N° 290
du 23/03/2004



Guinée

Décès de l’opposant guinéen Siradiou Diallo
Siradiou Diallo, leader de l’Union pour le progrès et le renouveau (UPR-opposition) est décédé d’un arrêt cardiaque le dimanche 14 mars à Paris à l’âge de 68 ans. Ses convictions politiques l’ont toujours placé dans l’opposition, de ses années d’exil à son retour au pays.
Il naît le 25 août 1936 à Labé (centre-nord), «capitale du Fouta Djalon», à 400 km de la capitale, dans une famille peuhle, ethnie représentant 35% des huit millions de Guinéens.
Ses études le mènent de Labé à Kankan (est), puis à Sébikotane, près de Dakar, à l’Ecole normale William Ponty (1955-1957). Cet établissement a formé plusieurs cadres africains des indépendances, dont le premier président guinéen, Sékou Touré, auquel Siradiou Diallo a été farouchement opposé.
A 23 ans, il s’inscrit à l’université de Dakar, avant de se retrouver à Poitiers (centre-ouest de la France) et Paris. Il obtient un diplôme d’études supérieures en sciences économiques en 1967, cinq ans après le début de son exil lié à ses positions contre le régime de Sékou Touré.
Après des passages plus ou moins longs dans des institutions économiques françaises, il entre en 1970 à l’hebdomadaire panafricain Jeune Afrique, basé à Paris. Il y fait une carrière de plus de 20 ans, qui le conduit dans différents pays d’Afrique et du monde et à divers postes, dont celui de vice-président du groupe.
Parallèlement à ses activités de journaliste, il anime ou crée différents mouvements, tels le Comité de réflexion sur la démocratie en Guinée (CRDG) qu’il dirige depuis Paris. Il rentre au pays en 1984, à la mort de Sékou Touré.
Le «retour définitif» de Siradiou Diallo en Guinée a cependant lieu en 1991, lorsqu’il devient «homme politique à plein temps» et secrétaire général du Parti guinéen du progrès (PGP), une des formations les mieux organisées du pays à l’époque.
Il s’oppose au président Lansana Conté, un militaire arrivé au pouvoir en 1984, mais prône de lui «garantir une sortie honorable et même une immunité», une idée peu partagée par ses collègues opposants, explique Siradiou Diallo en 1992 dans un entretien à Jeune Afrique.
A la suite d’une fronde au sein du PGP, il crée en 1992 le Parti du renouveau et du progrès (PRP), avec lequel il se porte candidat à la première présidentielle multipartite en Guinée en 1993, remportée par la formation au pouvoir (Parti de l’unité et du progrès, PUP).
Le PRP fusionne ensuite avec l’Union pour la nouvelle république (UNR), de Mamadou Bah, pour former l’UPR.
Seul opposant de poids à ne pas boycotter les élections législatives de juin 2002, largement gagnées par le pouvoir, Siradiou Diallo fait de sa formation la principale de l’opposition parlementaire, avec 20 élus (dont lui-même) sur les 114 députés de l’Assemblée nationale actuelle.
Il décide cependant, comme beaucoup d’autres leaders, de ne pas participer à la présidentielle du 21 décembre 2003, remportée par Lansana Conté face à un seul candidat.
Marié depuis 1968 à une journaliste, Assiatou Bah, Siradiou Diallo était père de deux fils, Ibrahima et Abdoulaye.

Les dirigeants de l’opposition, comme Mamadou Ba, ex-compagnon de route de Siradiou Diallo au sein de l’UPR et actuel président de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), Jean-Marie Doré, président de l’Union pour le progrès de la Guinée (UPG), Mohamed Diané, secrétaire administratif du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG, parti d’Alpha Condé), les membres du bureau exécutif national, du comité central et les députés de l’UPR, dont le vice-président Ousmane Bah ainsi que les états-majors de différents autres partis, lui ont immédiatement rendu hommage en se rendant à son domicile à Conakry.
La dépouille de Siradiou Diallo sera rapatriée le 21 mars à Conakry, exposée le 24 mars à l’Assemblée nationale, le 25, le corps de M. Diallo sera conduit à Labé, le convoi funèbre marquera des arrêts dans certaines localités traversées et il sera inhumé le 26 mars à Labé après la grande prière du vendredi.

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