N° 291
du 06/04/2004

Côte d'Ivoire

Farouche répression
de la manifestation du 25 mars organisée par les opposants au président Gbagbo
La marche pacifique organisée par l’opposition au président Gbagbo le 25 mars a été mâtée dans le sang par un déploiement sans précédent de forces armées à Abidjan. Le bilan est lourd : 37 morts de source officielle, 200 morts selon le Mouvement ivoirien des droits de l’Homme (MIDH) tandis que l’opposition a parlé de 350 à 500 morts.
De nombreuses personnes auraient été tuées, non du fait de la répression de la manifestation proprement dite, mais lors d’exactions nocturnes postérieures.
Suite à ces exactions, presque tous les partis politiques ont suspendu leur participation au gouvernement de réconciliation nationale à l’exception du Front Populaire Ivoirien (FPI, le parti de M. Gbagbo) et de deux autres petits partis.
Ce jeudi 25 mars, les forces de l’ordre et l’armée ivoiriennes avaient bouclé Abidjan avant l’aube, déployant blindés, hélicoptères et avions de combat pour empêcher toute manifestation. Les forces françaises et ouest-africaines déployées en Côte d’Ivoire sous mandat de l’Onu ne sont pas intervenues alors que les exactions commises par les forces favorables au président Gbagbo, qu’elles soient civiles ou militaires, ont duré au moins jusqu’au 27 mars.
L’ancien Premier ministre Alassane Ouattara, a estimé que la communauté internationale avait «un devoir d’assistance à personnes en danger» à Abidjan. «Les forces françaises de Licorne et africaines sont sur place et voient ce qui se passe. Nous estimons qu’il y a un devoir d’assistance à personnes en danger. Mais nous n’avons rien vu, nous sommes surpris et consternés», a déclaré M. Ouattara, en exil en France, dans un entretien avec la chaîne de télévision LCI. Il a directement pointé du doigt des «miliciens bien connus qui reçoivent des armes et s’attaquent aux populations, aidés par un certain nombre de militaires». «Nous sommes face à une situation de dictature naissante, avec des groupes armés qui peuvent faire ce qu’ils veulent, un peu comme en Haïti», a encore commenté le président du Rassemblement des républicains (RDR).
Pour se disculper, le ministre ivoirien de la Sécurité, Martin Bléou, a attribué à des «forces parallèles en uniforme» les «exactions» dénoncées par l’opposition et la communauté internationale. «Plusieurs témoignages dignes de foi révèlent que des individus en treillis armés de pistolets automatiques et/ou de kalachnikov et circulant de nuit (...) sèment la terreur dans certains quartiers en exerçant toutes sortes de sévices à l’encontre des populations», a affirmé le ministre. Un peu court comme explication, car qu’en est-il alors des camions militaires que de nombreux témoins ont vu circuler à Abidjan transportant des hommes en armes allant exécuter leur sale besogne ?
«Les origines de ce phénomène remontent à l’année 1999 (date du coup d’Etat du défunt général Robert Gueï, ndlr)» et le «treillis n’est plus la marque distinctive des seules forces de défense et de sécurité», a encore affirmé M. Bléou, cherchant à dédouaner les forces de l’ordre de ces atteintes aux droits de l’Homme.

Kofi Annan a souhaité qu’une commission d’enquête commence son travail «dès que possible» et au plan politique, le secrétaire général de l’ONU a lancé un appel pressant aux partis d’opposition qui ont suspendu leur participation au gouvernement, à y revenir «sans tarder». On voit toutefois assez mal comment les responsables des partis politiques qui avaient appelé leurs sympathisants à manifester ce jeudi 25 mars, pourraient décemment retourner au gouvernement avant que des sanctions soient prises contre les auteurs de ce qu’il faut bien qualifier de «meurtres délibérés».
Le 2 avril, le Haut commissariat pour les droits de l’homme de l’ONU a annoncé la mise sur pied d’une commission d’enquête sur les «accusations faisant état de graves violations des droits de l’Homme pendant et après les manifestations». Les accusations relevées par le Haut commissariat concernent notamment «des exécutions sommaires et extra-judiciaires, des viols et violences sexuelles, des arrestations et interpellations arbitraires». Rien de moins.
Les partis politiques qui avaient appelé à la manifestation et qui ont maintenant suspendu leur participation au gouvernement, sont : le Rassemblement des républicains (RDR d’Alassane Ouattara), le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI de l’ancien président Henri Konan Bédié), l’Union pour la démocratie et la paix en Côte d’Ivoire (UDPCI, du défunt général Robert Gueï), le Mouvement des forces d’avenir (MFA) et les ex-rebelles regroupés au sein des Forces nouvelles (FN, dirigées par Guillaume Soro).
A eux cinq, ces partis disposent de 26 des 41 portefeuilles du gouvernement formé en mars 2003 dans la foulée des accords de Marcoussis, et censé offrir une solution politique à la crise déclenchée en septembre 2002 par une rébellion armée.

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