N° 227
du 18/04/2001

Mali


"L'or blanc" ira-t-il aux privés?

Une chute de 50% de la production, une baisse des cours mondiaux et des scandales financiers au sein de la Compagnie malienne de développement des fibres textiles (CMDT) contrôlant le secteur ont remis à l'ordre du jour la question de la privatisation de la filière coton au Mali.
Ce qui n'est pas du goût des employés de la CMDT.
"Nous irons en grève pour notamment dénoncer l'acharnement des bailleurs de fonds à vouloir le démantèlement sauvage de la filière et le licenciement programmé du personnel", a déclaré Abdoulaye Abbas Sylla, secrétaire général de la section syndicale de la filière coton.
Ex-Premier producteur de coton en Afrique au sud du Sahara, ce pays a vu cette année sa production baisser de moitié, de 500.000 à environ 250.000 tonnes.
Les difficultés de la filière, gérée par la CMDT, a entraîné pour l'Etat un manque à gagner d'environ 100 milliards de F CFA (1 milliard de FF) en 2000. Le secteur rapportait jadis à l'Etat plus de 50 % de ses devises.
Pour faire face à la crise de la CMDT, société au capital de 32,5 milliards de F CFA détenu à 60% par l'Etat et à 40% par la Compagnie française de développement des fibres textiles (CFDT), diverses positions se dégagent : les pro-privatisation, les anti, et les "ni, ni".
La Banque mondiale (BM), se basant sur un rapport d'audit "accablant", joue à fond la carte de la privatisation.
La justice s'est déjà saisie du dossier de la CMDT, dont une dizaine de hauts responsables ont été arrêtés dans le cadre de la lutte contre la corruption relevant "de grosses surfacturations, portant sur des milliards de F CFA".
"La société a été très mal gérée, son déficit est lourd", a reconnu le ministre malien du Développement rural, El Madani Diallo.
Mais les autorités, coincées entre les exigences de la BM et celles du Syndicat national de la production et de l'environnement (SYNAPE), hostile à la privatisation de la filière et à "toute compression sauvage" du personnel, se murent dans le silence. Les salariés font valoir qu'ils ont déjà consenti à la suspension d'une augmentation de salaires de 7% pour sauver la société.
La CFDT, elle, préconise des mesures visant à restaurer la situation financière de la société et sa compétitivité "sans la démanteler", selon un mémorandum. Une restructuration qui permettrait de générer "à court et moyen terme 30 milliards de F CFA" pour rembourser les créanciers.
Pour la CFDT, il faut soit un démembrement en entités réduites plus faciles à gérer ou alors "se délester des missions de service public et sous-traiter les fonctions périphériques". Cette option se traduirait par la privatisation des "missions de service public" et le licenciement d'environ 500 agents sur un total de près de 2.000.
La CFDT, qui vient de déléguer à Bamako quelques experts français, insiste aussi sur la nécessité d'une politique "rigoureuse" de fixation des prix d'achat, "à un niveau réaliste".

C'est dans ce contexte que ce sont ouverts le 17 avril les "états généraux" de la filière cotonnière du Mali en présence du Premier ministre malien Mandé Sidibé, des représentants des paysans et des bailleurs de fonds. Toute réforme doit tenir compte de "l'intérêt des producteurs et du retour de la rentabilité et de la compétitivité" d'une filière qui fait vivre trois millions de Maliens, a souligné le Premier ministre.
Selon certaines sources, un cash-flow d'au moins 90 milliards de F CFA (30 milliards pour rembourser les dettes et 60 milliards pour le démarrage de la saison prochaine) serait nécessaire pour faire "redécoller" la filière.


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