N° 278
du 03/10/2003

Guinée


L’opposition suspend sa participation au «dialogue»
dans la perspective de l’élection présidentielle

L’opposition guinéenne a adressé le 30/09 une lettre au gouvernement, lettre dans laquelle elle indique qu’elle ne participerait plus à des «séances de dialogue» avec lui tant que les médias d’Etat ne traiteraient pas équitablement l’information.
Presque tous les partis politiques avaient participé la veille à une réunion avec les membres du «comité interministériel chargé du dialogue», créé dans la perspective de l’élection présidentielle prévue pour le mois de décembre.
Tous les participants étaient tombés d’accord sur la nécessité d’ «établir les bases d’un dialogue franc et constructif».
L’opposition, «préoccupée par la situation désastreuse et chaotique de notre pays (...), a cru de son devoir de répondre favorablement à l’invitation du comité interministériel, en dépit du grand déficit de confiance créé par les violations de la loi et les fraudes permanentes à l’occasion des élections», écrivent les opposants dans une lettre adressée au ministre de l’Administration du territoire, Moussa Solano.
«Ce faisant, poursuit la lettre, le compte-rendu fait par la radio et la télévision guinéennes des travaux (de la première réunion) a montré clairement qu’en aucun cas, le gouvernement n’est décidé à renoncer à sa pratique de désinformation et de manipulation de l’information». «C’est pourquoi les partis signataires ont pris la décision de s’abstenir de toute participation aux séances du dialogue aussi longtemps que des mesures concrètes et publiques n’auront pas été prises pour remédier à ces pratiques d’un autre âge, qui sont à la base du déficit permanent de confiance», ont encore écrit les opposants.
Les partis signataires de cette mise en demeure sont ceux du Front républicain pour l’alternance démocratique (FRAD) qui regroupe l’Union des forces républicaines (UFR) de l’ancien Premier ministre, Sidya Touré, le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG) d’Alpha Condé, l’Union pour le progrès de la Guinée (UPG) de Jean-Marie Doré et l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), Mamadou .
Les partis politiques et le comité interministériel avaient convenu de se retrouver pour mettre en place deux commissions, chargées de recenser l’une les problèmes électoraux, l’autre les problèmes généraux de la vie politique nationale.
Le 16 septembre, les partis de l’opposition et de la majorité avaient adressé ensemble au gouvernement un mémorandum «pour une élection présidentielle libre, équitable et transparente».
Ce mémorandum de cinq pages, paraphé par 31 partis et destiné au Comité interministériel chargé de la relance du dialogue avec les partis politiques, demandait d’abord au gouvernement de choisir un lieu approprié pour ce dialogue qui, jusqu’ici, se tenait dans les locaux du ministère de l’Administration du territoire et de la décentralisation.
Il réclamait aussi l’arrêt immédiat de la campagne de «propagande» en faveur du régime sur les médias d’Etat, la liberté de manifestation pour les partis, la libéralisation des ondes, etc.
Les partis politiques recommandaient également au gouvernement la révision du code électoral, la neutralité de l’administration vis-à-vis du processus électoral, l’utilisation d’urnes transparentes et d’un bulletin unique, le recensement et le vote des Guinéens de l’étranger ...
Les partis signataires invitaient en outre le gouvernement à prendre des dispositions en vue de la «sauvegarde et du renforcement de l’unité nationale», à instaurer «l’état de droit et la bonne gouvernance», à permettre l’élaboration d’un «statut de l’opposition», etc.
Ils demandaient par ailleurs au gouvernement de faire adopter un projet de loi d’amnistie en faveur de toutes les personnes condamnées pour des faits à caractère politique.
L’élection présidentielle, à laquelle le président sortant Lansana Conté a prévu de se présenter, doit avoir lieu en décembre, mais sa date précise n’a pas encore été annoncée.
Porté au pouvoir par un coup d’Etat en 1984, élu président en 1993 et réélu en 1998, le général Conté aurait normalement dû quitter le pouvoir à l’issue de ses deux mandats de cinq ans. Mais un référendum modifiant la Constitution avait été organisé en novembre 2001, pour supprimer la limitation du nombre de mandats et, donc, lui permettre de se représenter.


Sommaire GUINEE

Sommaire ARCHIVE