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Fofana Bamory, l'Imam de Korhogo, principale ville du Nord de la Côté d'Ivoire tenue par les rebelles, hésite un peu " Ce que les gens demandent, souhaitent, il faut l'accepter ", dit-il à propos de la crise en cours. Il ajoute encore, à mots comptés : " C'est un message de paix et d'union que je veux lancer ". A la question " comprenez-vous les revendications des rebelles ? le vieil Imam se fait plus clair : " Le peuple ne veut pas de quelqu'un. Qu'on l'enlève ". Et pour bien se faire comprendre, il ajoute : " Vous avec entendu ce que demandaient les gens qui ont marché hier ". De fait, 15 000 personnes à Korhogo, au moins 200 000 à Bouaké, ont manifesté ce samedi pour réclamer le départ du président Gbagbo. Et au fil de l'entretien, l'Imam se lâche et confirme que lui aussi, comme le " peuple " souhaite le départ du président. A la grande mosquée de Korhogo, les langues se délient alors très vite. Un fidèle reprend la même complainte, qui est devenue la première phrase lancée à tout étranger : " On veut le départ de Gbagbo et des troupes françaises ". Devant la mosquée, les jeunes ont aussi leur mot à dire sur la question. Ils se bousculent pour que " le monde entier " sache ce qu'ils ont sur le c¦ur. La crise identitaire est patente. Ici, on se plaint des difficultés pour avoir une simple carte d'identité en tant qu'Ivoirien, tout Nordiste étant suspect d'être un " étranger ". La dernière opération de mise à jour de l'Etat civil, grande opération lancée par le gouvernement pour attribuer à chaque citoyen une carte d'identité ou une carte de séjour pour les étrangers n'a pas arrangé les choses. Devant les difficultés qu'ils ont eu pour justifier de leur filiation, certains ont compris qu'il y avait maintenant " deux catégories " d'Ivoiriens. " Nous sommes comme les Palestiniens " Aux abords de la mosquée, un employé du secteur cotonnier tient à lancer un " message " à la France qui paiera un jour ou l'autre, dit-il son soutien à un régime dont il ne veut plus. " Nous sommes comme les palestiniens. Nous n'avons plus rien à perdre. Jusqu'à la mort, s'il le faut ", lance-t-il pour faire comprendre que le combat mené par les militaires en rébellion est aussi le leur. " Personne n'est intouchable. Regardez les Etats-Unis avec Ben Laden. En soutenant Gbagbo, la France forme des terroristes pour l'avenir ", dit-il encore en substance. Crise économique, difficulté de vivre si le conflit s'enlise ? Rien ne fait peur à la jeunesse de Korhogo qui pense que l'heure de poser les " vrais problèmes de la Côte d'ivoire " est arrivée. Pas la peine que la population reconnaisse soutenir les rebelles. Ca ne se dit pas, ca va de soi. La question identitaire, la question des droits civiques et politiques, autant de sujet de débats qui seront mis sur la table lors de futures négociation, si négociations il y a. Les rebelles le savent, et il ne s'agira sûrement pas pour eux de négocier une simple amnistie ou une simple réintégration dans l'armée. Ils ont de toute évidence pris les armes pour une frange de la population ivoirienne à laquelle ils appartiennent, et ne se battent pas que pour eux. Par petites touches, au fil des interview et des déclarations des uns et des autres, l'aspect politique et social du conflit est devenu clair. Si le commandant kone Messamba qui est la tête du mouvement patriotique de côté d'Ivoire (MPCI) à Korhogo, est pressé d'arriver à Abidjan, c'est pour y faire de la " politique ". Pas une carrière politique, mais pour résoudre " tout ce qui ne va pas " selon lui. Réviser la constitution, organiser des élections où " tout le monde " pourra être candidat, sous-entendu Alassane Ouattara aussi, le leader du Rassemblement des républicains (RDR, principal parti d'opposition). " Deux " Côte d'Ivoire A Korhogo, en écoutant la RTI, la télévision nationale contrôlée par le gouvernement, on a le sentiment que " deux " Côte d'Ivoire se font face. En bas, dans le sud, on ne parle que de " terroristes ", d'agression extérieure, de complot ourdi par l'étranger. Ici, à Korhogo, quand le vieil Imam prend à son compte les doléances de la population, on se demande bien où se cache le terroriste. A Abidjan, on se prépare à la " reconquête du territoire ". Dans le Nord, on pense que l'heure de remettre les pendules à zéro est arrivée. Les jeunes gens dés¦uvrés, assis au bord des échoppes fermées le long des rues chaotiques de Korhogo, qui réclament le départ des troupes françaises ne sont pas des terroristes étrangers. Ils sont bel et bien Ivoiriens. Si d'aventure le gouvernement d'Abidjan reprenait le dessus militairement, il y a alors fort à craindre que la population du Nord résistent, les armes à la main. A ce moment-là, la Côte d'Ivoire aura basculé dans la guerre civile. Le groupe de contact de la CEDEAO a sûrement en tête l'aspect " socio-politique " de cette crise. Si les émissaires de l'Afrique de l'Ouest arrivent à obtenir la signature d'un cessez-le-feu entre les belligérants, il leur faudra de la patience et du temps pour tenter d'aplanir et de résoudre tous les clivages et tous les blocages de la société ivoirienne. Ils le savent déjà pour certains. Selon certaines confidences faites par des membres des délégations des pays de l'Afrique de l'Ouest qui ont participé au somme des chefs d'Etat de la sous-région qui s'est tenu à Accra au Ghana, certains de ses pairs ont clairement fait comprendre au président Gbagbo qu'il n'était pas question pour eux d'envoyer leurs soldats combattre les rebelles dans une force de l'ECOMOG. Un président présent à Accra aurait même lâché : " On nous demande de défendre un régime constitutionnel. On veut bien, mais encore faut-il savoir de quelle constitution il s'agit ? " La résolution de la crise ivoirienne sera de toute évidence longue, très longue, sauf si les armes prennent le dessus sur le dialogue. | ||||
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