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Des dizaines de milliers de jeunes et moins jeunes, 10 000, 15 000 voire plus, ont manifesté samedi 5 octobre à Korhogo, plus grande ville du Nord de la Côte d'Ivoire, aux mains des rebelles, en réclamant avec ardeur le départ du président Laurent Gbagbo, mais aussi celui des militaires français qu'ils accusent d'ingérence dans une affaire " ivoiro-ivoirienne ". Les manifestants brandissaient de nombreuses pancartes de fortune sur lesquelles on pouvait lire : " Gbagbo assassin, criminel. Nous ne voulons plus de toi ", ou encore : " Gbagbo assassin, dictateur, on a faim " A l'adresse de la France, dont le positionnement des militaires est perçu comme une entrave à l'avancée des rebelles sur Abidjan, les slogans étaient tout aussi clairs : " On ne veut pas de la France ; Allez chez vous ". Ailleurs, même des jeunes filles brandissaient avec joie des panneaux ou était inscrit : " Armée française, nous ne voulons plus de vous. Nous disons non à l'armée française ". En croisant les journalistes occidentaux, des jeunes manifestants ne manquaient pas de dénoncer avec vigueur l'attitude de la France accusée d'être complice du " dictateur, du criminel, Laurent Gbagbo ". Des groupes de fonctionnaires se sont mêlés aux manifestants pour exprimer leur inquiétude et leur désarroi, n'étant plus payé par l'administration centrale, et accusant le régime d'Abidjan de faire bloquer délibérément les virements de la Banque centrale aux banques locales. " Il n'y a aucun problème de sécurité. Si l'argent arrive ici, les militaires (rebelles) assureront la sécurité pour que les paiements des salaires se fassent dans l'ordre et le calme ", assure un fonctionnaire qui estime que ce blocage est volontaire pour faire " payer " aux populations locales leur soutien présumé aux rebelles. Commencée très tôt dans la matinée, la manifestation s'est terminée dans le calme, avec un meeting spontané au cours duquel une " représentante des femmes du Nord ", militante du RDR, le parti de l'opposant Alassane Ouattara, a lu une motion de soutien à la lutte de " libération " menée par les rebelles qui s'affichent sous la bannière du MPCI (Mouvement patriotique de côte d'ivoire).Après avoir dénoncé " l'injustice " qui caractérise le régime du président Gbagbo, en prenant en exemple l'affaire du charnier de Yopougon, l'assassinat récemment au Burkina Faso de l'opposant alla Keita " par des commanditaires ivoiriens ", , " l'assassinat de Robert Gueï ", celui du " capitaine Dosso ", l'aide de camp d'Alassane Ouattara, les " enlèvements, les pillages et les destructions de biens matériels " orchestrés par les gendarmes, la motion a dénoncé " l'acharnement du gouvernement contre notre bébé, le Docteur Alassane Ouattara qui n'est mêlé ni de près ni de loin à cette histoire ". " Nous encourageons le MPCI à rester déterminé dans son combat de libération de notre pays ", a conclu la représentante des femmes du Nord. Une crise identitaire Sur les trottoirs, les groupes d'adulte ont aussi retrouvé la parole, exprimant à la presse tout ce qu'ils ont sur le coeur. " On est exclu, humilié. On brûle nos cartes d'identité. on nous traite toujours d'étrangers. ", déclare un jeune homme, qui dit lui aussi ne pas comprendre le soutien de la France à un régime " injuste ". Plus loin, assis tranquillement à son cheik-point, l'adjudant Dosso, qui supervise les entrées et les sorties de la ville de Korhogo, est lui aussi on ne peut plus clair. " Nous nous battons pour défendre notre identité ", dit-il avant de rigoler quand on lui parle de soutien étranger à leur mouvement. " Le Burkina Faso n'a rien à voir avec cela. La question est de savoir quelle est la solution par rapport à ce monsieur (Laurent Gbagbo) qui pose des actes négatifs ?, résume-t-il pour expliquer le pourquoi de leur lutte. Et d'ajouter, tout aussi calme en nettoyant son arme : Quand on divise la population en deux groupes, allez y comprendre quelque chose ". une population du Nord, majoritairement musulmane, qui se sent exclue, bafouée dans ses droits, la goutte d'eau a-t-elle débordé depuis que le concept de l'Ivoirité, a été créé par l'ancien président Bédié pour écarter Alassane Ouattara de la politique ?Il semble, à écouter les ranc¦urs des gens du Nord que le malaise est profond. Les rebelles ont de toute évidence un soutien réel des populations du Nord, même si ces dernières n'affichent pas en publique les coups de pouce qu'elles apportent aux militaires. Il ne faut pas croire que l'apparente distance entre militaires rebelles et population vient d'une incompréhension. Ici, on ne s'affiche guère aux côté de l'armée, car on ne sait pas encore qui va l'emporter dans ce combat aux allures jusqu'au-boutistes. On craint aussi que le pouvoir d'Abidjan ne reprenne le dessus et on redoute sans le dire, une terrible répression. Les témoignages qui remontent de la capitale économique où le pouvoir fait officiellement brûler les quartiers précaires, peuplées en majorité de nordiste ne rassurent pas. Une fois la manifestation terminée, un peu las d'être " freiné " dans l'offensive finale sur Abidjan à cause de l'armée française, un chef militaire s'inquiète : au rythme où vont les choses, il voit poindre à l'horizon une coupure définitive entre le Nord et le Sud, et s'interroge " comment recoller tout ça après ", même s'il ajoute : " Nous, nous pourrons le faire ". | ||||
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