N° 238
du 31/10/2001

Guinée


Envers et contre tous,
le président Conté lance un référendum constitutionnel
Des législatives le 27 décembre

Comme prévu, un référendum pour la modification de la constitution a été fixé au 11 novembre 2001. Ce projet de révision, contesté par l'ensemble de l'opposition guinéenne et la plupart des partenaires extérieurs de la Guinée, vise essentiellement à proroger de 5 à 7 ans le mandat du président Conté et à lui permettre de se présenter autant de fois qu'il le veut à une élection présidentielle. c'est un retour à la présidence à vie qui fleure bon le temps des partis uniques.
L'opposition a décidé de boycotter ce référendum tout en menant campagne pour en dénoncer le bien-fondé.
Lansana Conté, élu à la tête du pays après avoir dirigé une junte militaire pendant dix ans, a été réélu pour un second mandat de cinq ans en 1998, qui devrait être le dernier en l'état actuel de la Constitution.

Dans la foulée, le président Conté a fixé au 27 décembre la date des élections législatives qui avaient été reportées en raison des combats aux frontières avec le Liberia et des rebelles guinéens. A cette date - un 27 décembre, le président conté s'assure d'ores et déjà de ne pas avoir beaucoup 'observateurs étrangers pour suivre le bon déroulement de ce scrutin.

Les réactions
des partenaires de la Guinée

Les ambassadeurs du G7 inquiets

Les ambassadeurs à Conakry du Groupe des Sept (G7) pays les plus industrialisés ont fait part au gouvernement guinéen de leurs "inquiétudes" face aux prochaines consultations référendaire et législatives. Les ambassadeurs du Canada, de France, d'Allemagne, du Japon et des Etats-Unis ont rencontré Moussa Solano, ministre de l'Administration du territoire, pour lui exprimer leurs "inquiétudes quant au respect des règles constitutionnelles" pendant ces consultations.
"Les consultations populaires, qu'elles soient des élections ou des référendums, sont des étapes essentielles dans la vie politique d'un pays", ont-ils déclaré.
Elles doivent, selon eux, "obéir à des critères démocratiques" tels que le respect des règles constitutionnelles, la transparence du processus électoral, la possibilité pour tous de faire campagne et d'avoir accès aux médias, la neutralité des fonctionnaires...
"Une observation internationale impartiale est aussi essentielle pour constater et certifier le respect de ces règles démocratiques", ont-ils estimé, en exprimant également le souhait que soit créé en Guinée un "organe représentatif de supervision des élections".
Les représentants du G7, qui souhaitent que toutes les parties "renoncent à la violence au cours de la campagne", expriment leur "préoccupation quant à la mise en place de ces critères" pour le référendum prévu le 11 novembre et les législatives annoncées pour le 27 décembre.
Les pays membres du G7 sont l'Allemagne, le Canada, les Etats-Unis, la France, l'Italie, le Japon et le Royaume-Uni.

Washington met en garde Conakry
contre une modification de constitution

Le projet de changement de la constitution pourrait affecter l'aide apportée par Washington à ce pays, a déclaré un responsable du département d'Etat.
Des diplomates américains en poste à Conakry ont effectué le 25 octobre une démarche formelle auprès du ministère des Affaires étrangères pour exprimer l'opposition de Washington à ce changement.

L'UE "préoccupée" par le référendum

L'Union européenne a exprimé sa "préoccupation quant aux conséquences possibles du référendum envisagé en Guinée" pour ce qui concerne "la stabilité et le développement démocratique du pays", selon un communiqué de la présidence de l'Union européenne, assurée par la Belgique.
"L'Union européenne appelle en particulier au respect des règles constitutionnelles, à la préservation de l'équilibre des pouvoirs, à la libéralisation des médias et à la mise en place d'un cadre permettant une consultation électorale juste et transparente", selon le communiqué.


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