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COTE
D'IVOIRE
Laurent Gbagbo
accède à la présidence dans les pires conditions
Le socialiste Laurent Gbagbo, candidat à
l'élection présidentielle du 22 octobre, a
finalement été reconnu vainqueur de ce scrutin
par le président de la chambre constitutionnelle de
la cour suprême, Tia Koné,
récupérant sa "victoire" grâce à
la rue. Mais à quel prix !
Si les manifestations de rue ont pu être
considérées comme légitimes au regard
du dernier coup de poker qu'avait voulu jouer le
général Gueï pour se maintenir au
pouvoir, que dire de ces chasses à l'homme
sanglantes, orchestrées selon toute vraisemblance par
le Front populaire ivoirien, le FPI, parti
d'obédience "socialiste" que contrôle
totalement le nouveau président ?
Une fois sa victoire acquise par les urnes - mais peut-on
parler de victoire lorsque plus de la moitié de la
population a boudé ce scrutin ?- Laurent Gbago a
voulu étouffer dans l'Šuf toute tentative de remise
en cause de sa légitimité. Comme d'autres
"présidents" avant lui, une méthode à
la Eyadéma du Togo, à la Henri Konan
Bédié en 1995, à la seule
différence de taille, c'est que ces gens de pouvoir,
au moment où il lançaient la répression
contre les contestataires, avaient la mainmise sur les
forces de sécurité. Dans la Côte
d'Ivoire de ce mois d'octobre 2000, pour écraser la
demande des sympathisants de l'ancien Premier ministre,
Alassane Ouattara, qui réclamaient la reprise des
élections avec leur candidat "naturel", le FPI a
lancé dans la rue des gens que, sous d'autres cieux
et en d'autres temps, l'ont appellerait bien volontiers des
nervis.
Des militants politiques abreuvés
depuis des mois d'un discours xénophobe
irrationnel
Pour qui a connu l'époque du Front
républicain, époque où le FPI de Gbagbo
et le Rassemblement des républicains (RDR) de
Ouattara luttaient la main dans la main pour dénoncer
la démocratie de façade qu'ils subissaient,
d'élections truquées en élections
truquées, ce qu'on a pu entendre et voir à
Abidjan ces derniers jours donne à
désespérer de la politique.
"Burkinabè, on veut pas!", criait les gros
bras du FPI dans les rues d'Abidjan. lançant
ailleurs, "On va les tuer". "Scènes de chasse
à l'homme", a résumé le titre d'une
dépêche de l'AFP.
A la veille du scrutin du 22 octobre, Laurent Gbagbo
déclarait : "Au FPI, nous avons estimé que le
poste de président de la République n'est pas
un poste pour des retraités hauts fonctionnaires
d'autres pays... Ce n'est pas une prise de position contre
un musulman, contre un homme du nord", allusion
évidente aux origines burkinabè d'Alassane
Ouattara. Et d'ajouter: "Les socialistes ne sont pas
laxistes, ils sont aussi patriotes".
Le résultat de tel propos ? Gourdins et machettes en
mains, les "Fpéistes", appuyés par la
gendarmerie, ont pourchassé tout ce qui ressemblait
à un "Dioula", les ressortissants du Nord,
région d'origine de M. Ouattara.
Si le patriotisme doit en passer par là, il y a tout
lieu de se demander ce que peut bien vouloir encore
signifier l'"internationale socialiste". "Qu'un sang
impur abreuve nos sillons", ont chanté et
chantent encore des milliers de petits (ou grands)
Français, sans trop comprendre le sens des paroles de
leur hymne national. En côte d'Ivoire, après le
cours de musique, les apprentis nationalistes sont
passés à la pratique, sans la surveillance du
maître d'école.
Et comme un peu partout, la masse assimile très vite
"l'étranger" à celui qui est différent
: du Burkinabé musulman, on glisse au Dioula ivoirien
musulman, puis au "nordiste", tout simplement.
Un président de la République se devant par
définition, de se mettre, une fois élu,
au-dessus des partis, Laurent Gbagbo devra très
rapidement faire montre de "gestes forts", voire même
"très forts", pour ressouder la population
ivoirienne. A défaut, il risquera de demeurer le
"président" d'un groupe ethnico-régional, dont
tous ceux qui ne se reconnaissent pas en lui attendront le
départ, d'une manière ou d'une autre.
L'armée ivoirienne étant aujourd'hui à
l'image de la population, c'est dire très
divisée, on comprend dès lors, pourquoi, dans
son discours d'investiture, le 26 octobre, le nouveau
président s'est empressé de déclarer
que sa que sa priorité serait "la refondation du
système de défense et de
sécurité pour réconcilier le peuple
avec son armée". Peut-être aussi avec les
hommes politiques ?
Afrique Express N° 216
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