N° 289
du 09/03/2004


Côte d'Ivoire

Nouvelles turbulences en vue
  • L’ONU décide d’envoyer plus de 6.000 Casques bleus pour un an.
    Cela sera sans doute plus long.
  • Les ex-rebelles refusent de désarmer avant la fin de l’application des Accords de Marcoussis.
  • Manifestation en vue et probable retrait de tous les pro-Marcoussis du gouvernement
    après le départ des représentant du PDCI d’Henri Konan Bédié
Alors que le Conseil de Conseil de sécurité de l’ONU a décidé à l’unanimité le 27 février à New York de déployer, pour une durée initiale d’un an à compter du 4 avril, une force de maintien de la paix de plus de 6.000 Casques bleus (*) en Côte d’Ivoire, le pays semble s’engager à nouveau vers une zone de hautes turbulences.
Bien que le Premier ministre du gouvernement de réconciliation nationale, Seydou Diarra ait prévu que le processus dit «DDR» (désarmement, démobilisation et réintégration) démarre le 8 mars, Guillaume Soro, secrétaire général des Forces Nouvelles (ex-rébellion) a annoncé de Bamako que ses hommes ne désarmeraient pas avant des «élections crédibles et transparentes» prévues fin 2005. «On ne peut pas (nous) dire de façon péremptoire de donner nos armes. Le désarmement est un processus. Et il doit être concomitant. Il n’y aura de désarmement que quand il y aura des élections démocratiques en Côte d’Ivoire», a affirmé Guillaume Soro, également ministre de la Communication.
Selon lui, le regroupement concomitant des forces militaires des deux camps - 7ème chapitre des accords de paix de Marcoussis signés en France en janvier 2003 par les partis politiques et les rebelles - doit coïncider «au moins» avec l’adoption des nouvelles lois sur l’éligibilité, sur le foncier, et le code de nationalité.

Le «coup de gueule» du PDCI


Les partis signataires de l’Accord de Marcoussis n’en finissent plus de dénoncer les lenteurs dans son application. Denier parti à exprimer son « ras-le-bol», et non des moindres, le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) a décidé de claquer la porte - au moins temporairement - du gouvernement de réconciliation nationale, tout comme l’avait fait pendant trois mois l’ex-rébellion fin 2003.
Le patron du parti, l’ancien président Henri Konan Bédié, en «exil intérieur» depuis des mois, a écrit au Premier ministre pour expliquer cette suspension de la participation des ministres (sept) représentant son parti.

Pour expliquer cette politique de la chaise vide, sans limitation dans le temps, le PDCI a évoqué des «actes répétés d’agression et d’humiliation du PDCI et de son président Henri Konan Bédié» par le président de la République Laurent Gbagbo.
Le PDCI estime ainsi que les départements ministériels gérés par les partis autres que celui du président Gbagbo (le Front Populaire Ivoirien) «et singulièrement ceux du PDCI ont non seulement été vidés de certaines de leurs attributions mais aussi dépouillés de tout moyen».
Dans une déclaration commune, tous les signataires à l’exception du Front populaire ivoirien (FPI) de M. Gbagbo et du PIT, un petit parti allié, ont «affirmé leur soutien total au PDCI», s’alarmant en outre de «l’existence d’un gouvernement parallèle affectant de façon inquiétante le bon fonctionnement de certains ministères», notamment la Justice, la Défense, la Sécurité et les Affaires étrangères.
Selon nos informations, tous ces partis, excepté le FPI, devraient se concerter avant de remettre un mémorandum de leurs doléances au président Gbagbo. Et comme ils ne s’attendent à aucune réponse positive de sa part, ils prévoiraient d’appeler leurs sympathisants à une grande manifestation pour réclamer l’application intégrale et rapide de l’Accord de Marcoussis.
Ce serait d’ailleurs la première fois que les «pro-Marcoussis» pourraient s’exprimer en zone sous contrôle des partisans de Laurent Gbagbo, ce droit leur ayant toujours été refusé jusqu’à présent.

Quand le FMI cautionne les milices …

Dans ce tel contexte de tensions prévisibles, le leader du parti du président Laurent Gbagbo, l’ex Premier ministre Pascal Affi N’Guessan, a déclaré soutenir et cautionner les milices pro-Gbagbo et «autres groupes d’auto-défense» créés en réaction à la rébellion. «Nous menons le même combat, je voudrais vous faire remarquer que nous sommes ensemble et apportons la caution du Front populaire ivoirien (FPI) à ce que vous faites, ce que vous allez faire», a déclaré selon le quotidien 24 Heures (indépendant) Affi N’Guessan, lors d’un meeting à Abidjan du Front de libération national (FLN), une des nombreuses milices pro-gouvernementales.
«Dans cette guerre, il faut que chacun choisisse son camp. Votre combat est aussi le nôtre et nous n’avons aucun complexe à être à vos côtés», a lancé le président du FPI selon le quotidien quasi-officiel de son parti, Notre Voie.
Le FLN est issu d’une autre milice, le Groupement des patriotes pour la paix (GPP), dissoute en octobre dernier par le conseil des ministres à la suite d’actes de violence.
Affi N’Guessan a également souhaité que les jeunes recrues des milices bénéficient du processus DDR des ex-belligérants actuellement en cours de négociations.
«Vous ne méritez pas d’être laissés pour compte dans la recherche d’une solution à la crise. Mieux que les rebelles, vous méritez d’être les premiers à être réinsérés. Pour cela, vous pouvez compter sur le FPI», a-t-il déclaré, toujours selon le journal Notre Voie.
Avec d’un côté, le «pouvoir officiel» qui soutient et encourage ouvertement ses milices, et de l’autre, l’opposition qui envisage de manifester, les nuages s’amoncellent sur la Côte d’Ivoire.
(*) Le mandat de l’ONUCI
La résolution établit l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI, chargée d’encadrer le processus de réconciliation. L’ONUCI comprendra «en sus de l’effectif civil, judiciaire et pénitentiaire approprié, 6.240 militaires des Nations Unies, incluant 200 observateurs militaires et 120 officiers d’état-major, et jusqu’à 350 membres de la police civile».
Les Casques bleus intégreront la force africaine (MINUCI) jusque-là présente ainsi que le contingent de la Communauté économique des pays de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) actuellement en Côte d’Ivoire. L’ONU devra également chercher des pays prêts à fournir des hommes.
L’ONUCI sera installée aux côtés des forces françaises de l’opération Licorne, à ce jour 4.000 hommes déployés sous mandat de l’ONU. Les troupes françaises contribueront à sécuriser la zone d’activité des forces internationales, et selon les besoins serviraient de force de réaction rapide.
L’ONUCI sera là aussi pour protéger le personnel de l’ONU, faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire, contribuer à assurer le respect des droits de l’Homme, et enfin aider le gouvernement à rétablir l’autorité de l’Etat, du système judiciaire, à préparer des élections et rétablir une présence policière civile partout dans le pays.
De ces derniers points seraient particulièrement chargés l’équipe de policiers civils de l’ONU, ainsi que des spécialistes des questions juridiques, judiciaires et pénitentiaires.
Le Conseil de sécurité enfin a demandé à Kofi Annan de lui présenter tous les trois mois un rapport sur la situation, notamment «en vue d’une réduction progressive de l’effectif des troupes en fonction des progrès réalisés». Mais vu la tournure des événements, ce sera plutôt une augmentation de ses effectifs dont aura besoin l’ONU en Côte d’Ivoire.

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