Cote d'ivoire
Le chef de la junte s'obstine
au risque de plonger le pays dans la guerre civile

En attendant que la chambre constitutionnelle de la cour suprême annonce le 7 octobre, quels seront les candidats retenus pour l'élection présidentielle du 22 octobre, la Côte d'Ivoire a vécu une fin de mois de septembre des plus agitées, avec une tentative d'assassinats du chef de la junte, qui a eu pour conséquence la rupture au plus haut niveau entre les putschistes de décembre dernier.
La gendarmerie a effectué une perquisition au domicile du général Palenfo, le numéro deux de la junte, dans le cadre de l'enquête ouverte après l'attaque, dans la nuit du 17 au 18 septembre, contre la résidence privée du général Gueï à Abidjan. Cette "tentative d'assassinat", selon le chef de la junte, a fait deux morts dans les rangs de ses gardes du corps.
Le général Palenfo se trouvait alors à Sydney en sa qualité de président du Comité olympique ivoirien et il est revenu jeudi soir à Abidjan. Le général Palenfo était ministre d'Etat chargé de la Sécurité, alors que le général Coulibaly, était ministre d'Etat chargé des Transports, dans le précédent gouvernement de transition.
Impliqué ou pas, toujours est-il que le général Robert Gueï, a décidé de remanié le gouvernement de transition, évinçant du même coup du gouvernement les généraux Lassana Palenfo et Abdoulaye Coulibaly. Ces deux généraux sont considérés comme des proches de l'ancien Premier ministre Alassane Ouattara, candidat déclaré à la présidentielle du 22 octobre, comme le général Gueï.
Le général Palenfo a été remplacé par un membre de la gendarmerie, le général Augustin Assaud Akawa, alors que le général Coulibaly a été remplacé par le général Mathias Doué, numéro quatre de la junte, ancien ministre des Sports qui se trouvait également à Sydney et était retourné à Abidjan en compagnie du général Palenfo.
Dans l'ordre protocolaire du nouveau gouvernement de transition, le général Doué vient juste après le Premier ministre Seydou Diarra.
Le ministre de la Justice, Me Essy N'Gatta, a également été limogé et remplacé par le colonel major de la gendarmerie Pascal Konan Yao.
Ce dernier était un des deux (sur 10) membres du CNSP à ne pas être au gouvernement.
Après l'annonce du remaniement, le général Palenfo s'est défendu de tout lien avec M. Ouattara, affirmant qu'il était un "militaire apolitique".

Un pays sous régime d'exception

Au lendemain de l'attaque du domicile du général Gueï, la junte a interdit toute activité politique publique. Aucun leader ou responsable politique ne peut quitter le territoire sans autorisation spéciale de junte.
La Côte d'Ivoire traverse actuellement sa plus grave crise depuis le coup d'Etat du 24 décembre 1999 et le renversement du président Henri Konan Bédié. Le général Robert Gueï semble s'engouffrer et entraîner tout le pays dans une direction qu'il lui sera semble-t-il bien difficile de contrôler. En excluant ou en voulant faire exclure l'ancien Premier ministre Alassane Ouattara de la course à la présidentielle, le général prend le risque d'une guerre civile, même s'il argue qu'une toute petite minorité n'est pas prête à accepter de telles disposition constitutionnelles.
Un discours un peu bref, car pour l'heure, le débat sur la nationalité de Ouattara n'est pas clos. A cours d'arguments, les actuels tenants du pouvoir n'ont pu sortir qu'un faux certificat de mariage pour démontrer que Ouattara n'était pas ivoirien. Pour prouver l'inéligibilité de M. Ouattara à la présidence de la République, des avocats mandatés par l'Etat ivoirien avaient présenté un faux certificat de mariage de M. Ouattara, établi en 1966 en Pennsylvanie, sur lequel il était indiqué que sa mère était décédée.
De manifestations en manifestations orchestrées par le régime, le discours xénophobe s'amplifie. On a pu entendre au port d'Abidjan des manifestants "pro-Gueï", clamer "les étrangers dehors". Délicat dans un pays qui compte près de 40 % d'étrangers sur son sol. Un discours xénophobe et menaçant que le général lui-même ne rechigne pas à tenir.
Le 21 septembre, il a convoqué au palais présidentiel le corps diplomatique, la classe politique, l'armée, des représentants de la société civile pour une "réunion de concertation", au cours de laquelle il a été seul à parler.
Après avoir noté que la Côte d'Ivoire "traversait une crise extrêmement grave", il a fait une série de mises en garde, avec le message suivant à l'adresse des étrangers : "Si au sentiment de spoliation s'ajoute la crainte de l'ingérence politique étrangère, les ingrédients seront réunis pour une explosion de colère des Ivoiriens. Je mets donc fraternellement en garde tous ceux que nous avons accueillis à bras ouverts dans notre pays et qui tentent d'y semer le désordre et attisent le feu".
Le général Gueï a ensuite multiplié les menaces et mises en garde tous azimuts, rejetant les interventions de la communauté internationale et refusant de se rendre à un sommet de l'Organisation de l'unité africaine (OUA) à Lomé, au risque d'isoler la Côte d'Ivoire.
Tout semble donc prêt pour que le pays explose, d'autant plus que l'armée ivoirienne est bien loin d'offrir aujourd'hui l'image de "jeunes gens" bien gentils et bien raisonnables, comme aimait à le répéter le général-président lorsqu'il a pris le pouvoir en décembre 1999. De purges en purges, l'armée ivoirienne est tout aussi divisée que la classe politique et que la population. Le général-président, qui était venu aux commandes pour mettre de l'ordre dans le pays et réconcilier tout le monde, n'a en rien cicatrisé les plaies ouvertes par le régime du président Bédié.

Afrique Express N° 214

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