Guinée


Après deux ans et demi,
Le président Lansana Conté a fini
par libérer Alpha Condé

Le président guinéen Lansana Conté a fini par gracier l'opposant Alpha Condé, libéré le 18 mai après avoir purgé la moitié de la peine de cinq ans de réclusion à laquelle il avait été condamné pour atteinte à la sûreté de l'Etat.

Après l'arrestation de l'opposant, en décembre 1998, puis sa condamnation en septembre 2000 à l'issue d'un procès considéré par ses amis comme purement politique, chefs d'Etat, organisations de défense des droits de l'Homme, artistes, avocats, députés de l'opposition, ont réclamé à maintes reprises sa libération. Le président Lansana Conté était resté sourd à leurs appels, mais a finalement accordé une mesure de grâce et une remise totale de peine à Alpha Condé et à deux de ses amis condamnés en même temps que lui à trois ans de prison. Plus aucun des huit condamnés du "procès Condé" n'est en prison.
Il faut toutefois vite tempérer ceux qui pensent que cette mesure va alléger le climat politique et social, très lourd depuis l'affaire Condé. Les tensions politiques risquent de repartir de plus belle, avec le projet maintenant ouvertement affiché du parti présidentiel de faire modifier la constitution par référendum pour permettre au président Lansana Conté de se présenter pour un troisième mandat, ce que ne lui permet pas la constitution actuelle.

Alpha Condé, 60 ans, député et chef du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG, opposition radicale), ancien candidat aux élections présidentielles de 1993 et 1998, avait été condamné pour "atteinte à l'autorité de l'Etat avec utilisation de la force armée".
Les autorités lui reprochaient d'avoir préparé une vaste entreprise de déstabilisation de la Guinée qui, selon elles, s'est concrétisée en septembre 2000, lorsque des incursions armées meurtrières ont été lancées sur le sud de la Guinée depuis la Sierra Leone et le Liberia voisins.
Selon l'acte d'accusation à la base de son procès, il s'apprêtait à quitter le pays pour organiser depuis l'extérieur un coup d'Etat contre Lansana Conté lorsqu'il a été arrêté, près de la frontière ivoirienne.
"Je maintiens, persiste et signe: tout ce que l'on m'impute est faux, je n'ai jamais voulu sortir du pays, tous les témoins à charge sont des faux témoins", avait déclaré Alpha Condé à la fin de son procès devant la Cour de sûreté de l'Etat.

Début juin, le leader du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), a entamé un périple qui le conduira dans différents pays africains pour remercier tous ceux qui ont ¦uvré pour obtenir sa libération, avant de se rendre en France pour y subir des soins.
A Dakar, première étape de cette tournée, après avoir été reçu par le président sénégalais Abdoulaye Wade, c'est un Alpha Condé plutôt modéré qui est apparu à la presse, déclarant qu'il n'était habité d'aucun sentiment de "haine" ou de "revanche".

Interdit d'activité politique ?

Il reste que la grâce présidentielle ne l'a pas amnistié. L'opposition guinéenne a réclamé à Conakry une "amnistie totale" en sa faveur, la justice guinéenne avait bien précisé à sa sortie de prison qu'Alpha Condé restait "interdit d'activités politiques" en raison de sa condamnation, à cinq ans de prison. La Coordination de l'opposition démocratique (CODEM) a souhaité que "cette amnistie soit accordée le plus rapidement possible". Mamadou Ba, porte-parole de la CODEM et Siradiou Diallo, leader de l'Union pour le Progrès de la Guinée ont renouvelé à cette occasion leur demande de création d'une Commission électorale nationale indépendante (CENI) en vue des prochaines législatives dont la date reste à déterminer. Le président Conté a toujours soutenu qu'il n'y aurait "jamais de CENI" en Guinée.

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230 du 13/06/2001


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