L'élection présidentielle du 14 décembre a
été marquée par une absence de contrôle
indépendant, aboutissant comme il était
prévisible à l'annonce de la victoire au premier tour
du président sortant, le général Lansana
Conté, avec 56,11% des suffrages exprimés selon la Cour
suprême. Un score étonnant dans la mesure où, en
Guinée comme ailleurs en Afrique, l'appartenance "ethnique"
reste la règle qui détermine le choix des
électeurs et qu'en Guinée, l'ethnie du
président, l'ethnie Soussou, est minoritaire. L'opposition n'a
d'ailleurs eu de cesse d'établir des prévisions
électorales sur cette base ethnique qui rendait impossible
l'élection au premier tour de n'importe quel candidat. L'on
voit mal par ailleurs de quelles réalisations
économiques pourrait se targuer le régime pour soulever
un tel enthousiasme électoral en sa faveur. Les clivages
ethniques étaient particulièrement frappants à
Conakry où pendant plusieurs jours, les Soussous ont
sillonné avec arrogance et violence leur fief, Kaloum, alors
que dans les quartiers peuhls, la police tenait à distance les
jeunes en révolte.
Malgré la mise en place d'une structure au rôle mal
défini, le Haut conseil aux affaires électorales, de
nombreux délégués de l'opposition au sein de
cette instance ont été empêchés par des
autorités locales de contrôler le scrutin (étant
parfois même arrêtés avant le vote) dans les
régions sensibles, comme la Guinée Maritime, où,
comme par hasard, le président Conté à faire de
très bons scores.
L'élection s'est déroulée dans un climat de
tension extrême. Bilan : plus d'une dizaine de morts à
la suite d'incidents avec les forces de l'ordre et entre militants de
partis, avant et après le vote. En 1993, à l'occasion
de la première élection pluraliste remportée au
premier tour (déjà ) par le général
Conté, douze personnes avaient trouvé la mort à
Conakry.
Cette fois, le 26 novembre, au cours d'un meeting du Rassemblement du
Peuple de Guinée (RPG), deux personnes ont été
tuées à Banian à 400 km au sud-est de Conakry
(un opposant par balles et le sous-préfet local, lynché
par la foule). Selon le RPG, depuis l'arrestation le 16
décembre de son leader, Alpha Condé, huit personnes,
dont deux femmes, ont été tuées et 40 autres
blessées.
A noter que malgré ces circonstances, le président
Français, Jacques Chirac a fait transmettre un message de
félicitations au président Conté, deux minutes
à peine après l'annonce par le ministre de
l'intérieur des résultats provisoires. On passera sous
silence le rôle (et le nombre) dérisoire des
observateurs internationaux, en relevant que la Francophonie de M.
Boutros Boutros-Ghali a cru bon d'envoyer des
délégués à la capacité d'action
frisant le ridicule.
L'opposant a été arrêté le 16
décembre à Lola dans l'extrême sud-est du pays,
et ramené à Conakry. Il a été
accusé le 30 décembre par le procureur de la
République de Conakry d'atteinte à la
sûreté de l'Etat.
"Il s'agit", a déclaré le procureur, "d'une entreprise
qui consiste à recruter, entraîner et introduire des
mercenaires en Guinée et combattre en vue de remplacer par la
force le gouvernement de la République".
Auparavant, le leader du RPG, arrêté, selon des sources
officielles, avec cinq autres personnes alors qu'il tentait de gagner
la Côte d'Ivoire en voiture, "déguisé en
marabout", était seulement accusé d'avoir
transgressé un décret ordonnant la fermeture des
frontières terrestres en raison de l'élection.
Désormais, il est passible du délit d'atteinte à
la sûreté de l'Etat, en plus d'une tentative de
"transfert frauduleux" de devises à l'étranger et de
violence sur des agents de la force publique, au moment de son
arrestation.
Selon le procureur, les forces de sécurité ont saisi
sur lui "un ensemble de documents et de numéraires" (sept
billets d'avion et environ 170.000 FF en devises
étrangères, selon la radio).
Le RPG a rejeté cette accusation, la qualifiant de "vaste
complot cousu de fil blanc" et dénoncé l'arrestation de
cinq députés, dont Alpha Condé, ainsi que six
maires, maires adjoints et conseillers municipaux.
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Parti de l'Unité et du Progrès (PUP, au pouvoir) |
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Parti du Renouveau et du Progrès (PRP) |
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Rassemblement du Peuple de Guinée (RPG) |
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Union pour la prospérité de la Guinée (UPG) |
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Parti du peuple de Guinée (PPG) |
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