N° 285
du 06/01/2004

Côte d'Ivoire


L’ex-rébellion va reprendre sa place au conseil des ministres

Après plus de trois mois de boycott, les ministres issus de la rébellion ivoirienne qui a pris les armes en septembre 2002 contre le président Laurent Gbagbo devaient faire leur retour le 6 janvier aux réunions du gouvernement de réconciliation nationale.
«Tous nos ministres seront présents au conseil de gouvernement prévu mardi (6/01)», a affirmé l’adjudant Antoine Beugré, responsable de la communication des Forces nouvelles (FN, ex-rébellion). Ce conseil de gouvernement, traditionnellement présidé par le Premier ministre Seydou Diarra tous les mardis, est destiné à préparer le conseil des ministres organisé le jeudi sous la présidence de M. Gbagbo.
Le 23 décembre, les Forces nouvelles avaient annoncé que les ministres issus de leurs rangs allaient reprendre leur place au conseil des ministres. Les ministres boudaient depuis fin septembre ses réunions pour protester contre des blocages orchestrés par le camp présidentiel dans le processus de réconciliation prévu par les accords de paix de Linas-Marcoussis, signés en janvier 2002 en France.
Le boycott des Forces nouvelles était toutefois essentiellement symbolique puisque la plupart de leurs ministres continuaient d’exercer leurs fonctions et d’effectuer des missions, tant à Abidjan qu’à l’étranger.
Leur but était d’alerter la communauté internationale sur la mauvaise volonté manifestée selon eux par Laurent Gbagbo dans la mise en œuvre des accords de Marcoussis.
Soumis à des appels pressants et répétés de la France, de l’ONU ou des chefs d’Etat ouest-africains impliqués dans la médiation en Côte d’Ivoire, les Forces nouvelles ont finalement accepté de reprendre leur collaboration, non sans avoir obtenu de Laurent Gbagbo l’engagement public, pour la première fois le 4 décembre dernier, d’appliquer intégralement les accords de Marcoussis.
Une semaine plus tard, le chef de l’Etat signait une lettre confirmant à Seydou Diarra les prérogatives de l’exécutif jusqu’à l’élection présidentielle d’octobre 2005: l’une des principales revendications des Forces nouvelles.
L’absence des Forces nouvelles n’a pas empêché le conseil des ministres d’adopter des projets de lois sur certaines questions identifiées à Marcoussis comme étant parmi les principales causes de la crise: code de la nationalité, condition d’éligibilité à la présidence et propriété des terres agricoles pour les étrangers.

Polémique en vue sur l’utilité et la possibilité d’un référendum

Mais déjà, le président Gbagbo a suscité une nouvelle polémique en exprimant sa volonté de soumettre l’adoption de ces textes à un référendum populaire, et non pas au vote des députés.
Tout en se félicitant de l’adoption des projets de loi par le gouvernement, le secrétaire général des FN et ministre de la Communication, Guillaume Soro, a estimé dans un message de vœux pour 2004 que «la procédure pour leur adoption définitive par l’Assemblée nationale semble être remise en cause par le chef de l’Etat, qui renie la délégation de pouvoirs signée au Premier Ministre.»
«S’il est vrai que le gouvernement de réconciliation nationale a adopté ces projets de lois, les partis politiques signataires de l’accord de Linas-Marcoussis, représentés à l’Assemblée Nationale, se doivent de les voter conformément à leur engagement. S’agissant des Forces Nouvelles, elles émettent déjà des réserves sur l’idée de référendum», a-t-il ajouté.
Et M. Soro a donné le ton pour les prochains débats au sein du gouvernement: «au moment venu, nous exigerons encore que soient respectés à la lettre tous les accords».


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