N° 232
du 16/07/2001

Guinée


Lansana Conté bientôt président à vie ?
L'opposition se mobilise

L'opposition guinéenne a créé un Mouvement contre le référendum et pour l'alternance démocratique (MRAD), pour "empêcher à tout prix" la prorogation du mandat du président Lansana Conté. Ce mouvement regroupe les partis de la Coordination de l'opposition démocratique (CODEM) - dont l'Union pour le progrès et le renouveau (UPR) de Siradiou Diallo et le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG) d'Alpha Condé - ainsi que l'Union des forces républicaines (UFR) de l'ex-Premier ministre Sidya Touré.
Un autre petit parti d'opposition, l'Union des forces démocratiques (UFD d'Alpha Sow), s'est joint à cette mobilisation en appelant à la création d'une "mouvance plurielle pour l'alternance démocratique en 2003".

L'objectif de l'opposition est d'"empêcher à tout prix le régime guinéen d'organiser un référendum pour la prorogation du mandat présidentiel". Elu pour la première fois en 1993 après avoir dirigé la Guinée pendant dix ans sous un régime militaire, le général Lansana Conté a été réélu en 1998 pour un deuxième mandat de cinq ans qui, selon la constitution, devrait être le dernier. Des responsables de son parti (le Parti de l'unité et du progrès, PUP) veulent faire modifier la constitution pour que le président puisse briguer un troisième mandat. La révision envisagée de la constitution porterait le mandat présidentiel à sept ans et il serait renouvelable autant de fois que Dieu le voudra.

Les opposants veulent mobiliser toutes les composantes de la société guinéenne pour s'"opposer catégoriquement" à ce référendum dont le résultat, selon eux, "est connu d'avance".
Selon l'opposition, des membres du gouvernement et des responsables du PUP circulent déjà dans le pays pour "exiger des gouverneurs, préfets et sous-préfets un score frisant les 100% lors des consultations référendaires en préparation".
Les partis d'opposition estiment que le "point de rupture" est en passe d'être atteint avec le régime Conté, en place depuis 17 ans. "Cette rupture, que personne ne souhaite, pourrait engendrer des affrontements aux conséquences imprévisibles pour la Guinée et pour toute la sous-région", ont-ils estimé.

Ils ont été rejoints dans leur contestation par l'Organisation guinéenne de défense des droits de l'homme et du citoyen (OGDH) qui a invité les institutions républicaines à s'opposer "à toute forme de manipulation" de la constitution.
Sans être opposée au principe d'une révision constitutionnelle qu'aurait exigé "l'évolution politique et sociale" du pays, l'OGDH refuse cependant une réforme qui n'est "que manipulation visant à faire reculer la démocratie". Selon l'OGDH, une telle réforme empêcherait "l'alternance démocratique", tout en légalisant l'impunité des gouvernants.


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