N° 226
du 02/04/2001

Mali


La cassure au sein du parti au pouvoir l'ADEMA,
prend de l'ampleur
33 députés du parti du président rejoignent
le mouvement "Alternative 2002"
de l'ancien Premier ministre Ibrahim Boubacar Keita

Douze plus vingt-et-un, cela fait trente trois. Ils sont maintenant 33 députés de l'Alliance pour la démocratie au Mali (ADEMA, au pouvoir) a avoir rejoint la dissidence regroupée au sein du mouvement politique "Alternative 2002", une association créée le 28 février dernier et qui a pour but avoué la création d'un parti destiné à soutenir les "futures actions" de l'ancien Premier ministre Ibrahim Boubacar Keita. Le tout dans l'optique de l'élection présidentielle de 2002.
M. Keita ("IBK") avait été poussé début octobre dernier à la démission de la tête de l'ADEMA par un courant dit "rénovateur" dont sont issus les actuels responsables du parti. En fait la lutte au sein de l'ADEMA a plutôt lieu entre les vieux militants comme "IBK" et une jeune génération de technocrates qui jonglent entre les affaires et la politique.
Parmi les tout derniers adhérents d'"Alternative 2002" figurent une soixantaine de conseillers municipaux et membres de l'ADEMA de la localité de San (nord), ainsi que quelques centaines de citoyens maliens. Lors de sa création, ce mouvement comprenait déjà quatre anciens ministres, dont Issa N'Diaye.
Avant cette fracture, l'ADEMA comptait 127 députés à l'Assemblée. Avec aujourd'hui 33 députés, "Alternative 2002" est devenue la deuxième force parlementaire du Mali.

Quel candidat à la présidentielle en 2002 ?

Le président malien Alpha Oumar Konaré, faute de pouvoir imposer son actuel Premier ministre, Mandé Sidibé, comme candidat à la prochaine présidentielle de 2002 pourrait finalement jouer la carte de Amadou Toumani Touré, l'ancien chef de l'Etat ("ATT") si ce dernier décide finalement "d'aller au charbon".
A défaut de Mandé Sidibé, au sein de l'ADEMA, l'actuel ministre de la défense, Soumeylou Boubeye Maïga, pourrait être tenté d'être candidat à la présidentielle. Soumeylou Boubeye Maïga fait partie des gens fortement opposés à l'ancien Premier ministre, Ibrahim Boubacar Keita et qui l'ont poussé à la démission de l'ADEMA en octobre dernier.
S'il est candidat, Toumani Toure pourrait fédérer autour de lui des partis comme le MIRIA de Mohamed Lamine Traoré (ancien ministre de l'Intérieur) et le PARENA (Parti pour la renaissance nationale"). Le PARENA a été créé par des dissidents du Congrès national d'initiative démocratique (CNID, opposition), parti d'opposition dirigé par Me Mountaga Tall.
Le PARENA compte dans ses rangs d'anciens ministres de la période de transition de 1991 à 1992, dont Tiéblé Dramé (Affaires étrangères), qui pourraient donc être tentés de soutenir leur ancien "patron", le général Toumani Touré.
Reste enfin la grande inconnue, le Mouvement pour le Renouveau (MPR), dirigé par Choguel Maïga. Ce parti, résolument dans l'opposition à l'ADEMA regroupe entre autres les anciens sympathisants de l'ex-président Moussa Traoré, toujours en détention depuis sa destitution en 1990. C'est sans doute ce parti qui fera pencher la balance en faveur du futur vainqueur de la présidentielle 2002, mais il y a fort à parier qu'il négociera cher ses voix pour le second, s'il y en a un.

Rappel

Outre un référendum constitutionnel prévu dans le premier semestre de cette année, il doit y avoir en 2002 des élections législatives et la présidentielle.
Le président Konaré, dont le mandat expire en 2002, ne peut plus se présenter. Il s'est jusqu'à maintenant abstenu de désigner un dauphin. Il a nommé en décembre dernier, le général Kafougouna Koné, comme délégué général aux élections. La Délégation générale aux élections a pour mission "la gestion et l'élaboration du fichier électoral ainsi que l'application des critères de financement des partis politiques". Ancien ministre de la Défense et ancien ambassadeur du Mali en Chine, le général Koné va diriger cette nouvelle structure "permanente" également chargée d'assister la commission nationale électorale indépendante (CENI).
Le Mali dispose ainsi de trois instances pour s'occuper de l'organisation, de la supervision et du suivi des élections: la CENI, la Délégation générale et le ministère de l'Administration territoriale.
Le leader du MPR a d'ores et déjà "dénoncé" la mise sur pied de trois organes pour l'organisation des élections "au moment où la Commission électorale nationale indépendante est vidée de toute sa substance", selon lui.

Au sein de l'ADEMA, Soumaïla Cissé, actuel ministre de l'Equipement et son collègue de la Défense, Boubèye Soumeylou Maïga, sont à la pointe du courant qui a poussé à la démission l'ex-Premier ministre IBK.
En novembre dernier, ils ont obtenu lors de la convocation d'un congrès extraordinaire de l'ADEMA, la création d'un nouveau Conseil exécutif (CE), instance dirigeante de l'ADEMA. Boubèye Soumeylou Maïga (ministre de la Défense) est premier vice-président de ce Conseil exécutif et Soumaïla Cissé en est le troisième vice-présidents.
Deux autres nouvelles structures, le Conseil national, chargé du "contrôle d'orientation du parti", et la Convention nationale, organe chargé le moment venu de désigner, suivant un système de primaires, le candidat du parti à la présidentielle de 2002, ont été créées durant ce congrès extraordinaire.


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