N° 273
du 01/07/2003

Libéria


Pressions diplomatiques intenses pour obtenir le départ de Taylor

C’est dans ce contexte incertain sur le terrain que le chef de la diplomatie française, Dominique de Villepin, a souhaité le 28/06 depuis Accra une «force multinationale» au Libéria.
«Nous devons d’abord soutenir la médiation des pays de la région. Il faudra une force multinationale. La France a pris ses responsabilités en Côte d’Ivoire, le Royaume Uni en Sierra Leone, et les Etats-Unis ont une tradition spéciale au Liberia. Trouvons ensemble la meilleure solution. L’important est de soutenir ensemble une dynamique de sortie de crise au Liberia», a-t-il déclaré aux côtés de son homologue ghanéen, Addo Akufo Addo.
Dans un discours consacré à l’Afrique, George Bush a pour sa part demandé à Charles Taylor de céder la place «pour qu’un bain de sang soit épargné à son pays».
Avec une certaine dose d’ironie, le gouvernement libérien a salué «l’intérêt pris dans le conflit libérien par le président américain George Bush et demandé au gouvernement des Etats-Unis de rester actif dans le processus de paix», tout en réitérant «la déclaration du président Taylor à Accra au Ghana le 4 juin, qu’il ne fera pas partie d’un quelconque gouvernement de transition».
Charles Taylor a été inculpé le 4 juin de crime contre l’humanité par le Tribunal spécial sur la Sierra Leone et fait depuis l’objet d’un mandat d’arrêt international.

Le chef de l’Etat ghanéen John Kufuor, qui préside la Communauté Economique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), tout en indiquant qu’il sollicitera la France en cas de constitution d’une force internationale, a pour sa part indirectement souhaité le retrait de Taylor, sans toutefois le citer nommément. «Tout sacrifice, de tout citoyen libérien, sera utile pour le pays», a très diplomatiquement déclaré John Kufuor.

Le mot de la fin (provisoire) est revenu au secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, qui a demandé le 28/06 au Conseil de sécurité d’autoriser le déploiement au Liberia d’une force multinationale. «Je tiens à demander que le Conseil de Sécurité prenne des dispositions d’urgence en vue d’autoriser le déploiement au Liberia d’une force multinationale très entraînée et bien équipée, sous la direction d’un Etat membre, pour empêcher une tragédie humanitaire majeure et stabiliser la situation dans le pays», a écrit le secrétaire général des Nations unies.
«Laisser la situation échapper à tout contrôle aurait des conséquences trop effroyables pour être envisagées - non seulement pour le Liberia mais aussi pour les pays de la sous-région, en particulier les pays limitrophes que sont la Côte d’Ivoire et la Sierra Leone», a expliqué M. Annan.
Kofi Annan a cité dans sa lettre au Conseil de sécurité des informations faisant état de centaines de civils tués lors de combats dans Monrovia et aux alentours, ainsi que de scènes de destruction gratuite et de pillage.
Selon M. Annan, «environ un tiers de la population du Liberia —soit près d’un million d’habitants— cherche refuge dans une capitale déjà surpeuplée, où les services de santé et autres services humanitaires sont déjà à la limite de leurs capacités».

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