N° 243
du 18/01/2002

Mali


Foisonnement de candidats en vue de l'élection présidentielle

Le départ de la scène politique de l'actuel président Alpha Oumar Konaré, qui en est à son deuxième et dernier mandat et quittera le pouvoir le 8 juin 2002, avive les ambitions. Il y aura donc pléthore de candidats pour l'élection présidentielle qui aura lieu en avril, juste avant les législatives.
 
Amadou Toumani Touré
L'ancien chef d'Etat, le général Amadou Toumani Touré, qui ne s'est pas encore franchement déclaré candidat, le sera de toute évidence. Il a récemment lancé un "Je vous ai compris" à quelques 3 000 de ses partisans réunis dans un stade à Bamako pour lui demander d'être candidat;
Agé de 54 ans, il a obtenu en septembre dernier une mise en "retraite anticipée" de l'armée, condition obligatoire pour qu'il puisse être candidat à la présidence.
Ses atouts ? Il a dirigé le pays de mars 1991 à juin 1992 puis a quitté le pouvoir dignement et l'a remis aux civils, ce qui est rare pour un militaire en Afrique. Depuis, il a accompli avec plus ou moins de succès (Ce fut bien difficile en Centrafrique) des médiations politiques, et il a aussi donné dans l'humanitaire.
Autre atout, il n'est pas soutenu par un parti, et pourra donc ratisser large selon l'expression consacrée. Mais cet avantage de n'être pas à l'étroit dans un parti pourra se retourner contre lui, car il faut beaucoup de monde pour mobiliser les électeurs en Afrique où les campagnes électorales se font plus de village en village qu'à la télévision.
S'il est candidat Toumani Toure pourrait fédérer autour de lui des parties comme le MIRIA de Mohamed Lamine Traoré (ancien ministre de l'Intérieur) et le PARENA (Parti pour la renaissance nationale)
Le PARENA a été créé par des dissidents du Congrès national d'initiative démocratique (CNID, opposition), parti d'opposition dirigé par Me Mountaga Tall.
Le PARENA est présidé par Yoro Diakité, professeur de mathématiques et ancien ministre dans le deuxième gouvernement du président Alpha Oumar Konaré. Ce parti compte dans ses rangs d'anciens ministres de la période de transition de 1991 à 1992, dont Tiéblé Dramé (Affaires étrangères), qui pourraient donc être tentés de soutenir leur ancien "patron", le général Toumani Touré.
 
Ibrahim Boubacar Keita
L'ancien Premier ministre Ibrahim Boubacar Keita (alias IBK) vient d'être désigné candidat à la présidentielle par son parti, le Rassemblement pour la République (RPM), à l'issue du premier congrès de son parti qui s'est tenu le 13 janvier à Bamako.
IBK a été Premier ministre et a dirigé l'Alliance pour la Démocratie au Mali (ADEMA, au pouvoir), de 1994 à octobre 2000 avant de démissionner et de créer son propre parti en juin 2001. Il avait démissionné de l'ADEMA n'étant pas certain que ce parti le désignerait comme candidat. Il avait aussi attendu en vain un signe du président Konare pour le soutenir, signe qui n'est jamais venu.
La plupart des cadres de la direction et les militants du RPM, qui se réclament de la social démocratie et de l'opposition, sont issus de l'ADEMA.
Ses atouts ? Ibrahim Boubacar Keita a entraîné avec lui une trentaine de députés de l'ADEMA, des gens qui seront de précieux relais lors de la campagne électorale.
Ses thèmes de campagne ? "L'Etat comme force de régulation dans le partage des biens", la solidarité et la lutte contre "la déliquescence sociale et politique" et "le règne de l'argent, de la corruption et de la trahison".
 
Soumaïla Cissé
Le ministre de l'Equipement, Soumaïla Cissé, a été investi le 5 janvier candidat de l'Alliance pour la démocratie au Mali (ADEMA, le parti du président Alpha Oumar Konaré) pour la présidentielle.
M. Cissé, qui était opposé au ministre de la Défense, Soumeylou Boubeye Maïga, a été choisi lors d'une convention de l'ADEMA.
Quatre hauts responsables du parti étaient au départ en lice pour cette investiture. Des élections primaires avaient été initialement prévues pour permettre une "pré-sélection" de deux candidats avant la convention, mais elles avaient été finalement annulées.
Un des candidats s'est désisté et un autre, le Premier ministre Mandé Sidibé, a annoncé qu'il n'irait pas aux primaires en raison, selon lui, de la violation des textes du parti.
Soumaïla Cissé, 52 ans, part donc avec un sérieux handicap, car il n'apparaît pas comme l'homme de la synthèse au sein de son parti. Il lui faudra panser les plaies ouvertes qui ont résulté de la bataille au sein de l'ADEMA et il lui sera bien difficile de mettre en ordre de bataille derrière lui tous les rivaux d'hier.
S'exprimant après son investiture, Soumaïla Cissé a d'ailleurs plaidé en faveur de "la cohésion et de l'unité pour la victoire en 2002".
Titulaire de diplômes supérieurs en gestion des entreprises et en informatique, M. Cissé occupe depuis février 2000 le ministère de l'Equipement, de l'Aménagement du territoire et de l'Urbanisme.
Auparavant, M. Cissé qui avait débuté sa carrière professionnelle au sein de grands groupes en France (IBM, Pechiney, Thomson), avait occupé les fonctions de secrétaire général à la présidence de la République, puis de ministre des Finances en 1992.
"Chouchou" des institutions financières internationales, le candidat de l'Adéma a déjà rédigé un projet de société centré autour de la "lutte contre la pauvreté par le micro-crédit, la décentralisation et le renforcement de l'Etat de droit", qu'il compte soumettre au parti.
 
Choguel Maïga
M. Choguel Maïga qui a été reconduit sans problème le 30 octobre dernier à la tête du Mouvement patriotique pour le Renouveau (MPR, opposition), devrait lui aussi être candidat et figurer parmi les sérieux prétendants puisque son parti se réclame de l'ancien chef d'Etat le Général Moussa Traoré, destitué en 1991 et emprisonné depuis.
Le MPR a rendu public son projet de société en vue des élections : résolution de la crise scolaire, autosuffisance alimentaire et désenclavement du Mali constituent "les vastes chantiers" de ce parti qui a pour emblème le tigre.
 
Il faudra aussi compter sûrement sur la candidature de Me Mountaga Tall, leader du Congrès national d'initiative démocratique (CNID-opposition), et pourquoi pas sur celle de l'actuel Premier ministre, Mandé Sidibé, qui a boudé les primaires au sein de l'ADEMA mais qui n'a peut-être pas dit son dernier mot.


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