Gambie


Présidentielle d'octobre
La campagne électorale s'annonce tendue

La campagne pour l'élection présidentielle d'octobre s'annonce tendue en Gambie, où l'opposition s'élève contre un durcissement du régime et un renforcement du pouvoir du président Yahya Jammeh, aux commandes du pays depuis le coup d'Etat de 1994.
L'élection présidentielle, prévue le 18 octobre, sera suivie de législatives en janvier 2002.

Les inscriptions sur les listes électorales, qui ont commencé le 21 mai et doivent durer six semaines, ont marqué le début des hostilités, les opposants affirmant que des cartes d'électeurs étaient délivrées à des "étrangers", notamment des Sénégalais de Casamance issus de la même ethnie (Diola) que le président. Une pratique déjà vivement dénoncée par Hamat Bah, leader du Parti de la réconciliation nationale (NRP, 2 députés). Le nombre d'inscrits sur les listes électorales lors des précédents scrutins, notamment la présidentielle de 1996, s'élevait à 400.000 personnes, dans un pays qui compte un peu plus d'un million d'habitants.
Les dirigeants de l'Alliance patriotique pour la réorientation et la construction (APRC, au pouvoir) "savent qu'ils sont en perte de vitesse, mais ils n'accepteront pas la défaite. Alors, ils préparent le terrain pour gagner", a-t-il déclaré.
Des diplomates à Banjul considèrent de leur côté que le président Jammeh est bien placé pour l'emporter, mais craignent eux aussi que le régime "n'en fasse trop" pour assurer la victoire.
Sont notamment pointés du doigt les récents amendements à la Constitution votés par l'Assemblée nationale, très largement dominée par l'APRC (38 députés sur 49), permettant au président de nommer les chefs de districts, jusqu'à présent élus, ou de prononcer des amnisties en cas d'événements exceptionnels tels que rassemblement illégal ou état d'urgence.
Cette dernière disposition visait en particulier à amnistier les forces de l'ordre impliquées dans les émeutes étudiantes d'avril 2000, qui avaient fait au moins 14 morts.
Ajoutées à une modification des modalités de garde à vue, ces mesures laissent présager de "plus d'arrestations arbitraires, plus de détentions illégales, plus de torture", estiment les opposants.
Le leader du Parti démocratique uni (UDP, 6 députés, principal parti d'opposition), Ousainou Darboe, est lui-même en liberté sous caution car inculpé de meurtre, dans une sombre histoire de guet-apens.
"Ils veulent le mettre en prison, ils n'ont pas de preuves, tout cela est politique", assure Mariam Denton, conseiller juridique de l'UDP.
Le limogeage par Yahya Jammeh du président de la Commission électorale indépendante (CEI), en fin d'année dernière, et son projet de remplacer cette commission permanente par une instance temporaire, fonctionnant seulement en période électorale, sont aussi critiqués par l'opposition.
Officiellement, le gouvernement considère que la CEI coûte trop cher. Mais les opposants voient dans ce projet la volonté du pouvoir de contrôler de plus prés le travail de la commission, en y nommant des "hommes de confiance".
L'opposant Halifa Sallah, secrétaire général de l'Organisation démocratique du peuple pour l'indépendance et le socialisme (DPOIS, 1 député), déplore lui aussi "l'ingérence de l'exécutif dans le travail électoral".
Mais pour Yankuba Touray, ministre du Tourisme et directeur de campagne du parti au pouvoir, ces critiques ne sont qu'une "agitation normale" de l'opposition. "Il y a une loi régissant l'inscription des électeurs, si l'opposition a des contestations, elle peut les porter devant la justice", assure-t-il, en démentant par ailleurs que les récents amendements constitutionnels "donnent plus de pouvoir au président". Quant à l'amnistie des forces de l'ordre, poursuit le ministre, elle répond au souci de "préserver la tranquillité et la stabilité du pays".

En attendant, le président Yahya Jammeh a déjà commencé sa campagne électorale sur Internet. Lors d'une cérémonie organisée le jour de son 36éme anniversaire, le 25 mai, il a lancé le site officiel de sa candidature, "Jammeh2001.org", site du "candidat de l'Alliance patriotique pour la réorientation et la construction" (APRC).
Président sortant et colonel (à la retraite) Yahya Jammeh a été porté au pouvoir le 22 juillet 1994 par un coup d'Etat sans effusion de sang, qui avait renversé le régime de Sir Dawda Jawara. Yahya Jammeh avait été consacré chef d'Etat par sa victoire à la présidentielle de septembre 1996, puis aux législatives de janvier 1997.
Outre la biographie et les réalisations du président, le site contient le "manifeste de l'APRC", la "vision à l'horizon 2020" du gouvernement, sa politique économique, sociale, etc.

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230 du 13/06/2001


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