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En ces temps de commémoration du premier anniversaire du soulèvement des rebelles du Mouvement patriotique de Côte dIvoire (MPCI), une évidence simpose : la communauté internationale, partie prenante de la vie politique en Côte dIvoire puisque lONU, des pays ouest-africains et la France y sont engagés, na, semble-t-il, toujours pas compris les causes profondes de cette rébellion.
En faisant un simple petit tour dans le Nord du pays, diplomates et militaires comprendraient vite que le retour à la case départ est strictement impossible. Comment imaginer que les populations du Nord, qui vivent dans un état de quasi-liberté et qui ne se posent plus de question identitaire, pourraient accepter que ladministration, avec tout son cortège dagents a priori répressifs et son fardeau de procédures, puisse, en létat actuel, se redéployer dans cette partie du pays ? «Quasi-liberté», cela veut dire que les gens ne sont plus inquiets, angoissés ou ballottés de procédures en procédures, parce quils sappellent «Toure», «Kone» ou «Ouattara». Si les chefs rebelles acceptaient de déposer les armes aujourdhui, ils auraient alors des comptes à rendre à ces milliers de personnes qui les considèrent encore comme des libérateurs.
En bas, au Sud, à Abidjan, quest-ce qui a changé ? Rien ou presque. Des ministres «rebelles» ont bien été nommés, qui avec un titre pompeux de «ministre dEtat», qui à la Jeunesse et aux Sports, mais avec strictement aucun pouvoir daction.
Ont-ils pu commencer la mise en application dun seul alinéa des Accords de Marcoussis ?
Quand un ministre de la Communication ne peut même nommer le directeur de la télévision nationale, on se demande bien comment se passera lopération de recensement des populations, la mise à jour de létat civil ou encore la distribution des cartes délecteur.
Dans une «lettre aux Ivoiriens» à loccasion du premier anniversaire du soulèvement du 19 septembre 2002, Laurent Gbagbo a évoqué une «année de cauchemar», une «guerre contre la démocratisation et la modernisation de la Côte dIvoire», ajoutant un peu plus loin : «depuis huit mois, nous faisons du sur place, nous piétinons, nous tournons en rond». Peut-être, mais cest un sentiment qui est également largement partagé par les habitants du Nord du pays.
Sadressant lui aussi «au peuple de Côte dIvoire» à loccasion de cet anniversaire, le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, a encouragé le président Gbagbo, son Premier ministre Seydou Diarra et «tout le gouvernement de réconciliation nationale, qui est maintenant complètement formé, à donner toute leur chance aux accords de Marcoussis».
Sur quel avis sest-il fondé pour estimer que «tout le gouvernement de réconciliation nationale (...) est maintenant complètement formé» ? Sur lavis du Comité international de suivi des accords de Marcoussis, qui venait de se féliciter que le gouvernement soit «au complet» après la désignation la veille du ministre de la Famille et celles, le 12 septembre, des ministres de la Défense et de la Sécurité ?
Un Comité de suivi qui dans la foulée soulignait «lurgence du cantonnement et du désarmement afin de permettre le retour des services publics spécialement sanitaires et éducatifs sur lensemble du territoire national».
Croire une minute que les rebelles vont désarmer et cantonner leurs troupes en voyant létat desprit qui règne dans les cercles du pouvoir à Abidjan est une douce illusion.
Pour bien comprendre cela, rien ne vaut une petite histoire. Une association qui fait dans lhumanitaire à Bouaké envoie régulièrement une camionnette pour faire des achats à Yamoussoukro en zone gouvernementale. En cet après-midi de septembre, le directeur de lONG «confie» à son chauffeur commissionnaire, trois étrangers, des Burkinabé, qui voulaient eux aussi descendre sur Yamoussoukro. Au premier contrôle, à un barrage tenu par les forces loyalistes, la camionnette a dû stopper : pas question de laisser les trois étrangers poursuivre leur route. Ny a-t-il pas aussi «urgence» à ce que le Comité international de suivi de Marcoussis fasse évoluer les mentalités, régner la justice et garantir la liberté pour tous, comme cela est aussi écrit noir sur blanc, dans ces fameux accords ? Si rien ne change dans ces domaines, le Nord nest pas prêt de désarmer.
«Nous envisageons un élargissement de la zone de confiance pour conforter la zone de sécurité et de stabilité qui doit contribuer à la réduction de lactivité des éléments incontrôlés et favoriser le retour à la vie courante», a déclaré de son côté, à la mi-septembre, le porte-parole du ministère français de la Défense, Jean-François-Bureau.
Seul problème : dans quelle partie du pays la vie est-elle «normale» ? Dans le Sud, en zone «loyaliste» où le droit de manifester nest pas acquis pour tous ? Où la justice na pas encore trouvé le moindre coupable des multiples crimes politiques qui ont été commis depuis le 19 septembre 2002 ?
R-J Lique
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