N° 244
du 06/02/2002

Gambie


Législatives sans saveur
Seulement trois députés sur 48 pour l'opposition

Le parti au pouvoir a raflé 12 des 15 sièges de députés qui étaient en compétition aux législatives du 17 janvier, en plus des 33 qu'il avait remportés d'office du fait de l'absence d'adversaires dans des circonscriptions où les députés présentés par le parti au pourvoir n'avaient aucun adversaire.
Selon les résultats officiels complets, l'Alliance patriotique pour la réorientation et la construction (APRC) du président Yahya Jammeh a ainsi 45 députés, l'Organisation démocratique du peuple pour l'indépendance et le socialisme (PDOIS) deux et le Parti de la réconciliation nationale (NRP).
Yahya Jammeh nommera en outre cinq députés, dont le "speaker" (président de l'Assemblée), comme le lui permet la constitution.
Le principal parti d'opposition, le Parti démocratique uni (UDP), avait décidé de boycotter le vote, dénonçant des fraudes liées notamment au "transfert massif" d'électeurs inscrits d'une circonscription à l'autre.
Deux candidats à la présidentielle du 18 octobre dernier, Sidia Jatta pour le PDOIS et Hamat Bah du NRP, conservent leurs sièges de député, le premier dans sa base du Wuli West, le second dans l'Upper Saloum.
Un homme considéré comme le théoricien du PDOIS, le sociologue Halifa Sallah, a remporté le siège de Serekunda Centre (ouest), circonscription qu'il avait perdue en 1987, 1992 et 1997.
La participation a été faible dans 9 des 15 circonscriptions.
Selon les chiffres officiels, la participation moyenne a été de 58,46% des quelque 160.000 électeurs inscrits dans les 15 circonscriptions concernées par ce vote.
Aux législatives de 1997, l'APRC avait gagné 33 sièges sur les 45 en jeu, l'UDP 7, le NRP 2 et le PDOIS 1. Deux sièges avaient été remportés par des indépendants.
 
Commentaire : le président Jammeh, porté au pouvoir par un coup d'Etat en 1994, élu une première fois en 1996, et qui a été réélu le 18 octobre dernier dès le premier tour, avec près de 53 % des voix, est assurément tranquille pour un long moment, face à l'apathie de son opposition.
Juste avant les législatives, le président a réussi a extirper de l'opposition, le parti de Sheriff Dibba, le NCP (Parti de la Convention nationale), en lui proposant des alliances, afin de permettre au NCP d'avoir des députés, ce qui fut fait. Cette alliance politique a permis aussi au président Jammeh d'élargir sa base ethnique puisque ses adversaires lui reproche de s'appuyer sur les seuls Diolas, alors que Sheriff Dibba est mandingue.
Autre bon coup politique, le retour annoncé de l'ex-président Dawda Jawara, récemment amnistié par Yahya Jammeh. Il n'est donc plus certain que le parti de Dawda Jawara, le Parti progressiste du peuple (PPP) reste encore longtemps allié avec le principal parti d'opposition, l'UDP, d'Ousainou Darboe. L'UDP et le PPP avaient conclu une alliance lors de la dernière présidentielle.
Ousainou Darboe apparaît aujourd'hui comme le grand perdant de ces scrutins successifs : battu à la présidentielle, il en a toutefois accepté le résultat. Sans aucun député au Parlement, son parti l'UDP ne sera certainement pas très attractif pour les petits partis de l'opposition.


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