N°249
du 06/05/2002

Guinée


Elections législatives le 30 juin
L'opposition se divise quant à sa participation

Les élections législatives, reportées plusieurs fois, auront lieu le 30 juin prochain, et seront supervisées par un Conseil national électoral (CNE), "organe autonome" chargé de superviser et de contrôler le processus électoral et l'ensemble des opérations s'y rapportant, de la diffusion des listes électorales jusqu'à la proclamation des résultats du vote.
Le CNE doit être composé de 59 membres, dont 23 de la mouvance présidentielle, 23 de l'opposition, 6 des partis du centre, 5 de l'administration, 2 de la société civile.
Le président du conseil, issu de ses 59 membres, sera nommé par le président de la République sur proposition du ministre de l'Administration du territoire.
L'opposition, qui a conditionné sa participation aux législatives à la mise en place d'un organe indépendant de gestion des élections, s'est complètement divisée sur cette question de la transparence des élections.
L'Union pour le Progrès et le Renouveau (UPR, opposition) dirigé par Siradiou Diallo, a décidé de participer à ce scrutin, tout en demandant un nouveau report de l'échéance.
Un autre parti d'opposition, l'Union pour le progrès de la Guinée (UPG), de Jean-Marie Doré, ira aussi à l'élection.
Ces deux partis n'ont pas suivi les consignes du "Mouvement contre le référendum et pour l'alternance démocratique (MORAD), qui a invité "les Guinéens à rester chez eux le jour des législatives".
Le MORAD regroupe la plupart des partis politiques d'opposition, dont le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG) d'Alpha Condé, l'Union des forces républicaines (UFR) de l'ex-Premier ministre Sidya Touré et l'Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) d'Amadou Oury Bah.
 
Au total, sept partis d'opposition ont décidé de boycotter les législatives.
Affirmant tirer les leçons de toutes les élections multipartites qui se sont déroulées en Guinée depuis 1993, les partis signataires de la prise de position du MORAD indiquent qu'ils n'iront pas aux législatives, pour ne pas "légitimer le pouvoir impopulaire du Général Lansana Conté issu d'une élection frauduleuse".
Par ailleurs, estiment-ils, "chaque consultation électorale en Guinée a toujours entraîné son lot de morts, d'arrestations arbitraires et d'emprisonnement de militants de l'opposition, sans compter les restrictions de toute forme d'expression démocratique", d'après la déclaration.
"Nous avions demandé au gouvernement d'accepter pour une fois de mettre sur pied une commission électorale nationale indépendante (CENI), chargée de l'organisation, de la supervision et de la gestion du processus électoral", a expliqué Mamadou Bâ, porte parole du MORAD.
Mais, a ajouté M. Bâ, "les autorités ont (...) fait preuve de cynisme" en refusant toutes les propositions de l'opposition.
Selon le porte-parole du MORAD, dans ces conditions, "seuls ceux qui ne savent pas ce qu'ils veulent pourront désormais accompagner le Parti de l'unité et du progrès (PUP, au pouvoir) dans ce combat dont le résultat est déjà connu".
Ces dissensions concrétisent une sourde lutte au sein de l'électorat peulh que se disputent Mamadou Bâ et Siradiou Diallo.
Le "MORAD" avait été constitué par l'opposition avant le référendum constitutionnel du 11 novembre dernier, qui avait notamment supprimé la limitation du nombre de mandats du président de la République.


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