- L'archevêque de
Conakry, Mgr Robert Sarah, a fait part le 17
novembre de son "inquiétude pour l'avenir de la
Guinée", dans un violent réquisitoire
contre le régime du général
Lansana Conté.
- L'allocution prononcée par Mgr Sarah lors
d'une cérémonie d'adieu organisée
pour son départ de la Guinée, n'a pas
été diffusée à la
télévision nationale, l'enregistrement
ayant été saisi.
- "Je suis inquiet pour la société
guinéenne, qui se construit sur
l'écrasement des petits par les puissants, sur le
mépris du pauvre et du faible, sur
l'habileté des mauvais intendants de la chose
publique, sur la vénalité et la corruption
de l'administration et des institutions
républicaines", a lancé le chef de l'Eglise
catholique guinéenne.
- "Je m'adresse à vous, monsieur le
président de la République, même si
vous n'êtes pas là", a-t-il souligné.
Le président Conté était
représenté à la
cérémonie par son Premier ministre,
Lamine Sidimé, accompagné de membres
de son gouvernement. A la fin du discours de
l'archevêque, plusieurs d'entre eux, selon des
témoins, avaient quitté la salle du
banquet.
- Pourtant "comblée par le Seigneur de toutes
les ressources naturelles et culturelles", la
Guinée, "paradoxalement, végète dans
la pauvreté", s'est indigné
l'archevêque.
- Inquiet pour la jeunesse, "sans avenir parce que
paralysée par un chômage chronique", Mgr
Sarah s'est aussi dit préoccupé par
"l'unité, la cohésion et la concorde
nationales, gravement compromises" selon lui "par le
manque de dialogue politique et le refus de l'acceptation
de la différence".
- En Guinée, a-t-il déploré, "la
loi, la justice, l'éthique et les valeurs humaines
ne constituent plus de référence et de
garantie pour la régulation de la vie sociale,
économique et politique".
- Les libertés démocratiques sont "prises
en otages par des dérives idéologiques
pouvant conduire à l'intolérance et
à la dictature", a-t-il ajouté.
- Evoquant le référendum du 11 novembre
qui permet maintenant au général
Conté, au pouvoir depuis 17 ans, de briguer un
mandat supplémentaire en 2003, l'archevêque
a rappelé le serment qu'avait fait le
président de quitter le pouvoir cette
année-là.
- "Autrefois, la parole donnée était une
parole sacrée", a-t-il dit, ajoutant que "la
valeur de l'homme se mesure à sa capacité
d'être fidèle à sa parole".
- Aujourd'hui, a-t-il poursuivi, "les médias, la
démagogie, les méthodes de conditionnement
mental et tous les procédés sont
utilisés pour abuser l'opinion publique, manipuler
les esprits, donnant ainsi l'impression d'un viol
collectif des consciences et d'une grave confiscation des
libertés et de la pensée".
- Mgr Sarah, de nationalité guinéenne,
doit quitter Conakry pour Rome, où il a
été nommé par le pape Jean-Paul II
secrétaire de la congrégation pour
l'évangélisation des peuples.
- Avant son discours, il avait été
élevé au grade du commandeur de l'ordre
national du mérite guinéen par
décret présidentiel.
- Les catholiques représentent environ 10% de la
population guinéenne, très majoritairement
musulmane.
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