GUINEE

L'opposant Alpha Condé condamné à cinq ans de réclusion criminelle

Alpha Condé a été condamné lundi 11 septembre 2000 à cinq ans de réclusion criminelle par la cour de sûreté de l'Etat à Conakry, qui le jugeait depuis le 12 avril pour atteinte à l'autorité de l'Etat.
Sept de ses 47 co-accusés ont été condamnés à des peines de 18 mois à 3 ans de prison. Les autres ont bénéficié d'un non lieu ou ont été acquittés "au bénéfice du doute".
La réclusion à perpétuité avait été requise par le procureur contre Alpha Condé, emprisonné depuis décembre 1998, et 40 de ses co-accusés. Le procureur avait néanmoins souligné que si des circonstances atténuantes étaient retenues contre Alpha Condé, la peine encourue était alors de dix à vingt ans de réclusion. Le jugement a été rendu alors qu'un important dispositif de sécurité avait été déployé autour du tribunal.

Alpha Condé, 60 ans, leader du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), avait été arrêté au lendemain de l'élection présidentielle de 1998 à laquelle il était candidat face au président Lansana Conté.

Interpellé près de la frontière ivoirienne, il était accusé par le gouvernement d'avoir eu l'intention de quitter le pays, afin de préparer depuis l'extérieur une déstabilisation du régime par les armes, puisqu'il avait perdu l'élection, selon les résultats officiels, contestés par l'opposition.

Les étrangers sur la sellette, troubles aux frontières, rafles à Conakry

Ce procès de cinq mois, plusieurs fois suspendu et qualifié de "parodie de justice", s'est achevé alors que les régions frontalières du Liberia et de la Sierra Leone sont visées depuis le 1er septembre, selon Conakry, par des "incursions" armées meurtrières venant des pays voisins.

Le gouvernement guinéen estime à environ 80 morts et au moins une dizaine de disparus le bilan de ces attaques "rebelles" qui, selon l'accusation au procès Condé, prouvent que les craintes du gouvernement étaient fondées.
Ces violences ont entraîné à Conakry des rafles d'étrangers, principalement des Libériens et des Sierra Léonais. Le ministre guinéen de l'Intérieur, Moussa Solano, a accusé en vrac, le Burkina Faso, des partisans d'Alpha Condé, le Liberia et les rebelles sierra-léonais du Front révolutionnaire uni (RUF) d'être impliqués dans une "campagne de déstabilisation de la Guinée et de son gouvernement".
En un week-end, quelque 5.000 Libériens, Sierra Léonais et Burkinabés avaient été interpellés dans les différentes quartiers de Conakry, après un discours du président Lansana Conté particulièrement dur à l'égard des "étrangers". Le chef de l'Etat avait notamment accusé les réfugiés libériens et sierra léonais, qui sont plusieurs centaines de milliers en Guinée, d'abriter des "rebelles" à l'origine des troubles à la frontière sud de la Guinée. "Je donne l'ordre qu'on réunisse tous les étrangers dans les quartiers, pour qu'on sache qui fait quoi", avait-il déclaré.
Le président malien Alpha Oumar Konaré, président en exercice de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), entrepris une médiation entre la Guinée, le Liberia et le Burkina.
Human Rights Watch a condamné le gouvernement guinéen "pour avoir incité" des attaques armées contre les réfugiés sierra-léonais et libériens qui se sont notamment soldées par le viol d'une dizaine de femmes, selon l'organisation.
Si les quelque 5.000 étrangers interpellés ont été relâchés, ils sont maintenant des milliers à vouloir quitter Conakry. Au total, quelque 125.000 Libériens et 330.000 Sierra-léonais sont réfugiés en Guinée, selon le Haut Commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR) .

Afrique Express N° 213

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