? Les gens sont toujours fidèles à votre cause ?
O.I. : Bien sûr puisqu’ils savent que leur vie en dépend. Quelques-uns sont un peu découragés mais on arrive à remonter la pente puisqu’ils savent que nous sommes là pour une cause juste et noble.

Il n’y a pas de baisse du moral des troupes ?
O.I. : Non.

On parle beaucoup depuis l’affaire IB, des «pro-IB» et des «anti-IB» au sein de votre mouvement. Qu’en est-il ?
O.I. : Il n’y a jamais eu de «pro-IB» et d’ «anti-IB». On parle de cela de l’autre côté pour nous déstabiliser, mais il n’y a jamais eu de «pro-IB» et d’ «anti-IB» chez nous.

L’affaire IB n’a pas provoqué de fracture au sein des Forces nouvelles ?
O.I. : Non. Vous-même, vous avez suivi notre réunion (Ndlr : des Forces nouvelles à Bouaké). Comme dans toute famille, il faut se retrouver pour parler et pour repartir. Je suis satisafiat car on a montré aux yeux de tout le monde que l’on est soudé, qu’il n’y a pas de déchirures entre nous.

On doit considérer que c’est un nouveau départ des Forces nouvelles, après la reconduction de Guillaume Soro à la tête du secrétariat général ?

O.I : On n’a fait que de réaffirmer que l’on confiait la direction du mouvement à Soro, pour qu’on arrive au bout.

Propos recuillis à Bouaké par R-J L.

Sommaire COTE D'IVOIRE

Sommaire Home Page