ELECTION PRÉSIDENTIELLE DU 14 DÉCEMBRE 1998

Le président sortant, Lansana Conté,
vainqueur au premier tour d'une élection très contestée par l'opposition
L'un des candidats, Alpha Condé,

en détention sous l'accusation de d'atteinte à la sûreté de l'Etat
Une dizaine de morts et plus de 450 arrestations
Le président français, Jacques Chirac, "félicite" le vainqueur

L'élection présidentielle du 14 décembre a été marquée par une absence de contrôle indépendant, aboutissant comme il était prévisible à l'annonce de la victoire au premier tour du président sortant, le général Lansana Conté, avec 56,11% des suffrages exprimés selon la Cour suprême. Un score étonnant dans la mesure où, en Guinée comme ailleurs en Afrique, l'appartenance "ethnique" reste la règle qui détermine le choix des électeurs et qu'en Guinée, l'ethnie du président, l'ethnie Soussou, est minoritaire. L'opposition n'a d'ailleurs eu de cesse d'établir des prévisions électorales sur cette base ethnique qui rendait impossible l'élection au premier tour de n'importe quel candidat. L'on voit mal par ailleurs de quelles réalisations économiques pourrait se targuer le régime pour soulever un tel enthousiasme électoral en sa faveur. Les clivages ethniques étaient particulièrement frappants à Conakry où pendant plusieurs jours, les Soussous ont sillonné avec arrogance et violence leur fief, Kaloum, alors que dans les quartiers peuhls, la police tenait à distance les jeunes en révolte.
Malgré la mise en place d'une structure au rôle mal défini, le Haut conseil aux affaires électorales, de nombreux délégués de l'opposition au sein de cette instance ont été empêchés par des autorités locales de contrôler le scrutin (étant parfois même arrêtés avant le vote) dans les régions sensibles, comme la Guinée Maritime, où, comme par hasard, le président Conté à faire de très bons scores.

L'élection s'est déroulée dans un climat de tension extrême. Bilan : plus d'une dizaine de morts à la suite d'incidents avec les forces de l'ordre et entre militants de partis, avant et après le vote. En 1993, à l'occasion de la première élection pluraliste remportée au premier tour (déjà ) par le général Conté, douze personnes avaient trouvé la mort à Conakry.
Cette fois, le 26 novembre, au cours d'un meeting du Rassemblement du Peuple de Guinée (RPG), deux personnes ont été tuées à Banian à 400 km au sud-est de Conakry (un opposant par balles et le sous-préfet local, lynché par la foule). Selon le RPG, depuis l'arrestation le 16 décembre de son leader, Alpha Condé, huit personnes, dont deux femmes, ont été tuées et 40 autres blessées.
A noter que malgré ces circonstances, le président Français, Jacques Chirac a fait transmettre un message de félicitations au président Conté, deux minutes à peine après l'annonce par le ministre de l'intérieur des résultats provisoires. On passera sous silence le rôle (et le nombre) dérisoire des observateurs internationaux, en relevant que la Francophonie de M. Boutros Boutros-Ghali a cru bon d'envoyer des délégués à la capacité d'action frisant le ridicule.

Alpha Condé terroriste ?

L'opposant a été arrêté le 16 décembre à Lola dans l'extrême sud-est du pays, et ramené à Conakry. Il a été accusé le 30 décembre par le procureur de la République de Conakry d'atteinte à la sûreté de l'Etat.
"Il s'agit", a déclaré le procureur, "d'une entreprise qui consiste à recruter, entraîner et introduire des mercenaires en Guinée et combattre en vue de remplacer par la force le gouvernement de la République".
Auparavant, le leader du RPG, arrêté, selon des sources officielles, avec cinq autres personnes alors qu'il tentait de gagner la Côte d'Ivoire en voiture, "déguisé en marabout", était seulement accusé d'avoir transgressé un décret ordonnant la fermeture des frontières terrestres en raison de l'élection.
Désormais, il est passible du délit d'atteinte à la sûreté de l'Etat, en plus d'une tentative de "transfert frauduleux" de devises à l'étranger et de violence sur des agents de la force publique, au moment de son arrestation.
Selon le procureur, les forces de sécurité ont saisi sur lui "un ensemble de documents et de numéraires" (sept billets d'avion et environ 170.000 FF en devises étrangères, selon la radio).
Le RPG a rejeté cette accusation, la qualifiant de "vaste complot cousu de fil blanc" et dénoncé l'arrestation de cinq députés, dont Alpha Condé, ainsi que six maires, maires adjoints et conseillers municipaux.

Les résultats officiels de l'élection présidentielle du 14 décembre,
proclamés par la Cour suprême


Candidat

Parti

Suffrages exprimées

%

Lansana Conté

Parti de l'Unité et du Progrès (PUP, au pouvoir)

1.455.007

56,11%

Mamadou Bâ

Parti du Renouveau et du Progrès (PRP)

638.563

24,62%

Alpha Condé

Rassemblement du Peuple de Guinée (RPG)

16,58%

Jean Marie Doré

Union pour la prospérité de la Guinée (UPG)

1,72%

Charles Pascal Tolno

Parti du peuple de Guinée (PPG)

0,95%

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