N° 239
du 20/11/2001

Guinée


Le terrible réquisitoire du chef de l'Eglise catholique guinéenne
contre le régime et le président Conté

L'archevêque de Conakry, Mgr Robert Sarah, a fait part le 17 novembre de son "inquiétude pour l'avenir de la Guinée", dans un violent réquisitoire contre le régime du général Lansana Conté.
L'allocution prononcée par Mgr Sarah lors d'une cérémonie d'adieu organisée pour son départ de la Guinée, n'a pas été diffusée à la télévision nationale, l'enregistrement ayant été saisi.
"Je suis inquiet pour la société guinéenne, qui se construit sur l'écrasement des petits par les puissants, sur le mépris du pauvre et du faible, sur l'habileté des mauvais intendants de la chose publique, sur la vénalité et la corruption de l'administration et des institutions républicaines", a lancé le chef de l'Eglise catholique guinéenne.
"Je m'adresse à vous, monsieur le président de la République, même si vous n'êtes pas là", a-t-il souligné. Le président Conté était représenté à la cérémonie par son Premier ministre, Lamine Sidimé, accompagné de membres de son gouvernement. A la fin du discours de l'archevêque, plusieurs d'entre eux, selon des témoins, avaient quitté la salle du banquet.
Pourtant "comblée par le Seigneur de toutes les ressources naturelles et culturelles", la Guinée, "paradoxalement, végète dans la pauvreté", s'est indigné l'archevêque.
Inquiet pour la jeunesse, "sans avenir parce que paralysée par un chômage chronique", Mgr Sarah s'est aussi dit préoccupé par "l'unité, la cohésion et la concorde nationales, gravement compromises" selon lui "par le manque de dialogue politique et le refus de l'acceptation de la différence".
En Guinée, a-t-il déploré, "la loi, la justice, l'éthique et les valeurs humaines ne constituent plus de référence et de garantie pour la régulation de la vie sociale, économique et politique".
Les libertés démocratiques sont "prises en otages par des dérives idéologiques pouvant conduire à l'intolérance et à la dictature", a-t-il ajouté.
Evoquant le référendum du 11 novembre qui permet maintenant au général Conté, au pouvoir depuis 17 ans, de briguer un mandat supplémentaire en 2003, l'archevêque a rappelé le serment qu'avait fait le président de quitter le pouvoir cette année-là.
"Autrefois, la parole donnée était une parole sacrée", a-t-il dit, ajoutant que "la valeur de l'homme se mesure à sa capacité d'être fidèle à sa parole".
Aujourd'hui, a-t-il poursuivi, "les médias, la démagogie, les méthodes de conditionnement mental et tous les procédés sont utilisés pour abuser l'opinion publique, manipuler les esprits, donnant ainsi l'impression d'un viol collectif des consciences et d'une grave confiscation des libertés et de la pensée".
Mgr Sarah, de nationalité guinéenne, doit quitter Conakry pour Rome, où il a été nommé par le pape Jean-Paul II secrétaire de la congrégation pour l'évangélisation des peuples.
Avant son discours, il avait été élevé au grade du commandeur de l'ordre national du mérite guinéen par décret présidentiel.
Les catholiques représentent environ 10% de la population guinéenne, très majoritairement musulmane.


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