N° 243
du 18/01/2002

Gambie


Législatives sans saveur: le pouvoir déjà vainqueur

Les Gambiens voteront le 17 janvier pour des législatives sans suspense, gagnées d'avance par le parti du président Yahya Jammeh car boycottées par la principale formation d'opposition, qui a d'emblée crié à la fraude.
Le parti au pouvoir, l'Alliance patriotique pour la réorientation et la construction (APRC), a d'ores et déjà remporté 33 des 48 sièges en compétition, faute d'adversaires. La loi électorale stipule même que le scrutin n'a pas lieu d'être organisé lorsqu'il n'y a qu'un seul candidat, ce dernier étant déclaré élu d'office.
C'est le cas dans 33 circonscriptions suite à la décision prise le 20 décembre par le Parti démocratique uni (UDP) de boycotter les législatives pour protester contre le "transfert massif" d'électeurs inscrits d'une circonscription à l'autre.
Résultat: le scrutin ne sera ouvert que dans 15 circonscriptions.
L'UDP dirigé par Ousainou Darboe arrivé en seconde position à la présidentielle d'octobre dernier, auquel le reste de l'opposition avait laissé le champ libre dans les 33 circonscriptions, explique son boycott par le fait que le transfert et l'inscription de 50.000 étrangers sur les listes électorales vont favoriser le parti au pouvoir dans les circonscriptions qui lui sont hostiles.
Selon ce parti ces opérations ont été avalisées par la Commission électorale indépendante (IEC), et il n'est pas question de "cautionner les farces" du parti au pouvoir en participant au scrutin.
Ces accusations ont été démenties par l'IEC, qui a précisé que les inscriptions avaient été faites en présence de tous les partis, y compris l'UDP.
Quoi qu'il soit, le désistement de l'UDP a provoqué des remous au sein de ce parti entre partisans et adversaires du boycott, alors que les autres partis d'opposition affichent leur irritation. Ils reprochent à l'UDP de les avoir empêchés de présenter des candidats en annonçant son retrait à la dernière minute, privant l'opposition d'au moins dix sièges.
une attitude d'autant plus surprenante que Ousainou Darboe avait "reconnu" extrêmement rapidement la victoire du président Yahya Jammeh lors de la dernière présidentielle.
Au total, seuls quatre partis seront donc présents aux législatives: l'APRC, alliée au Parti de la convention nationale (NCP) de Sheriff Dibba dans deux circonscriptions, l'Organisation démocratique du peuple pour l'indépendance et le socialisme (PDOIS) de Sidia Jatta et le Parti de la réconciliation nationale (NRP) de Hamat Bah.
Une enseignante, Mme Bajen Sosseh, dont la candidature n'a pas été avalisée par l'APRC, se présente comme "indépendante".
L'alliance APRC/NCP est présente dans la totalité des 48 circonscriptions, tandis que le NRP aura 10 candidats et le PDOIS 5. Au total, 64 candidats brigueront les suffrages des électeurs.
A cause des remous au sein de l'UDP, qui avait conclu une alliance avec le Parti progressiste du peuple (PPP, ancien parti de l'ex-président Dawda Jawara, récemment amnistié par Yahya Jammeh), les observateurs s'attendent à une faible participation dans les 15 circonscriptions en compétition.
Yahya Jammeh, porté au pouvoir en 1994 par un coup d'Etat et élu une première fois en 1996, avait été réélu dès le premier tour de la présidentielle du 18 octobre dernier, avec près de 53 % des voix.
L'Assemblée nationale sortante est très largement dominée par l'APRC, qui avait remporté en 1997 33 des 45 sièges en compétition. En plus des députés élus, le président Jammeh en avait nommé quatre. Il en nommera cinq après les élections du 17 janvier.


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