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| Le déroulement du procès
du meurtrier du journaliste français de Radio France internationale
(RFI) Jean Hélène, le sergent Dago séri,
qui a été condamné le 22/01 à 17 ans de prison
devant un tribunal militaire ivoirien, s’est voulu exemplaire, dans
un contexte politique franco-ivoirien encore lourd. Exemplaire car, aux dires de nombreux observateurs et avocats présents pendant deux jours au palais de justice d’Abidjan, ce procès s’est déroulé dans le calme, hormis quelques incidents au premier jour, alors qu’il était très chargé émotionnellement et politiquement. Le procès militaire a en outre eu lieu dans une enceinte civile et était ouvert au public, y compris aux membres du comité de soutien au sergent, arborant des T-shirts clamant son innocence. Malgré une pression entretenue depuis des semaines par ce comité de soutien, le policier meurtrier de Jean Hélène, tué d’une balle en pleine tête le 21 octobre dernier près du siège de la Direction de la police nationale, a été condamné à 17 ans, soit presque au maximum de la peine qu’il encourait, à savoir 20 ans. Le procureur militaire n’en avait requis que 15 ans. Le procès a été «digne» et le président du tribunal a su «tenir les débats de façon rigoureuse» et respecter leur caractère contradictoire, a estimé l’avocat de RFI, Me Olivier Desandre-Navarre. Au-delà du sort du sergent de police, c’est aussi le procès des médias tant ivoiriens que français qui a été instruit. Les parties civiles ont insisté sur le «climat de haine» entretenu selon elles par certains journaux ivoiriens proches du pouvoir, tandis que les défenseurs du policier n’ont eu de cesse de dénoncer les médias français comme complices et supplétifs des dirigeants français, longtemps accusés par la presse pro-gouvernementale de vouloir se débarrasser du président Gbagbo. Dans la petite salle du palais de justice, d’un box à l’autre c’était un peu un concentré de 16 mois de tensions entre Paris et Abidjan qui s’est fait face deux jours durant. D’un côté la famille de Jean Hélène, «tué pour ce qu’il était et non pour ce qu’il faisait» dira un avocat, et les avocats de RFI et RSF (Reporters sans Frontières), deux bêtes noires des milieux ivoiriens les plus extrémistes. «Je m’attendais au pire, je repars soulagé», dira Thierry, le frère de Jean Hélène après le verdict. De l’autre, un policier ivoirien accusé et condamné pour le meurtre d’un journaliste et une cohorte d’avocats qui voulaient autant sauver la tête de leur client que faire le procès de la «France ennemie de la Côte d’Ivoire». «On a certainement sauvé un idéal politique mais pas la justice», a laissé tomber Me Raoul Gohi Bi, un des avocats de la défense, après le verdict. La machine judiciaire a malgré tout fonctionné et laissé percer «un filet de lumière dans la nuit ténébreuse de la justice ivoirienne», a commenté l’éditorialiste du quotidien Le Jour qui a dénoncé «l’impunité érigée en programme de gouvernement». Tout le monde s’est souvenu de l’acquittement en août 2001 par un tribunal militaire de huit gendarmes poursuivis dans l’affaire du «charnier de Yopougon» (57 morts en octobre 2000). Le verdict, qui n’a pas suscité d’indignation virulente, même dans la presse la plus nationaliste, a aussi ouvert un peu plus la voie au voyage du président Gbagbo à Paris. |
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