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Guinée
Les attaques aux
frontières du pays se multiplient
et semblent de plus en plus sérieuses
La Guinée est depuis le 1er septembre victime
d'attaques meurtrières de bandes armées venant
du Liberia et de Sierra Leone. La dernière, à
Macenta, a fait dimanche 35 morts et 29 blessés.
Le gouvernement guinéen a accusé le
Liberia, le Burkina Faso, la rébellion sierra
léonaise du Front révolutionnaire uni (RUF),
ainsi que des opposants guinéens, dont d'anciens
militaires mutins, d'être les commanditaires ou
auteurs de ces incursions. La Guinée et le Liberia
s'accusent mutuellement d'opérations de
déstabilisation.
Ces attaques ne ressemblent plus du tout à
ce que l'on a pu qualifié dans le passé de
simples "razzias alimentaires" de bandes de rebelles en mal
d'approvisionnement.
A Macenta (sud-est), un employé togolais
du Haut commissariat de l'ONU aux réfugiés
(HCR) a été tué le 17 septembre et une
autre, de nationalité ivoirienne, enlevée.
La situation demeurait tendue fin septembre dans
le sud-est du pays mais semblait à l'apaisement
à Forécariah, dans le sud-ouest, grâce
à un déploiement plus consistant de
l'armée guinéenne, selon les autorités.
Sur le plan diplomatique, des initiatives pour un retour
à la paix se multiplient. Le président Lansana
Conté a reçu de nombreux émissaires
porteurs de messages de paix, dont ceux de l'Union
européenne et du Mali.
Le Conseil de médiation et de
Sécurité de la CEDEAO a été
convoqué en session extraordinaire "début
octobre" pour se "pencher" sur la situation, et ce à
l'initiative du chef d'Etat malien Alpha Oumar
Konaré, président en exercice de la
Communauté Economique des Etats de l'Afrique de
l'Ouest (CEDEAO).
La médiation du président malien
avait abouti à la convocation à Bamako d'une
réunion des ministres chargé de la
sécurité de la Guinée, du Liberia et la
Sierra Leone. Les ministres avaient "décidé la
cessation des attaques le long des frontières" et le
déploiement, à une date non
précisée, "d'une équipe d'observateurs
militaires de la CEDEAO. Mais c'est de le lendemain de cette
réunion qu'a eu lieu l'attaque meurtrière
contre la ville de Macenta.
Le journal pro-gouvernemental libérien Patriot a
affirmé de son côté, le 23 septembre,
que l'armée guinéenne avait bombardé,
depuis la Guinée, des positions de l'armée
libérienne qui combat depuis juillet des "forces
dissidentes" dans le comté de Lofa (nord du Liberia).
Le gouvernement guinéen n'a ni démenti ni
confirmé ces informations, mais le ministre de la
Sécurité, Moussa Solano, a
déclaré que l'armée guinéenne
avait pour mission de "défendre le territoire
national et de riposter aux assauts des bandes rebelles" en
provenance du Liberia et de la Sierra Leone, deux pays
eux-mêmes en proie à la guerre civile.
Retour timide des humanitaires
A la faveur de l'accalmie dans cette région, le
Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a
repris ses opérations depuis le 19 septembre, avec un
programme d'assistance touchant 1.200 nouvelles personnes
près de Pamelap. L'insécurité dans les
zones de tension avait conduit les organisations
humanitaires à se replier sur la capitale, Conakry,
ne laissant sur place que le personnel local.
Le HCR a dépêché à
Conakry son Haut commissaire-adjoint, le Finlandais Soren
Jessen-Petersen pour "évaluer la situation et
explorer les voies de renforcement de la
sécurité dans les camps de
réfugiés".
La Guinée accueillent près de
480.000 réfugiés sierra-léonais et
libériens. M. Jessen-Petersen a relevé que
jusqu'à présent, "la dimension
sous-régionale de la situation en Guinée avait
été quelque peu négligée".
Les médias d'Etat
mobilisés pour "bouter l'ennemi" hors de la
Guinée
Création de milices
d'autodéfense
"Bouter l'ennemi hors du territoire", "Défendre la
patrie en danger", sont quelques uns des slogans
relayés à longueur de journée par les
médias d'Etat guinéens pour mobiliser
l'opinion face aux "périls" à la
frontière.
La radio et la télévision
consacrent une large part de leur antenne aux nouvelles "du
front" et à la situation qui prévaut à
la frontière avec la Sierra Leone et le Liberia.
L'étendue des dégâts dans les
villages frontaliers est prise pour preuve que la
Guinée est "victime d'une agression
extérieure" et pour justifier la décision des
autorités de distribuer des armes aux populations
pour "s'auto-défendre".
De fait, les habitants s'organisent en
comités de défense pour renforcer les
positions militaires et surtout "détecter toute
présence suspecte" dans les localités de
l'intérieur.
L'objectif du pouvoir est de prouver que
l'armée contrôle la situation et maîtrise
les données militaires sur les centaines de
kilomètres de frontière avec la Sierra Leone
et le Liberia, pays d'où viennent les assaillants.
Pour illustrer "l'élan patriotique", les
médias d'Etat donnent la parole à des
personnes ayant vécu les récentes
épreuves, dont les propos se concluent toujours par
un appel à la mobilisation et à un "devoir de
vigilance".
Une femme a été montrée
à la télévision, kalachnikov en
bandoulière, expliquant que son engagement à
"défendre la patrie" lui paraît plus important
que la poursuite de son activité quotidienne de
commerçante.
Les
réactions
L'opposant Siradiou Diallo, solidaire des forces
armées
"J'exprime ma solidarité totale et sans
réserve à l'armée devant les
événements graves qui risquent de mettre en
péril l'intégrité en Guinée", a
déclaré l'opposant Siradiou Diallo,
président de l'Union pour le Renouveau (UPR).
Interrogé sur les récents propos du
président Conté reprochant aux opposants
guinéens leur indifférence vis-à-vis de
la situation intérieure, M Diallo s'est
déclaré "indigné" du discours "violent
et virulent" du Chef de l'Etat. ""Il est urgent
d'équiper l'armée guinéenne et de la
soutenir financièrement", indique Siradiou Diallo qui
se dit favorable "à la voie de la négociation"
sous l'égide du président malien Alpha Oumar
Konaré, également président en exercice
de la Communauté économique des Etats de
l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO). Appelant au rassemblement,
M. Diallo a insisté sur la nécessité de
"taire les divergences et les invectives" pour
"éteindre l'incendie", se montrant inquiet des
risques de transfert sur le sol guinéen des pratiques
"inhumaines" dont s'était rendu coupable le RUF de
Fodé Sankoh.
L'ambassade de France "en contact très
étroit" avec les Français sur place
Paris "suit avec attention" la situation à la
frontière guinéenne et l'ambassade de France
à Conakry est "en contact très étroit"
avec les Français résidant en Guinée, a
déclaré un porte-parole adjoint du Quai
d'Orsay. L'ambassade de France est "mobilisée et en
contact très étroit avec les Français"
de Guinée, a-t-il ajouté. Quelque 3.500
Français vivent en Guinée.
L'ONU condamne l'attaque "intolérable" de
Macenta
Le Conseil de sécurité de l'ONU a
condamné l'attaque "intolérable" sur la ville
de Macenta qui a fait 35 morts dont un représentant
de l'ONU. Le Conseil a aussi "déploré en
particulier le meurtre du représentant local du HCR,
Mansah Kpognon et l'enlèvement d'un autre, Laurence
Djeya".
Dans un récent rapport au Conseil, le
secrétaire général de l'ONU Kofi Annan
a indiqué que "le RUF compte vraisemblablement
plusieurs milliers de combattants" et est relativement bien
équipé et discipliné.
Washington condamne les attaques mais déplore
la mise en cause des réfugiés
Washington "condamne les récentes incursions
armées à travers la frontière
guinéenne" ainsi que "les pertes en vies humaines et
les kidnappings" qui ont eu lieu, a déclaré le
porte-parole adjoint du département d'Etat Philip
Reeker. "Les Etats-Unis en appellent aux dirigeants de la
région pour qu'ils respectent les frontières
de leurs voisins", a ajouté M. Reeker dans un
communiqué.
Mais les Etats-Unis sont également, a-t-il
ajouté, "profondément troublés par des
déclarations d'officiels guinéens qui se sont
apparemment traduites en début de semaine par des
violences et des détentions à l'encontre de
réfugiés".
Washington relève toutefois avec
satisfaction les informations selon lesquelles les attaques
contre des réfugiés ont cessé, et la
décision du gouvernement de relâcher les
détenus.
Chronologie des
attaques
- Le 1er septembre à Massadou, dans l'est du
pays, près de la frontière avec le Liberia,
environ cinquante personnes ont été tuées.
- Le 5 septembre, l'attaque lancée sur Pamelap a
fait au moins 80 morts selon le préfet local.
- Dans la même période, une autre
localité proche de la frontière sierra
léonaise, Madina Woula, à une centaine de
km de Pamelap, avait elle aussi été
attaquée.
- Dans la nuit du jeudi 14 septembre, six personnes ont
été tuées , dans l'attaque de deux
villages de la région de Forecariah (sud-ouest de
la Guinée), près de la frontière
sierra léonaise, à Monkourou, près
de Benty.
- Un autre mort, un jeune homme membre du
"comité villageois de défense", a
été signalé à Daraghbe,
localité déjà visée par une
attaque quelques jours plus tôt.
- A Benty,se trouve une base de la marine
guinéenne.
- Plus près de Benty, une autre attaque a eu
lieu à 23H00 à Monkourou. Bilan: 5 morts.
- Dans la nuit du 16 au 17 septembre, Macenta, ville
guinéenne située à une trentaine de
km de la frontière libérienne, a
été attaquée.
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